l^-S < jlt.f%* &*âQ HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LlBRARY OF SAMUEL GARMAN jJUil M'V ¥7 / y,4v£WW; d.'&**r'*. / 0CT5 19 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. '■ STRASBOURG, IMPRIMERIE DE Y. e BERGER-LEVRAULT- HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS, PAR M. LE B. ON CUVIER, Pair de France, Grand-Oflicier de la Légion d'honneur, Conseiller d'Élat et au Conseil royal de l'Instruction publique, l'un des quarante de l'Académie française, Associé libre de l'Académie des Belles-Lettres, Secrétaire per- pétuel de celle des Sciences, Membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, dePétersbourg, de Stockholm, de Turin, de Gœltingiie , des Pays-Bas, de Munich, de Modène, etc.; ET PAR M. A. VALENCIENNES, Professeur de Zoologie au Muséum d'Histoire naturelle, Membre de l'Académie royale des sciences de Berlin, de la Société zoologique de Londres, de la Société impériale des naturalistes de Moscou, etc. TOME DIX-SEPTIÈME. A PARIS, Chez P. BERTRAND, éditeur, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE, rue Saint- André -des -arcs, n.° 38. STRASBOURG, chez V. e Levratjlt, rue des Juifs, n.° 33. 1844. 5 ' ê AVERTISSEMENT. Je termine dans ce volume l'histoire naturelle de la longue série d'espèces de cyprinoïdes à mâchoires dépourvues de dents. En comparant cette nombreuse famille à celle des cyprinoïdes dont j'ai traité dans le volume précédent, on ne peut qu'admirer la puissante et active fé- condité de la nature à varier à l'infini les formes des êtres qu'elle laisse cependant voisins les uns des autres , comme il arrive selon les lois des affinités ordinaires pour les espèces , dont les individus sont telle- ment semblables entre eux, qu'ils sem- blent tous être des épreuves tirées d'un même moule, et dont on aurait seulement fait varier la grandeur. Pour apprécier les différences de l'œu- vre créatrice, il faut étudier les espèces jusque dans les moindres détails, et l'on reste souvent étonné de la faiblesse appa- VJ AVERTISSEMENT. rente des caractères ou des signes extérieurs qui deviennent l'expression de la générali- sation de 1 étude des détails. Il n'y a pas de classes, et l'on pourrait presque dire d'ordre dans nos différentes séries , qui ne comprennent de ces familles naturelles d'autant plus difficiles à traiter, qu'il fa vit se donner une grande peine pour arriver à la connaissance aussi complète que pos- sible des moindres détails. Mais quelles que soient les difficultés attachées à l'étude de ces nombreuses familles , il faut en faire l'examen le plus minutieux, parce que c'est le seul moyen de comprendre les rap- ports des êtres entre eux, et c'est par elles que l'on finit par apprécier les rapports de ceux qui diffèrent le plus les uns des autres. En effet, ces grandes familles na- turelles nous donnent, comme par une sorte de moyenne, les représentons du type le plus parfait de l'organisation générale de la classe, dont les groupes qui s'éloi- gnent par des rayonnemens divers, résul- AVERTISSEMENT. VI] tats de combinaisons variées, servent de passages ou de liaison entre les différais ordres ou même entre les classes. Rien ne démontre mieux le peu de fondement de l'idée d'une série continue parmi les êtres que l'étude de ces familles. Il serait facile d'en citer des exemples choisis par- mi les mammifères ou parmi les oiseaux. Les genres Muscicapa, Motacilla et Tur- dus, dans les passereaux, ne composent évidemment qu'un même groupe; et il est impossible de fixer la limite entre eux; ainsi tel naturaliste place la Rousserolle {fardas arundinaceas) parmi les fauvettes, et tel autre parmi les merles; et il est dif- ficile de ne pas donner raison à tous les deux. Les naturalistes qui veulent donner à leur méthode un degré de précision au- quel la nature se refuse souvent, appli- quent à la division de ces familles des caractères de détails pris dans les formes extérieures; et, s'ils nomment ces sous- genres , comme on les appelle , je ne vois Viij AVERTISSEMENT. d'autres inconvéniens à cette manière de faire, que de multiplier trop les noms, et s'ils introduisent dans la nomenclature méthodique ces subdivisions , leurs déno- minations particulières deviennent sou- vent contraires au principe admirable de la nomenclature binaire de Linné. M. Cu- vier n'a pas toujours évité cet inconvénient de nomenclature, quand il a fait ses sous- genres dans le Règne animal. D'autres naturalistes savans, laborieux, pénètrent dans l'étude intime de l'organisation , et vont prendre pour caractères de légères variations d'organes qui n'ont pas une va- leur assez forte pour la distribution mé- thodique, lorsque ces détails anatomiques ne peuvent pas être traduits à l'extérieur par un caractère simple , facile à saisir. Si l'on subdivise les genres naturels par ces moyens, on arrive à démontrer que l'on a mieux étudié les êtres qu'on ne l'avait fait précédemment ; mais la nomenclature nouvelle que l'on est forcé de créer, fait AVERTISSEMENT. IX perdre en quelque sorte la trace des êtres les plus connus de tous. Cet emploi de travail donne naissance à de nouvelles théories, à 1 étude desquelles s'applique aussi cet aphorisme qu'un savant illustre a répété dans plusieurs de ses éloges , c'est que « les détails sont la pierre de touche des théories. ' * Si cette vérité doit être pré- sente à la pensée du philosophe qui com- bine les données dune science toute ma- thématique , elle doit être non moins sou- vent appliquée par le naturaliste qui veut aborder les secrets de la nature en ce qui touche l'étude des êtres vivans. C'est en vérifiant un à un tous les détails auxquels M. Agassiz a eu recours pour croire à la nécessité de diviser les ables en plusieurs nouveaux groupes, que je suis arrivé à croire qu'il ne fallait pas diviser de nou- veau le genre des ables , mais qu'il fallait même y réunir les groupes voisins que 1 Arago, Eloge d'Hcrschcll, Ami. long., année 1812, p. 344. X AVERTISSEMENT. M. Cuvier en avait sortis, comme les Brè- mes. Je ne reviendrais pas ici sur les rai- sons qui mont fait différer d'avis avec mon ami M. Agassiz, si je ne recevais à l'instant même le travail de M. Heckel sur les poissons de l'Orient, décrits par lui dans le voyage de M. Russegger. Le travail fait sur les matériaux rap- portés de Syrie par M. Théodore Kotschy, loin de me laisser le moindre doute sur la détermination que j'ai prise, me le con- firme en tous points. Je dois avouer que ce n'est pas sans quelque plaisir que j'ai vu paraître le travail de M. Heckel , parce que je ne contredisais M. Agassiz qu'avec peine; j'ai tant de confiance dans sa saga- cité, que je craignais de n'avoir pas assez bien vu, assez attentivement examiné. Mais après avoir vu le beau travail de M. Heckel, comme je me trouve entière- ment d'accord avec lui sur les détails, je suis confirmé dans ma manière de voir, et avec les données qu'il me fournit, j'ar- AVERTISSEMENT. X] rive à une tout autre théorie que lui. Le savant ichthyologiste de Vienne emploie comme caractère essentiel et en quelque sorte unique , le mode de dentition pha- ryngienne des cyprins , et il fait alors , par l'adoption de ce seul caractère, une mé- thode artificielle au lieu de rester dans la généralité que donne l'emploi de tous les traits d'organisation ; principe fondamen- tal de toute méthode naturelle. Par l'ap- plication rigoureuse de ces détails d'ob- servations de la variation dans la forme des dents, on voit qu'il est obligé de faire un genre distinct de la Brème [Cypr. bra- ma), de la Bordelière ( Cypr. blicca) et de la Brème de Buggenhagen (Cypr. Buggen- hagiï), d'en éloigner le Cypr. erythroph- tlialmus. Comment concevra-t-il d'ailleurs qu'une dent dont la couronne est en forme de godet ou de gobelet (Becherzœhne) , ne se place parmi les genres à dents à cou- ronne creuse, et pourquoi la placer parmi Xlj AVERTISSEMENT. les dents mâchclières ordinaires ? Que M. Heckel surtout , et que les naturalistes ne voient pas ici une critique du travail que j'ai sous les yeux. L'on ne saurait assez louer la patience et la persévérance avec laquelle il a fait ce long examen des cypri- noïdes, mais qu'il réfléchisse lui-même au résultat où l'application de cet examen minutieux l'a conduit, et il verra si l'on peut dire aujourd'hui ce que c'est qu'un poisson connu de tout le monde, un able ou poisson blanc. Il en est ici de ce qui a eu lieu en botanique. Tout le monde comprenait une bruyère ou un onagre. Depuis qu'on a divisé ces deux genres en plusieurs autres trop nombreux, on peut se demander si l'on connaît un œnotfiera ou un erica. Mais, je le répète, à ce tra- vail la science a beaucoup gagné , car les espèces sont beaucoup mieux connues. Je ne puis analyser avec détail dans cette préface tout le travail de M. Heckel et placer les nombreuses espèces qu'il a AVERTISSEMENT. Xllj fait connaître : ce sera l'objet du supplé- ment du volume suivant. Je ne dirai qu'un mot du groupe des Catost ornes, qui for- ment la iv. e tribu de M. Heckel. Il a l'in- tention de séparer des catostomes ordi- naires, sous le nom de Riiytidostomus , les espèces dont le peigne pharyngien compte soixante dents ; mais il peut voir déjà la difficulté de l'application des caractères de dentition ; car il réunit le Cyprinus catos- lomus de Forster au Cat elongatus de Le- sueur, quoique le premier n'ait la dorsale ni la bouche différente des catostomes, et que Von ne connaisse pas la dentition du second. Il ne parle pas du Cat cyprinus de Lesueur, qui est plus voisin de celui- ci; et, enfin,. il donne aux Exoglossum le caractère des catostomes, dont ils diffèrent sous tous les rapports, ainsi que je le prouve au chapitre des Exoglosses. On voit ici que ce célèbre savant n'a pas pu étudier d'après nature. Nos collections ichthyologiques se sont XIV AVERTISSEMENT. augmentées des recherches dues aux deux malheureux voyageurs , MM. Petit et Quar- tin-Dillon , qui ont succombé en Abyssinie. Je leur paie ici les remercîmens de l'ad- ministration du muséum , et le tribut de reconnaissance que nous leur devions. Je renouvelle aussi à mon ami , M. Agassiz, mes remercîmens pour m'avoir donné tous ses dessins faits sur nature, pour le grand travail qu'il va publier cfcins son Histoire des poissons d'eau douce de l'Europe centrale. 6 Avril 1 844. TABLE DU DIX-SEPTIÈME VOLUME. SUITE DU LIVRE DIX-HUITIEME. Pages. Plancli Cyprinoïdes l CHAPITRE XIII. Les ABLES (Leuciscus, nob.) i Des Brèmes " De la Brème commune (Cypr. Branca et Cypr. FarenuSj Linn.) 9 De la Bordelière* (Leuciscus blicca , Cjrprims bjoerkna. Art.), 3i La Brème aux petites écailles (Abramis micro- lepidotusy Agassiz) 4 3 La Brème à petite dorsale ( Abr. micropteryx , Agassiz) 44 La Brème argentée {Abr. argyreus, Agassiz) . 4 5 De la Sope (Leuc. ballerus, nob.; Cypr. bal- lerus, Linn.) 4^ La Clavetza (Leuc. sopa, n. ; Cypr. sopa, Pall.) 4 9 La Brème de Buggenhagen (Leuc. Buggenkagii, nob.; Cyprinus Buggenhagiï^ Bl.) . . . • . 5 3 La Brème persa (Cypr. persa, Pall.) 67 La Brème aux nageoires rouges (Abr. erythrop- terus, Agassiz) ' 5 8 La Brème de Leuckart (Abr. Leuckartii, Heck.) 69 XVJ TABLE. Pnges. Plnncli- La Brème vieille {Abr. vetula, Heckel). ... 60 La Brème aux yeux noirs {Abramis melanops ? Heckel.) 61 La Brème délicate (Leuc. teiicllus , nob.; Abr. tenellus ? Nordmann) 63 , La Brème naine {Leuciscus parvulus ^ nob.) . . 64 487 La Zcrte {Abr amis vimba , Bl.) 65 La Brème alongée {Abr. elongatus , Agassiz) . jb Le Cyprin koti (Cypr. cotio, H. B.) 76 La Brème d'Alfred {Leuc. Alfreciianus , nob.) . 77 488 L'Able rhomboïdal {Leuc. rhomboidalis ? nob.). 78 Des Bouvières 79 La Bouvière {Cypr. amarus^ Bl.) 81 L'Able à stigmate {Leuc. stigma^ nob.)*. ... 93 489 L'Able des eaux chaudes {Leuc. thermalis ? nob.) 94 490 L'Able de Duvaucel {Leuc. Diwaucelii, nob.) . 95 491 L'Able soufré {Leuc. sulphureus , nob.) .... 96 L'Able filamenteux {Leuc. Jilamento sus ? nob.) . 96 492 L'Able de Bélanger {Leuc. Belangeri, nob.). . gg Des Ables 101 Du Rotengle {Leuciscus erythrophthalmus , n.; Cyprinus erythropJithalmus Auctorum) . . 107 L'Able scardafa {Leuc. scardafa ? Ch. Bon.) . 123 TADLE. XV1J Pages. Plancli L'Able scaverde (Leuc. marrochius , Costa) L'Able scarpet {Leuciscus scarpetta^ nob.). L'Able lascha {Leuc, lascha ^ Costa) .... L'Able de Heckel {Leuc. Heckelii, Nordmann Le Gardon (Leuc. rutilus, nob.) L'Able rutiloïde (Leuc. rùtiloicles^ Selys). . L'Able apparenté {Leuc. affînis ? nob.) . . . L'Able avola {Leuc. aula^ Cb. Bon.) . . . L'Able de Fucino {Leuc. Fucini y Ch. Bon.) Le Vengeron {Leuc. prasinus ? Agassiz) . . L'Able rosé {Leuc. roseus^ Cb. Bon.) . . . Le Rovella {Leuc. rubella^ Ch. Bon.). . . L'Able de Gêné {Leuc. Genei, Ch. Bon.) . L'Able Jesse {Leuc. Jeses, nob.; Cypr. Jeses^ Linn.) ..'»'. 160 125 126 127 128 î 3o i5o i5i l52 i53 i56 i5 8 159 Du Chevaine ou Meunier {Leuc. dobula, nob.; • Çypr. dobula, Linn. ? Bloch) 172 L'Able squalo {Leuc. scjualius ? nob.; Scjualius tiberimiS) Ch. Bon.) ...... 191 L'Able albain {Leuc. albus ? Ch. Bon.) 192 L'Able rubelion {ï^euc. rubelio, Ch. Bon.). . . 193 L'Able de l'Elbe {Leuc. albiensis ? nob.) .... 194 L'Able de Trasimène {Leuciscus trasimenicus , Ch. Bon.) • L'Able cavedano {Leuc. cavedanus^ Ch. Bon.) L'Able de Morée {Leuc. Peloponensis^ nob.) L'Able de Selys {Leuc. Selysii^ Heckel) . . . L'Able ryzele .{Leuc. ryzela^ nob.) L'Able rostre {Leuc. ro stratus ^ Agassiz) . . . 1 7- 193 196 197 198 *99 20 1 493 Xviij TABLE. Pages, l'iamli. L'Able vandoise (Leuciscus vulgaris , Flemm.j Çyprinus leuciscus , Linn.) 202 L'Able ronzon (Leuc. rodeus, Agassiz) 2i3 L'Able poissonnet (Leuc. lancastriensis 3 Shaw). 216 L'Able de la Gironde (Leuc. burdigalensis , nob.) 2 1 8 LAble grislagine (Zewc. grislagine, nob.) . . . 220 L'Able ovphe (Leuc. orphus, nob.) 224 L'Able ide (Leuc. idus, n. ; Cjp. idus, Linn., Art.) 228 L'Able froid (Leuc. frigidus , nob.-, 6>/^. A//^ ? Blocli) 23 1 L'Able de Heger (Leuc. Hegeri, Ch. Bon.). . . 236 L'Able cavazzine (Leuc. altus , Ch. Bon.) ... 237 L'Able de Savigny (Leuc. Savigmi, nob.) . . . 2 38 49 , L'Able mozzella (Zewc. muticellus, Ch. Bon.) . 241 L'Able sardelle (Z^/c. sardella, nob.) 243 L'Able compagnon (Leuc. cornes , Costa). . . . 244 L'Able blanchâtre (Leuc. albidus, Costa). . . . 245 L'Able calabrois (Leuc. brutius, Costa) 245 L'Able de Vultnre (Leuc. Vulturius, Costa). . 247 L'Able hachette (Leuc. dolabratus , Holandre) .248 L'Able ochrodonte (Leuc. ochrodon, Agassiz) . 249 L'Able alburnoïde (Leuc. alburnoides , Selys). .. a5o L'Able à bandes (Leuc. fasciatus , Nordraann). 25 2 L'Able d'Agassiz (Leuc. Jgassii, nob.) ....254495 L'Able à iris (Leuc. iris, nob.) 25 5 496 L'Able éperlan (Leuc. bipunctatus ? nob.) ... 259 L'Able de Baldner (Leuc. Baldneri, nob.). . . 262 497 L'Aspe (Leuc. aspius, nob.) 265 L'Able mentonnier (Leuc. menlo, Agassiz). . . 271 TABLE. XIX Pages. Plancb. L'Ablette (Leuc. albumus^ nob.) 273 L'Able cordille (Leuc. cor dilla , Savi.) 291 L'Able clupéoïde (Leuc, clupeoides } nob.). . . 291 L'Able tarichi (Leuc, tarichi^ Pall. et Guld.) . . 294 L'Able du stymphale (Leuc, stjmphalicus ? nob.) 295 498 L'Able maxillé (Leuc, maxillaris ? nob.) . . . . 296 499 L'Able albuloïde (Leuc. albuloides^ nob.) . . . 299 L'Able munda (Cjpr. Per-Nurus , Pallas). . . 299 L'Able krasnopêr (Cjpr, leptocephcdus ? Pallas) 3 00 L'Able lacustre (Cjpr, lacustris ? Pallas). . . . 3oi L'Able harengule (Leuc, harengula, nob.). . . 3o3 5 00 L'Able raélettine (Leuc, melettina y nob.). . . . 304 5oi L'Able de Malié (Leuc, Mahecola^ nob.) . . . 3o5 5o2 L'Able abusseau (Leuc, presbjter, nob.) . . . 307 L'Able aux yeux d'or (Leuc, chrjsops^ nob.) . 3 08 L'Able dandia (Leuc. dandia^ nob.) 309 L'Able des Gates (Leuc. Gatensis ? nob.). . . . 309 5o3 L'Able de 1 Isle-de-France (Leuc. nesogallicus^ nob.) 3 10 L'Able du Nil (Leuc. NUoticus^ Joannis) . . . 3ii L Able bibié (Leuc, bibié ^ Joannis) 3 1 2 L'Able de Bosc (Leuc. Boscii, nob.) 3i3 604 L'Able gardonnet (Leuc. gardoftms, nob.) . . 3 16 L'Able vandoisule (Leuc. vandoisulus, nob.). . 3 17 L'Able rotengule (Leuc. rotengulus, nob.) . . . 3i8 L'Able de Storer (Leuc. Slorcri, nob.) . . . . 319 5o5 XX TABLE. Psg LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. visé en trois lobules longitudinaux et partagés eux- mêmes en petits lobes tertiaires. Sa couleur est rouge. La vésicule du fiel est petite; l'intestin court au milieu de toutes ces divisions du foie, conservant un diamètre à peu près égal. Il fait auprès de l'anus un repli, remonte jusqu'au diaphragme, redescend vers l'anus, se replie de nouveau pour revenir entre les parties supérieures du foie , d'où il revient droit à l'anus. La veloutée en est lisse et légèrement rou- geâtre. La rate est petite et d'un beau rouge. La vessie aérienne est double; la seconde, trois fois plus lon- gue que la première, est un peu courbée. La mem- brane externe du péritoine est très-épaisse et très-forte. Les laitances ou les ovaires sont partagés en trois ou quatre lobes très- divisés, et les œufs de ces der- niers sont petits, ayant à peine une demi-ligne de diamètre. A l'extérieur le mâle ne diffère de la fe- melle que pendant le temps du frai. A cette saison, depuis la mi -Avril jusqu'en Juin, le corps du mâle se couvre de tubercules très- dures, grisâtres : il y en a plus sur la tête que sur le tronc. J'ai souvent observé ces sortes de pustules des brèmes, et Marsigli, en rappor- tant le même fait, fait remarquer que les pê- cheurs les prennent, dans quelques localités, pour une espèce distincte. Ebertz 1 et Grossinger 2 ont partagé cette er- 1. Naiurlehre , n , p. 397. 2. Univ. Hung. , 111, 162. CHAP. XIII. BRÈMES. 4 7 reur. Marsigli signale aussi des différences entre les deux sexes qui ne m'ont pas frappé, quoi- que j'aie péché beaucoup de brèmes. Il dit que les mâles sont plus grands, plus larges et plus aplatis que les femelles; que celles-ci ont la peau plus pâle et plus blanchâtre. Si nous comparons le squelette de la brème à celui de la carpe, nous trouvons des diffé- rences de forme aussi grandes à l'intérieur qu'à l'extérieur du corps. Le dessus du crâne est beaucoup plus étroit, et la portion moyenne est relevée sur les bords externes des frontaux, au lieu d'être uniformément lisse et bombée comme dans la carpe. Les pariétaux sont petits, et les mastoïdiens plus larges, mais ils sont plus déclives. La crête impaire de l'occipital est plus oblique et plus triangulaire. L'ethmoïde a en avant une forte échancrure; au lieu de cette pointe en forme de cœur, de carte à jouer, tel que cela existe dans la carpe; les apophyses transverses de la première vertèbre sont droites, pointues et plus courtes que celles de la carpe, qui d'ailleurs a les os courbes ou arqués. L'apophyse épineuse de la seconde vertèbre est plus haute et plus étroite. Les apophyses transverses de cette vertèbre sont plus courtes, descendent plus verticalement, et les osse- lets de Webber sont beaucoup plus courts et moins larges. L'apophyse occipitale du basilaire est moins longue, mais large; sa cavité, pour recevoir le tuber- cule pharyngien, est très-petite, celui-ci étant à 17- 2 1 8 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. peine aussi gros que la moitié d'un petit pois. Les os de la ceinture numérale sont plus grêles que ceux de la carpe. Je compte vingt-trois vertèbres dorsales, dont les quinze qui suivent les trois premières por- tent des côtes. Il y a vingt et une vertèbres caudales, en tout quarante-quatre vertèbres. Au-devant de la dorsale, il y a huit interépineux du dos qui ne sou- tiennent pas de rayons, mais qui contribuent à don- ner de la hauteur verticale au corps. Puis il y a dix interépineux pour les rayons de la nageoire du dos. L'anale n'a que vingt -cinq interépineux, qui sont grêles et hauts. On voit une bonne figure du crâne de la brème dans le supplément à l'Ichthyologie britannique de M. Yarell sur la vignette de la page 4 2 - La brème est très-répandue dans toutes les eaux douces de l'Europe réunies en grands lacs ou fleuves, tels que la Seine, la Loire, le Rhône, l'Escaut, le Rhin, le Danube, etc. On en prend fréquemment dans la Seine, de la longueur de quinze à dix-sept pouces; j'en ai même un de vingt- trois pouces. Nous en avons reçu dans le Cabinet du Roi, de la Somme, par M. Rail- Ion. J'en ai pris dans les eaux de la Relgique, dans le lac de Harlem, dans les environs de Rerlin, comme à Tegel , chez M. de Humboldt; M. Nitsch nous en a envoyé de l'Elbe; M. le marquis de Ronnay et M. de Schreibers, du CHAP. XIII. BRÈMES. 19 Danube. Nous en avons de différens lieux de la Suisse. M. me Magin qui , par son alliance avec la famille de M. de Lacépède, devait bien être utile à l'Ichthyologie, en a donné au Cabinet du Roi des individus pris à Bordeaux. Je trouve ce poisson cité dans les Faunes départementales de la France; ainsi M. Millet le compte dans son histoire du Maine et Loire ; M. de Larbre , dans sa zoologie de l'Au- vergne. J'ai observé sur ces nombreux individus des variations assez notables dans le nombre des écailles ou des rayons de l'anale ; mais comme ces variations ne se trouvent pas à la fois sur le même individu dans les écailles et le nombre des rayons, je n'ai pas cru devoir les considérer comme des caractères spéci- fiques; toutefois je vais donner ici les limites. Je vois le nombre des rayons de l'anale varier de trente à vingt -six; c'est dans la Seine où le nombre est le plus généralement de vingt- huit. Les rangées d'écaillés dans des individus de quinze pouces étaient de cinquante -six, et je n'ai plus trouvé que quarante -sept sur des individus longs de neuf pouces, et que quarante - cinq sur de plus petits individus, longs de sept à six pouces seulement. Les Brèmes que M. Bâillon nous a envoyées d'Ab- 20 L1VKK XV III. CYPRINOÏDES. beville, ont les nageoires plus noires que celles de notre Seine. La brème ne paraît pas vivre ni au Groenland ni en Islande; aussi ne la trouvons -nous citée ni dans le Fauna Groenlandica de Fabri- cius, ni dans M. Reinhardt, ni dans Mohr, ni dans Faber. M. Low ne la compte pas parmi les poissons des Orcades; mais elle est com- mune dans les lacs d'eau douce de la Nor- wége, et elle est d'une prodigieuse abondance en Suède. Linné la compte déjà dans le Fauna sue- cica 1 ; Muller, dans le Fauna danica*; mais M. Nilsson 3 a soin de dire qu'il ne la jamais observée dans les contrées septentrionales et occidentales de la Norwége. Il en a vu un in- dividu péché en Scanie du poids de quatorze livres. Je la trouve aussi dans le catalogue des Poissons du Danemarck fait pour M. Cuvier par S. M. le Roi de Danemarck , alors prince royal. M. Ekstrom la décrit aussi en détail dans son Traité des poissons du Môrkô : il lui donne vingt-huit rayons à l'anale , en portant ce nom- bre à vingt-neuf chez les vieilles. Je crois que 1. Faun. suec, p. 121, n.° 3i8. "2. Prod. Faun. dan., p. 5i, n.° 44* 3. Nils., Prod. pisc. Scand. y p. 3o. CHAP. XIII. BRÈMES. 21 ces nombres varient selon les individus , et que ce n'est pas l'âge qui le fait changer. On les pêche aussi très- communénfent dans les provinces de la Russie, voisines de la mer Caspienne, et dans toutes les eaux de la basse Allemagne. Elle ne se montre pas si com- mune en Bavière. Ce cyprinoïde ne paraît pas se trouver en Italie et en Espagne. Nous le retrouvons dans les différens lacs de la Suisse, et surtout dans le lac de Zurich, où la brème serait assez commune pour que M. Escher cite une pêche de trois mille individus faite à Pfeffikon d'un seul coup de filet 1 . Cette pêche serait peu de chose , s'il faut en croire Bloch , qui en rapporte une autre faite en Mars 1779 de cinquante mille brèmes, pesant plus de neuf mille kilogrammes, faite d'un seul coup daus un lac de Suède. 2 En Angleterre la brème est très -abon- dante; tous les auteurs qui ont parlé des pois- sons de ce pays en font mention , et plusieurs en donnent des figures. C'est ce qu'ont fait Isaac Walton 3 , Donovan 4 , M. me Lee 5 et M. 1. Escher, Beshreibung des Ziircher>Sees , 120. 2. Bloch, Hist. nat. des poissons, vol. 1, p. 65. 3. Is. Walton, Compl. angl. , p. 2 58. 4. Doiioa. , pi. go. 5. Fresh TVater of greaù B?-it., liv. 10. 22 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Yarell 1 ; ou dans leurs Faunes, Pennant 3 , Tur- ton 3 , Flemming 4 et Jennepes 5 ; ces deux der- niers adoptant le genre de Cuvier sous le nom diAbramis Brama. Dans le Complet Angler je trouve quel- ques détails curieux sur le haut prix de la brème vers la septième année du règne de Henri V, et sur l'emploi qu'on en faisait comme mets recherché. Je cite ces faits, parce qu'ils confirment ce que nous avons rapporté plus haut de l'introduction de la carpe en Angle- terre sous le règne de Henri VIII. Aujourd'hui que l'on a la carpe en abon- dance , la brème a perdu de sa valeur. J'ajou- terai, à cette occasion, que quelques auteurs ont cru pouvoir soutenir que la carpe était connue en Angleterre avant l'époque assignée plus haut. Cela est vrai; la valeur de ce poisson n'y était pas ignorée , mais il n'y était pas encore propagé. Il est cité comme un des mets recher- chés dans le repas donné en 1419a l'occasion du couronnement de Catherine, épouse de Henri V; dans celui donné en i4 2 9? l° r s du couronnement de Henri VI. Mais il ne faut 1. Engl fish., p. 385. 2. Brit. Zool., p. 009. 3. Brit. Faun. , p. 108. 4. Brit. Anim. , p. 187. 5. Brit. vert., p. 4°7- CHAP. XIII. BRÈMES. 25 pas oublier qu'on les faisait alors venir de France, et qu'à cette époque on préférait de beaucoup les carpes de la Saône à celles de la Seine. La preuve que la carpe a été en- core long-temps un poisson renommé en An- gleterre, c'est qu'elle figure au nombre des mets servis en i5o5 dans la fête splendide donnée à l'occasion de l'installation de l'ar- chevêque de Cantorbery. Ce n'est plus au- jourd'hui qu'on conserverait le souvenir d'une carpe servie sur une table, à moins qu'elle ne fût dune taille prodigieuse. MM. Hartmann 1 et Nenning 2 citent la brème dans leur Ichthyologie , l'un du lac de Cons- tance, l'autre de la Suisse en général; nous la trouvons aussi mentionnée dans l'ouvrage de Reissinger 3 sur les poissons de la Hongrie, où, suivant cet habile naturaliste , les eaux de ce pays seraient très - profitables à la croissance et au développement de ce poisson ; car il fait varier la taille entre un pied et quatre pieds, et le poids entre une et trente livres; ce qui me paraît énorme; et enfin, Pallas la décrit dans son Fauna rossica comme abondante. De toutes les grandes eaux fluviales des la- 1. Hefo. Ichth.y p. 228. 2. Die Fiscke des Bodensee , p. 52. 3. Spec. Ickth. Hung., p. 81. 24 LIVRE XVIII. CYPRLNOÏDES. custres de toute la Russie, elles s'avancent dans la mer Caspienne, où elles deviennent très-grandes, et où souvent elles atteignent à deux pieds; mais cet illustre naturaliste ob- serve quelle manque dans toutes les eaux de la Sibérie Trans-Ourale. Le nom anglais de la brème est Bream, et l'affinité que ceux de toutes les langues du Nord ont avec celui-ci, montre qu'ils dérivent tous d'une même étymologie. Quelques-uns cependant sont plus éloignés de cette racine mère. En suédois, c'est Brajcen; en danois Brasen , que l'on donne aussi au cyprinus ballerm, suivant Muller. Les auteurs suisses sont d'accord pour le nommer Brœhsmen; Reissinger donne, avec le nom allemand de gemeiner Brcehs, celui de Bleintzen, et pour nom hongrois, celui de Durtla. Pallas nous donne aussi les noms de ce poisson dans les nombreux dialectes des peuplades qu'il a par- courues. Les Russes l'appellent Lestsch, les Cosaques du Tanaïs Tscliabok, réservant aux plus petites le nom de Podlestschi : les autres Cosaques l'appellent Polutschabok. Les pê- cheurs de Novogorod donnent aux brèmes qui dépassent un demi-pied, la dénomination de Podlestschikj, et aux plus petites celle de Peretschen ; les Tartares la nomment Kurban- CHAP. XIII. BRÈMES. 25 balyk > c'est-à-dire piscis jejunus, et chez les Kirghises des bords du Sirr elle porte le nom de Jodi, et chez les tribus kalmouques ceux de Zygbi ou de Tchybe. M. Nordmann la compte aussi parmi les pois- sons de sa Faune pontique, et il affirme quelle atteint souvent à un poids de quinze livres. J'ai vu en abondance la brème sur le marché de Berlin, où je l'ai toujours entendu nommer der Bley. Bloch donne ce nom comme étant celui de l'adulte, et auquel on ajoute l'épithète de Schoss quand elle n'a qu'un ou deux ans, ce qui fait, pour le nom de cet âge, Schoss-Bley, et à trois ans elle prend celui de Bleyflinck. Mais il est à remarquer que les ichthyolo- gistes des contrées méridionales de l'Europe depuis Salvien ne font aucune mention de ce pays : ainsi M. Risso , Cornide, M. le prince de Canino, n'en parlent pas. La nourriture de la brème consiste en vers, insectes, etc. Elle a pour ennemis les oiseaux de proie ; mais on assure qu'une brème du poids de quatre à cinq kilogrammes, comme on en trouve dans la Seine au-dessus de Rouen, peut résister par la force de son nager à une buse qui la saisirait dans ses serres, fa- tiguer l'oiseau, et finir par le noyer en l'en- traînant sous l'eau avec elle. 26 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Plusieurs vers intestinaux tourmentent la brème. Rudolphi cite deux échinorhynques , Ech. claviceps, que j'y ai observé, et Ech. rodulosus; le distoma globiporum, le caryo- phjllœus mutàbilis, le tœnia laticeps, lefas- ciola hramœ ouf. annulata; et le plus com- mun de tous, la ligula simplicissima ou /. ab- dominalis; qui se trouve dans tant d'autres poissons. M. Nordmann a aussi trouvé des helminthes dans les yeux de ce cyprin. La brème croît assez vite; elle fraie dès la première année. A l'époque du frai, elles se rassemblent en troupes sur les fonds unis et garnis de roseaux. Il faut cependant remarquer que la brème réussit mal dans les eaux très- herbeuses. Chaque femelle, d'après Bloch, se- rait suivie de trois ou quatre mâles. Comme les carpes, elles montent à la surface de l'eau, et font un grand bruit en nageant Elles lâ- chent leurs œufs vers Avril, Mai et Juin, et à trois époques différentes : les plus vieilles sont les premières, et les jeunes, au contraire, vers la fin de la saison. Bloch admettait plusieurs variétés de ce poisson ; mais il y a lieu de croire qu'il con- fondait ensemble plusieurs des espèces dis- tinguées récemment par les ichthyologistes allemands. Il admet aussi que les brèmes peu- CHAP. XIII. BRÈMES. 27 vent, avec les autres cyprins, donner naissance à des métis, et il cite, entre autres, des mu- lets de brèmes et de dobules, ou même de rotengle (cyprinus erytJirophthalmus); et il croit que ce sont ces métis qui se mettent en tête des troupes de brèmes. Outre que cette assertion n'a d'autres fondemens que des res- semblances mal appréciées entre des individus qui sont très -probablement d'espèces variées, il faut aussi remarquer que ces divers cypri- noïdes ne fraient pas à la même époque; et quoique l'intervalle entre le temps du frai de chaque espèce ne soit pas très-long, il l'est assez pour rendre difficile le croisement entre des individus d'espèces différentes. On distingue bien dans la Seine deux es- pèces de brèmes; l'une, la brème proprement dite, et une autre est appelée la conique; mais le poisson ainsi nommé est tout différent : c'est la rosse, cyprinus rutilus. L'habitude de nager en troupes fait que l'on pêche la brème avec de grands filets qu'on nomme tramail. Le produit de cette pêche est de quelque importance dans la Seine, surtout un peu au-dessus de Rouen, entre Elbœuf et Diéppedale, ou même Duclair. Celles que l'on pêche au-dessous sont amaigries, parce qu'elles ont été emportées par la rapidité du courant 28 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. lors des grandes eaux, et que l'eau, devenant trop saumâtre, nuit à ces poissons. On dit dans ce pays que la brème se plait dans cette partie de la Seine à cause des gouffres profonds dont le lit de ce fleuve est creusé, et où elle aime à s'enfoncer. Près d'Or- nans, non loin de Besançon, sur la Loue, il existe un trou très -profond qu'on nomme puits de la brème. Dans les grandes pluies l'eau déborde, se répand dans la campagne, et laisse sur les prés quantité de brèmes avec des truites et des ombres; mais elles sont fort maigres. La préférence que l'on donne à la brème sur les autres poissons voisins varie selon les pays; ainsi en Hongrie, suivant Leske, on la préfère à la carpe. On ne fait subir en Europe aucune prépa- ration à la brème; mais Pallas rapporte que sur les bords du Volga on la sale ? comme on le fait en Hollande pour les limandes ou les flets, et qu'alors les habitans en font des pro- visions. Ils prétendent aussi, dans cette con- trée, que les œufs de la brème sont malsains, et ils ne les mangent point : mais en Alle- magne et en France on ne partage pas cette même crainte. M. Nordmann remarque qu'il faut consi- CHAP. XIII. BRÈMES. 29 dérer le cyprinus J menus de Linné ou d'Ar- tedi comme le jeune de la brème. Je me rap- proche de son avis, en établissant que le cypri- nus f avenus est une variété ou mieux encore une espèce nominale non distincte du cyprinus brama, et j'en tire la preuve de la description et de la figure que M. Ekstrôm ! a donnée de ce poisson. Cet auteur lui donne de vingt-quatre à vingt-huit rayons à l'anale; une longueur de trois pouces et demi, et une largeur d'un pouce et demi. Il aura eu sous les yeux à la fois des jeunes de la brème et de la bordelière, et il a fait figurer un jeune de cette dernière. Ce qui peut faire d'abord paraître une sorte de confusion dans cette citation, c'est que lui et les autres auteurs ont copié la phrase fautive de Linné. En effet, Artedi ayant trouvé un petit cyprin au lac Mâlar, l'a introduit dans sa synonymie 2 comme dans son species 3 , avec cette phrase : Cyprinus iride flava, pïnna ani ossiculorum viginti septem. Cette même dia- gnose , qui convient parfaitement à la brème , se retrouve dans la description des espèces: à ce second endroit il donne le détail de toutes 1. Fisch. von M'ôrk'ô , trad. allem. de Creplin, p. 4o, pi. 111 2. Art. syn., p. i3, n.° 28. 3. Art. sp., p. 23, n.° 12. 50 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. les parties, et bien évidemment il inscrit par un lapsus calami pour nombre des rayons de l'anale triginta septem. Linné, dans son Fauna suecica, prend ce nombre au lieu de celui de la phrase , le conserve dans le Systema naturœ. Gmelin, Lacépède et Bloch se con- tentent de suivre l'auteur du Systema naturœ, au lieu de remonter à la source. Ce qui prouve bien que le nombre vingt-sept est le véritable , c'est que M. Ekstrôm , qui a fait sa description sur des individus du lac Mâlar, n'a aussi trouvé que vingt-sept rayons; c'est encore ce nombre qui est indiqué par M. Nilsson 1 , qui a conservé un cyprinus farenus , décrit aussi sur des in- dividus du lac Malar. Ce qui ajoute à la res- semblance, c'est le nombre des vertèbres, qui est de quarante-quatre dans les individus des deux espèces. A la vérité, Artedi ne donne que treize côtes à son cyprinus farenus ; mais ces variations peuvent dépendre facilement de la préparation du squelette. Je ne pense pas qu'il faille croire que le cyprinus farenus n'a été établi que sur des jeunes brèmes ; car x \rtedi donne, aux individus de sonfarenus, une lon- gueur de onze pouces. Au nom de Faren ou Farren> déjà donné par Artedi, MM. Ekstrôm 1. Nils. , Prod. ichtk. Scand. CHAP. XIII. BRÈMES. 34 et Nilsson ajoutent ceux de blicka ou blecka et lucka. Je ne pense pas que ces différentes dénominations soient autres que des noms de localités diverses. De la Bordelière. {Leuciscus blicca, Cjprinus bjoerkna, Art.) Nous adoptons pour cette seconde espèce, très-voisine de la brème, le nom que Bloch lui a donné, quoiqu'elle ait été connue d'Ar- tedi, et décrite par lui et par Linné sous la dénomination de cjprinus bjœrkna, mais non adopté parles naturalistes, qui ne reconnurent pas l'erreur commise par Linné sur le nombre des rayons de l'anale. Artedi a, en effet, donné une bonne des- cription de notre poisson sous cette phrase : Cyprinus quincuncialis, pinna ani ossiculo- rum viginti quinque , répétée, soit dans sa synonymie 1 , soit dans le species 2 ; et dans la description de l'anale il ne change pas ce nombre de rayons. Linné le reproduisit dans son Fauna suecica 3 , mais en y ajoutant cette 1. Art., Sjn., p. 12, n.° 27. 2. Spec. , p. 20, n.° 9. 3. Faun. suec.y p. 124, n.° 328. 52 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. observation , résultat d'une confusion d'espèce : «Dans un poisson de cette espèce j'ai compté « trente-cinq rayons à l'anale; in speciei hujus «pisce numeravi radios pinnœ ani triginta « quinque. 7> Ce qui ne prouve rien autre chose, si ce n'est que l'individu sur lequel Linné a compté les trente-cinq rayons, n'était pas de l'espèce de la bordelière à laquelle il le rappor- tait. Ce grand homme, en écrivant le Systema naturœ ? a préféré ce qu'il a cru être une bonne observation, faite par lui-même, à celle d'Ar- tedi, et on vit alors paraître le cyprinus bjœrkna dans la X. e édition et dans la XII. C , en y ajoutant toutefois, comme synonymie, la phrase d'Artedi , de sorte que la même es- pèce a pour diagnose dans la première phrase trente -cinq rayons à l'anale, et dans la se- conde phrase, celle d'Artedi, seulement vingt- cinq. Bloch, qui ne savait pas le latin, a mal compris la note de Linné, et s'est persuadé que l'illustre auteur du Systema naturœ as- surait expressément que le nombre des rayons de l'anale dans l'espèce du cyprinus bjœrkna était de trente -cinq rayons. Voilà ce qui ex- plique les incertitudes qu'il a manifestées dans son ouvrage, et pourquoi il a donné à ce pois- son un nom nouveau. Gmelin, qui a compilé sans critique, est venu, après Bloch, conserver CHAP. XIII. BRÈMES. 33 l'espèce mal caractérisée du cyprinus bjœrkna, et introduire dans le Système et en double emploi l'espèce du cyprinus blicca de Bloch; mais en changeant cette dénomination en celle de cyprinus lattis, synonymie que M. Retzius a placée à tort dans l'édition de son Fauna sue- cica sous cyprinus brama. Cet auteur a com- mis d'ailleurs une autre faute , bien plus grave , en changeant la note de Linné sur le cyprinus bjœrkna, et en lui donnant un sens étendu que Linné n'avait pas voulu lui donner. Mais, enfin , voilà un des poissons les plus communs en Europe, le plus facile à observer, intro- duit dans nos catalogues scientifiques sous trois noms différens. • Ce poisson, si abondant dans toutes nos eaux douces, est, en effet, déjà connu de Ron- delet 1 . Il prétend qu'on lui donne le nom de bordelihre, parce qu'il se tient de préférence sur les rives ou sur les bords des eaux; circon- stance que je n'ai pas vérifiée : je l'ai péché tout aussi fréquemment en pleine eau que près des berges, là où l'on trouve aussi des brèmes. Rondelet a cru que l'on pouvait rapporter à cette bordelière le (Zcchkeçoç d'Aristote 9 ; mais 1. Rondelet, De pisc. , p. 1 54- 2. Hist. anim., 1. VIII, c. XX. '7- 34 LIVRE XV 111. CYPRINOÏDES. il est facile de voir que ce passage ne justifie pas plus ce rapprochement pour ce poisson que pour tout autre. En parlant des choses nuisibles aux poissons des eaux douces , Fau- teur grec dit qu'un helminthe, naissant vers la canicule, tourmente le ballère et le tillon, qu'il l'affaiblit, et que, le forçant à monter vers la surface de l'eau, il le fait périr par excès de chaleur. Aldrovande, Gesner et leurs copistes n'ont parlé de la bordelière que d'après Rondelet, et n'ont même donné qu'une copie de sa fi- gure. Il faut remarquer que, par une singulière erreur de transposition, Artedi a placé tous ces synonymes, ceux des auteurs de la renais- sance et celui d'Aristote, sous sa vingt-qua- trième espèce de cyprin, qui est la sope, qu'il n'en a indiqué aucun sous son cyprinus bjœrkna; mais cette transposition a induit quelques naturalistes en erreur; ainsi, Mei- dinger 1 a donné une bonne figure de la bor- delière, mais sous le nom de cjprinus ballerus. Il n'a indiqué que dix-sept rayons à l'anale de son poisson, ce qui ne l'empêche pas de citer la phrase d'Artedi avec ses quarante rayons, 1. lcon. fisc. Aust., tab. y., CHAP. XIII. URÈMES. 55 et d'entasser toute la synonymie d' Artedi sans l'avoir vérifiée le moins du monde. Gmelin , en établissant son cjprinus latus, a cité comme synonymes le cjprinus plestja de Leske l , et le cjprinus ballerus de Wulff 2 ; mais celui-ci parle sous ce nom d'une autre espèce , lasope, et Leske, se fiant plus à Gronovius qu'à l'exa- men de la nature, fait varier le nombre des rayons de l'anale depuis vingt jusqu'à vingt- sept, ce qui prouve qu'il a confondu ensemble la brème, ses variétés et la bordelière, et que son poisson n'était pas probablement le même que celui de Gronovius, qui ne compte que dix-neuf rayons dans son texte , tout en citant aussi Linné et Artedi avec les quarante rayons signalés dans la diagnose de leur cjprinus bal- lerus. Bloch, avons -nous dit, a donné une assez bonne figure de la bordelière et une histoire meilleure que celle de ses prédécesseurs; ce- pendant il a fait quelques confusions à l'égard de WulfF, et surtout en ce qui touche Artedi et Linné. Voici la description que j'ai faite de cette espèce, comme pour la brème, sur le poisson péché par moi et décrit encore vivant. 1. Ichih. Leske spec. , p. 69. •2. Ichih. bor., p. 5i , 11. ° 69. 36 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Ce poisson ne vient jamais aussi grand que la brème; sa forme est à peu près la même; mais le profil du dos est moins courbe, et la tête est moins étroite à proportion; le mu- seau est encore plus obtus; et un des carac- tères qui le font le plus facilement distinguer de la brème, est la brièveté de l'anale, qui est en même temps plus haute à proportion. La hauteur du tronc est un peu plus de trois fois dans la longueur, et son épaisseur huit fois et demie. La tête est cinq fois et demie dans la longueur, et la distance du bout du museau au bord postérieur de l'œil est plus longue que la moitié de la tête. Le diamètre de l'œil est trois fois et demie dans la longueur de la tête : il est séparé de l'autre par un diamètre et trois quarts seulement. Le sous-orbitaire, le préopercule, l'opercule et le sous-opercule sont comme dans la brème. Mais l'interopercule n'a pas l'angle montant qui, dans la brème, sépare le préo- percule de l'opercule. Le profil du front est plus courbe, surtout près des narines, où il descend très- obliquement. Les ouvertures de la narine sont placées comme dans la brème, mais la membrane qui les sépare ne s'élève pas en crête au-dessus d'elles. Les pharyngiens ont les dents sur deux rangées : l'externe en a cinq, l'interne deux; celles-ci sont petites et en tubercule mousse; les autres ressemblent à celles de la brème, mais il me paraît qu'elles s'u- sent moins vite. La dorsale naît au milieu de la distance, entre le CHAP. XIII. BRÈMES. 37 bout du museau et le fond du croissant de la queue, La hauteur de cette nageoire, double de la base, eàt une fois et deux tiers dans la hauteur du corps , et sa longueur est le tiers de cette même hauteur. La distance de la fin de la dorsale à la queue est moindre d'un cinquième que la hauteur du corps. On compte dix rayons, dont le premier, simple, est moitié plus court que le second , qui est le plus long. Le dernier est un peu plus du tiers de celui-ci. L'anus s'ouvre sous la fin de la dorsale. L'anale commence aussitôt après; sa longueur est une fois et deux tiers dans la hauteur, et sa hauteur est un peu moins de la moitié de celle du corps. Elle n'a que vingt -trois rayons, dont les deux premiers sont simples. Le dernier est moindre que le tiers du troi- sième, qui est le plus long. La distance de l'anale à la caudale n'est pas si grande que la hauteur de la queue. La caudale est fourchue, mais ses lobes sont égaux; elle a vingt rayons, dont les deux supérieur et infé- rieur sont simples, tous les autres sont branchus. La pectorale est médiocre : elle a seize rayons. La ventrale est un peu plus petite qu'elle ; on lui compte neuf rayons, dont le premier est simple : ils sont attachés très en avant de la dorsale , à une distance qui est une fois et demie dans la longueur du corps. D. 10; A. 23; C. 19; P. 16; V. 9. Il y a dans son aisselle une écaille pointue trian- gulaire, plus grande que celle -que l'on voit à la brème. La ligne latérale est nue, presque droite, légère- ment courbée en bas : elle est placée très -peu au- 38 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. dessous de la moitié du corps; elle est marquée par une suite de gros points relevés sur chaque écaille. Les écailles sont plus grandes que celles de la brème; on en compte quarante -deux dans la longueur et quinze dans la hauteur : elles sont striées comme celles de la brème. La couleur générale est d'un beau blanc d'argent à reflets dorés, avec une teinte verte sur le dos. Le dessus de la tête est vert; les nageoires verticales sont noirâtres; les pectorales et les ven- trales sont rougeâtres. L'iris de l'œil est argenté; le tiers de sa partie supérieure est d'un beau vert mêlé d'or. Tout le corps est marqué de très-petits points noirs, que l'on ne voit pas dans la brème. Les lèvres sont blanches. La langue est encore moins visible que celle de la brème. Les viscères n'offrent pas de différences notables avec ceux de la brème : quant au squelette, je trouve quarante vertèbres, quatorze côtes seule- ment. Le dessus du crâne est méplat, au lieu d'être arrondi; l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre est plus étroite et moins profondément fourchue. Ce qu'il importe bien de noter, c'est que les pharyn- giens ont les dents sur deux rangées, cinq sur le rang externe et deux sur l'interne. Outre ces exemplaires de la Seine, nous avons encore comparé entre eux ceux que le Cabinet du Roi a reçus de la Somme par M. Bâillon ; de Strasbourg, par M. Hammer; de CHAP. XIII. BRÈMES. 59 l'Elbe,pai MM. Thienemann etNitsch, et ceux que j'ai moi-même pris dans l'Escaut à Gand, dans le lac de Harlem , dans la Sprée à Berlin, et dans le lac de Tegel chez M. le baron de Humboldt. Je n'ai pas vu d'individus qui dépassassent un pied ; et ceux de cette taille, dans la Seine ou dans la Somme, sont très-rares. Le nom le plus commun que les pêcheurs de Paris lui donnent, est celui de harriot; on entend dire aussi quelquefois hazelin. Il y fraie, depuis le commencement de Mai jus- qu'à la fin de Juin, et ordinairement à trois reprises différentes. Les œufs sont tous séparés, et déposés dans les racines de saules et dans les herbes. Le mâle n'a jamais le corps couvert de ces verrues que l'on observe sur les brèmes. Je ne vois pas ce poisson compté dans les Faunes les plus septentrionales de l'Islande ou du Groenland; mais il devient commun en Suède, où on le nomme Blicka, Braxen panka, Braxen blicka; dans le Smoland on dit Braxen jlicka, et en Scanie, selon M. Nils- son, on nomme cette espèce Bjelh. Selon Linné et Artedi les noms seraient Bjôrkna, et selon M. Nilsson, Bjerknà ou Bjârk-fisk, et aussi Blicka. MM. Fries et Ekstrom disent, dans leurs Poissons de Scandinavie, Bjôrknan. 40 LIVRE XVIII. GYPRINOÏDES. Ils en donnent une fort bonne figure coloriée, et discutent dans leur description la synony- mie de ce poisson d'une manière complète. Je dois cependant faire remarquer que je n'ai jamais observé, soit en France, soit en Alle- magne, les nageoires paires et l'anale aussi rouges qu'ils les représentent. Sans la forme de cette nageoire et le nombre des rayons, je croirais, par la couleur, qu'il s'agirait de quel- ques gardons ou de quelques rosses. Je les ai vues verdâtres ou brunes avec un simple re- flet rougeâtre : mais Bloch a fait les nageoires trop vertes. Dans la traduction allemande de M. Creplin je trouve pour nom suédois Bjelke, comme dans Nilsson, et ceux Bl., P 1. 9 5.) La forme élevée du corps, celle de la dor- sale, le museau obtus et soutenu, établissent les plus grandes ressemblances entre le pois- son que Bloch a dédié à M. le comte de Buggenhagen et sa bordelière; mais l'anale est encore plus courte. J'ai pu vérifier l'exactitude des caractères, et compter le nombre des rayons sur le pois- son même de Bloch, encore conservé dans le Musée de Berlin, et que j'ai dû à l'amitié de M. Lichtenstein. Ce poisson me paraît fort rare en France; je ne l'ai jamais trouvé dans la Seine ; mais je viens de le décrire avec détails d'après nature, parce que j'ai reçu de M. Bâillon cette brème , qui devient aussi longue dans les eaux de la Somme que la bordelière. Il faut, en général, remarquer que la Somme nourrit plusieurs poissons du 54 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. nord de l'Allemagne, et quelle paraît être la limite où cessent de s'avancer de ce côté de l'Europe plusieurs espèces germaniques. Elle a l'anale courte; cette nageoire contient en- core moins de rayons que la bordelière. La dorsale est aussi moins pointue; le museau est moins gros; la hauteur du tronc fait le tiers de la longueur du corps, la caudale n'y étant pas comprise. La tête entre pour quatre fois et demie dans celte même mesure. L'œil, plus grand, n'est éloigné du bout du museau que d'une fois le diamètre, qui est compris trois fois et deux tiers dans la longueur de la tête. Le chanfrein est plus convexe que dans les autres brèmes ; et ce qui sera un caractère d'une bien autre importance, si on le vérifie sur plusieurs exem- plaires, c'est que l'individu que j'ai sous les yeux a six dents pharyngiennes. Le premier rayon de la dorsale répond à la moitié de la longueur du tronc. La hauteur du plus long rayon de cette nageoire est une fois et demie dans celle du corps sous lui, et la longueur de sa base est des deux tiers de son rayon Je plus haut, et est égale au rayon le plus long de l'anale. La base de celle-ci est d'un cinquième seulement plus haute que ce rayon. La caudale est très-fourchue, et cinq fois et demie dans la lon- gueur totale. La pectorale, plus longue que large, n'est pas du septième de cette même longueur. La ventrale est un peu plus courte et un peu plus large à proportion. D. 13; A. 18; C. 4 — 19 — 5; P. 18; V. 9. CHAP. XIII. BRÈMES. 55 Les écailles sont striées comme celles de la brème. J'en trouve quarante -huit rangées entre l'ouïe et la caudale. La ligne latérale, infléchie vers le ventre, est sur la troisième écaille, et elle n'en a que cinq à six au-dessous d'elle. La couleur est un vert rembruni sur le dos et sur les nageoires. Les plus grands individus du cabinet n'ont que treize pouces. J'en ai un plus petit, que M. Hollandre a envoyé de la Moselle, et qui paraît beaucoup plus argenté que ceux d'Abbeville. Mais je trouve aussi que les jeunes individus préparés par M. Bâillon, sont encore plus clairs que les adultes. Bloch avait reçu ce poisson des eaux de la Pêne dans la Poméranie suédoise. Il dit que les pêcheurs se réjouissent de voir un poisson de cette espèce entrer dans leurs filets, parce que c'est pour eux l'indice d'une pêche abon- dante de brèmes. Il croient que l'espèce dont il s'agit précède toujours ces cyprinoïdes, et aussi ils l'appellent Leiter (conducteur ou guide). Cette espèce se rencontre aussi dans la Moselle; du moins je pense qu'il faut y rap- porter le poisson désigné par M. Hollandre, dans sa Faune, sous le nom de cyprinus abramorutilus. Je vois aussi que c'est l'opi- nion de M. Selys Delongchanips, auteur de la SG LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Faune belge. Ce zoologiste a cru devoir distin- guer de ce poisson, sous le nom de abramis Heckelii une brème dans laquelle je ne puis voir qu'une simple variété de notre espèce. Le caractère le plus saillant consisterait dans la présence de deux écailles de plus au-dessus de la ligne latérale, c'est-à-dire que X abramis Buggenhagii en a huit, et X abramis Heckelii en aurait dix ; le long de la ligne latérale on en compterait de quarante-huit à cinquante- trois; mais comme j'ai examiné, grâce à l'obli- geance de M. Bâillon, un grand nombre de ces poissons pris dans la Somme, et que tout récemment je viens de recevoir par les soins de son amitié un exemplaire qui lui avait été indiqué comme le véritable abramis Heckelii, je ne puis conserver, après avoir comparé ce dernier aux premiers, le moindre doute sur l'identité spécifique de ces brèmes à anale courte, chez lesquelles, comme dans notre brème commune, le nombre des écailles va- rie, mais, comme on le voit, dans des limites assez rapprochées. La brème de Buggenhagen doit être peu commune en Angleterre; car je ne la vois figurée que dans le supplément de l'Histoire naturelle des Poissons d'Angleterre par M. Ya- rell, pag. 3g. L'individu lui a été envoyé du CHAP. XIII. BRÈMES. 57 comté d'Essex. Cet habile et zélé ichthyo- logiste nous apprend aussi que M. W. Thomp- son, de Belfast, à qui l'ichthyologie doit tant de faits importans sur l'histoire des poissons d'Irlande, a aussi rencontré cette brème dans la rivière Logan, près de la ville de Belfast. La Brème persa. (Cyprinus persa, Pallas.) Faut -il distinguer de la brème de Buggen- hagen le cyprinus persa de Pallas ? Cet illustre naturaliste ne l'a pas vue, et il ne la fait connaître que d'après les manuscrits de G. Samuel Gmelin. Voici cette description : C'est un poisson d'un pied de long, tenant de l'ablette et du barbeau. La tête est presque semblable à celle de ce dernier; le museau est avancé; la bouche inférieure; point de barbillons. Le corps, couvert de grandes écailles, argenté, alongé et un peu élargi. La ligne latérale courbe ou infléchie vers le ventre. B. 3; D. 10; A. 17 — 18; C. 19; P. 16; V. 9 — 10. La caudale est fourchue; les nageoires inférieures sont rougeâtres. Cette couleur des nageoires semblerait dis- tinguer cette brème de l'espèce de Bloch ; mais les nombres des rayons l'en rapprochent. Pallas croit qu'il faut rapporter à celui-ci 58 LIVRE XVIII. CYPRINOlDES. l'espèce que Guldenstsedt a confondue avec le cyprinus vimba, nommé en Géorgie gwe- lana, très-abondant dans les lacs qui versent dans le Cyrus, où les Cosaques le nomment seruschka. Gmelin avait observé le poisson, dont nous reproduisons la courte description, dans les eaux de la Perse. La Brème aux nageoires rouges. (Abramis erjthropterus , Agassiz.) Parmi les beaux dessins qui m'ont été com- muniqués par M. Agassiz, je trouve la repré- sentation dune brème qui me paraît avoisiner le cyprinus per sa à cause de la couleur des na- geoires : elle est indiquée sous le nom que nous lui conservons dansle mémoire de ce naturaliste. Ce poisson a le dos convexe ; le profil du ventre droit jusqu'à l'anus, et remontant obliquement vers la queue. La hauteur est comprise trois fois et demie dans la longueur totale. La tête est petite, à peu près du septième de cette même longueur. La dorsale, haute de l'avant et pointue, est assez bien celle d'une brème. L'anale est courte pour un poisson de ce groupe. La caudale est fourchue; la pectorale est aussi un peu longue pour les brèmes. D. 10; A. 15, etc. CHÀP. XIII. BRÈMES. 59 Je compte quarante rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale; six rangées seulement au-dessus de la ligne latérale et autant au-dessous. Les écailles sont donc plus grandes que celles de toutes ces brèmes. Elles donnent à ce poisson l'aspect d'un gardon. Le dos est vert foncé; le reste du corps est argenté. La dorsale a une teinte rougeâtre mêlée à son fond vert; toutes les autres nageoires sont rouges, ou mieux couleur de rouille. Ce poisson est long de huit à neuf pouces. La Brème de Leuckart. (Abramis Leuckarliij Heckel. 1 ) Les eaux du Danube nourrissent une brème à anale si courte, que je me demande pour- quoi cette espèce n'a pas été classée près de plusieurs de nos leuciscus ordinaires. Elle a la tète oblongue, comprise cinq fois dans la longueur totale, qui comprend la hauteur sous la dorsale trois fois et trois quarts. Le chanfrein est un peu concave; le dos et le ventre sont régulière- ment arqués; la caudale fourchue; l'anale peu pointue de l'avant. D. 13; A. 18 ou 20; C. 8— 17 — 6; P. 17; V. 10. Les écailles sont de médiocre grandeur; M. Heckel en compte onze au-dessus de la ligne, cinq au-des- sous, et quarante-six dans la longueur. La couleur 1. Arch. Vicnn.y p. 229, t. I, tab. XX, fig. 5. GO LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. est celle de nos brèmes. Un verdâlre argenté sur le dos, et de l'argent brillant sur les flancs. Les na- geoires paires sont blanches ; la dorsale et l'anale ayant quelques teintes rembrunies. Ce poisson a quelque ressemblance, par le nombre des écailles et par la petitesse de l'a- nale, avec la brème de Buggenhagen; mais le profil du corps n'est pas le même, car il est ici plus régulièrement ovalaire. On le nomme près de Vienne du même nom, Pleinzen ou Spitzpleinzen, que l'on donne à Xabramis sopa. La Brème vieille. (Abramis vetula , Heckel. \ ) Dans le même mémoire, le savant ichthyo- logiste de Vienne a fait connaître , sous le nom d'abramis vetula, une brème à tête assez grosse; à corps alongé, épais et haut en avant, dont le profil fait une ligne très -convexe entre la nuque et la dorsale : cette nageoire a les premiers rayons hauts et pointus; ceux de l'anale, qui est longue comme dans les brèmes, sont égale- ment prolongés , de sorte que la nageoire a la forme d'une faux. Les lobes de la caudale sont assez pointus. D. 12; A. 28; C. 5 — 17 — 6; P. 14; V. 10. La plus grande hauteur du corps est comprise quatre fois et un quart dans la longueur totale; on 1. Arch. Vienn.y t. I ? p. 23o ? pi. XX ? fig. 6. CHAP. XIII. BRÈMES. 61 la mesure au milieu de l'espace compris entre la nuque et la dorsale. Au-dessus de l'anale, le tronçon de la queue n'a plus guère que le tiers de cette hau- teur. La longueur de la tête est du cinquième de la longueur totale. Le museau est épais et obtus. Il y a treize rangées d'écaillés au-dessus de la ligne laté- rale, sept au-dessous, et cinquante-deux écailles dans la longueur. Cette espèce vient du lac Neusiedler, où elle n'est pas très-commune, et où on la nomme, comme la sope, Pleinzen, nom que l'on donne à plusieurs sortes de brèmes. Le nombre des rayons de l'anale semble rapprocher cette brème de l'espèce commune; mais la forme du corps l'en éloigne beaucoup. Je ne connais ce poisson que par la descrip- tion et la figure de M. Heckel. La Brème aux yeux noirs. (Abramis melanops 3 Heckel, t. II, tab. IX,fig. 3.) Cette espèce a le corps alongé et l'anale courte. Le peu de hauteur du corps, comme le peu d'étendue de l'anale, feraient tout aussi bien placer ce poisson parmi les ables qu'à côté des brèmes. La tête est plus longue qu'aux deux précédentes; la hauteur du tronc égale la longueur de la tète, et n'est pas tout-à-fait du cinquième de la longueur 62 LIVRÉ XVIII. CYPRINOÏDES. totale. Le museau est petit et saillant au-dessus de la mâchoire inférieure; la tête est étroite; le diamètre de l'œil est presque du quart de la longueur de la tête, et le bord de l'orbite est éloigné de plus d'une fois ce diamètre. La hauteur de la dorsale égale deux fois la longueur de la base. La longueur de l'anale égale sa hauteur. La caudale est fourchue. La pec- torale n'atteint pas à la ventrale. D. 11; A. 21, etc. Il n'y a que cinquante-huit à soixante écailles sur le côté. La ligne latérale est un peu infléchie. Au- dessus d'elle sont dix rangées d'écaillés et six seule- ment au-dessous. La couleur est foncée, gris plombé sur le dos, et couvert sur les flancs de petites ver- rues noirâtres. L'individu, long de six pouces et demi, est dû à M. Nordmann. Cette espèce a d'abord été distinguée par M. Heckel 1 (loc. cit.), qui la regarde comme avoisinant le cjprinus vimba, mais s'en dis- tinguant par un museau plus court et une tète plus épaisse : d'ailleurs les nombres des rayons sont différens. Les dents pharyngiennes, que M. Heckel a eu soin de figurer tab. 8, fig. 12, sont au nombre de cinq et taillées en bi- seau. Les individus du Cabinet de Vienne viennent du fleuve Marizza en Rumélie. M. 1. Beytr. zur lchlh. Arch. Vienn. , t. II, p. 1 54 , tab. 8, fig 5. CHAP. XIII. BRÈMES. 65 Nordmann, qui a donné dans son Fauna pontica une figure de cette espèce, pi. XXII, fig. 2 , avait pris l'un de ces exemplaires dans un rapide de Codor en Abassie, l'autre venait de Crimée. La Brème délicate. (Lenciscus tenellus, nob.; Abramis tenellus, Nordm. Voyage en Crimée, p. 3io ? n.° 8.) Le même professeur a donné aussi des eaux douces de la Grimée une petite brème à anale courte, dont la tête, étroite et pointue, est du cinquième de la longueur totale; la hauteur du tronc est du quart de la longueur totale; le museau est obtus; l'anale, courte, est aussi haute que longue ; la dorsale n'a qu'une fois et demie en hauteur la longueur de sa base; la caudale est fourchue. D. 11; A. 16 à 18. Le. nombre des écailles de la ligne latérale varie de cinquante à cinquante- cinq. L'individu est long de quatre pouces. Sur un fond argenté brillant, le poisson a le dos verdâtre clair, ainsi que le sommet de la tête. Dans la saison du frai, en Juin, les opercules et les écailles du mâle se couvrent de petites granu- lations ou proéminences verruqueuses noires, ce qui fait paraître les flancs plus foncés que de coutume. 04 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. M. Nordmann n'a encore observé celle es- pèce, reconnaissable à sa petite taille et à la petitesse de ses écailles, que de la petite ri- vière nommée Tschornaia Retschka (rivière noire) qui passe par Inkerman, non loin de Sébastopol en Crimée, et qui fournit l'eau nécessaire aux docks d'Inkerman. La Brème naine. (Leuciscus parvulus , nob.) Je trouve encore avec ce même poisson un autre plus petit , d'une espèce qui me paraît toutefois distincte, quoique M. Nord- mann semble l'avoir confondue avec la précé- dente. Le corps est plus alongé et la tête plus petite; la hauteur est quatre fois et demie, et la tête cinq fois dans la longueur totale. L'œil est plus grand; le profil de la tête plus convexe. L'anale est plus longue et plus basse; car la base comprend une fois et un tiers son rayon le plus long. D. 11; A. 21. La ligne latérale est flexueuse; les écailles sont médiocres, et la couleur verdâtre, avec reflets ar- gentés. Ce poisson n'a pas quatre pouces : il vient de la Crimée. CHÀP. XIII. BRÈMES. 65 De la Zerte. {Abramis vimba, Bl.) Les eaux douces du nord de l'Europe nour- rissent une espèce à corps plus alongé et re- marquable par la saillie de son museau charnu : c'est le Cyprinus vimba. La hauteur du tronc est quatre fois et deux tiers dans sa longueur totale; la caudale entre pour un sixième dans cette même longueur; la tête pour un cinquième et quelque chose. Le museau est arrondi et saillant. L'œil de grandeur moyenne; le diamètre est compris quatre fois et demie dans la tête : il égale la largeur de la première pièce du sous-orbitaire. J'ai observé les dents pharyngiennes sur un des deux individus pris par moi dans la Sprée, et sur un autre venant de l'Obi. Elles sont au nombre de cinq sur un seul rang : la première a le crochet pointu et re- courbe et la couronne plate; la seconde et la troi- sième sont arrondies; la quatrième usée; la cinquième mousse : toutes les dents avaient la couronne usée et plate sur la Zerte de l'Obi. Le profil monte par une courbe peu saillante vers la dorsale, dont le premier rayon répond à la moitié de la longueur du tronc. La hauteur de la nageoire du dos est une fois et un tiers dans celle du corps sous lui; la longueur de la base égale la moitié du plus long rayon. La base de l'anale est une fois et deux tiers plus grande que son rayon le plus long, lequel n'a pas la moitié de la plus grande hauteur du côté. 17. 5 CG LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. La pectorale est étroite, et n'est pas plus alongée que la ventrale. D. 11; A. 22; C. 4 — 19—5; P. 17; V. 9. Il y a cinquante-six rangées d'écaillés dans la lon- gueur, et dix -sept dans la hauteur. Elles sont petites et striées comme celles des autres espèces. La ligne latérale, tracée sur la dixième écaille, est à peu près droite. Les couleurs sont celles de la brème. Nous conservons dans les galeries un individu long de dix pouces, envoyé de Dresde par M. Tinnemann. Il y en a aussi du Danube, qui ont été donnés au Cabinet du Roi par M. de Schreibers. Je l'ai trouvée une seule fois, au mois de novembre, sur le marché de Berlin. La première description complète de cette espèce a paru dans le travail d'Artedi ! , qui, la croyant nouvelle, l'indique dans sa Synony- mie, sans aucune citation d'auteurs précédens. Quelques naturalistes ont cru devoir aussi rapporter à la Zerte le Cyprinus capito ana- dromus dictas {Syn., p. 8, n.° i3) du même auteur; mais, comme je le démontrerai plus bas, c'est un assemblage de plusieurs êtres distincts. Par la description d'Artedi nous apprenons que le nom de TVimba est suédois; que ce pois- son se trouve dans le lac Mœler et dans la rivière 1. Àrl., Sjn. ? p. i4, n.° 32, et Sp., p. 18, n.° 8. CHAP. XIII. BRÈMES. 67 Sala, qui coule auprès d'Upsal. Il est du nom- bre des cyprins dont l'intestin est court; car il n'est qu'une seule fois réfléchi, et égale à peine la longueur du corps de l'animal quand il est étendu. Le péritoine brille d'un bel éclat d'argent poli. Artedi indique aussi qu'à la fin de mai, la tête, le dos et quelquefois les flancs se couvrent de petits tubercules nombreux et blanchâtres, mais que tous les individus n'en ont pas. Il est probable que les mâles seuls sont sujets à ces pustules. C'est d'ailleurs, comme on le sait aujourd'hui, com- mun à un grand nombre d'espèces d'Ables. Nous devons nous attendre à trouver ce poisson compris dans le Fauna suecica, et il l'est en effet. M. Retzius ajoute à la dénomi- nation d'Artedi et de Linné, les variantes de TVinima et de Noswimma. Bloch, qui a vu cette espèce à Berlin, en a publié une bonne figure, pi. IV, sous le nom allemand que les pêcheurs de ces contrées lui donnent, die Zœrthe; mais en conservant le nom de Linné ou d'Artedi. Il faut d'ailleurs y joindre celui de Gœse à Drambourg sur la Drage. Suivant Bloch , les noms livoniens se- raient Wemgalle ou TVeingalle, JVinb, JVimb et Sebris. Sauf le dernier, les autres se rap- prochent assez bien de celui des Suédois pour G8 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. voir qu'ils dérivent d'une même racine. Eu Russie on l'appellerait Taraun. Cet ichthyo- logue nous apprend que la Zerte est de pas- sage dans les eaux de la Prusse ou de la Si- lésie; qu'on la voit sortir de la Baltique vers la Saint-Jean , ou des baies de cette mer, pour entrer dans l'Oder, et remonter de là dans les affluens de ce fleuve, tels que l'Inna et la Warthe; que dans ces rivières elle y cherche des pierres lavées par le courant pour y dé- poser ses œufs. Ils sont de la grosseur de la graine de pavot. Dans un ovaire du poids de trois quarts d'once, Bloch estime qu'il y en avait 28,800. Cette habitude de sortir de la mer pour remonter dans les fleuves est donc commune à ce poisson de la famille des cyprins, comme nous le voyons dans celles des nombreuses espèces de la famille des salmonoïdes ou des clupéoïdes. Comme ces animaux séjournent plus ou moins longtemps dans les rivières et à des points assez élevés au-dessus du niveau de l'Océan, pour que l'influence des marées ne puisse y faire sentir la présence de l'eau de la mer, on voit que la distinction des pois- sons entre poissons marins et poissons (Veau douce, est tout-à-lait impossible. Je fais cette remarque pour répondre à cette demande si CHAP. XIII. BRÈMES. 61) souvent faite par les géologues, de la distinc- tion possible des poissons selon leur séjour. La zerte ne paraît guère dépasser un pied et un pied et demi. On la prend en grande abondance à l'époque du frai, et sa pêche, soit au filet, nommé carreau, soit à la ligne, avec des vers de terre , paraît productive dans les environs de Landsberg sur laWarthe, et dans ceux de Custrin. Elle croît lentement, et meurt bientôt après être sortie de l'eau. Cependant Bloch rapporte que M. Marwitz a essayé de la transporter, et que le succès de ces essais a prouvé qu'elle est du nombre des poissons dont on pourrait enrichir et aménager nos eaux douces. On aurait d'autant plus raison de le faire, que sa chair est blanche et de bon goût. On la mange fraîche ou marinée, et sous cette dernière préparation on en exporte en assez grande quantité de Landsberg. Bloch observe que, dans quelques endroits, on con- . fond la zerte avec le nez (cyprinus nazus\ La fente de la bouche de l'un est assez diffé- rente de celle de l'autre pour que toute méprise à cet égard soit possible, lorsque l'on examinera les deux espèces avec quelque peu d'attention; mais cette remarque sert à expli- quer pourquoi aucun auteur n'a fait connaître la zerte avant Artedi, du moins d'une manière 70 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. assez nette, pour que l'on ne puisse pas accuser Artedi d'avoir oublié ses prédécesseurs en ré- digeant son Sjnonjmia piscium. Il me paraît, en effet, hors de doute, que Gesner 1 a donné, dans ses Paralipomènes , une figure de la zerte , et qu'il parle de ce poisson lorsque, l'appelant le nase de l'Elbe, il dit qu'il remonte de la mer dans ce fleuve; mais déjà il a aussi confondu les noms alle- mands qu'il lui donne, car il l'appelle indif- féremment Zârte ou Blicke, et de plus, dans sa description, il parle très-distinctement de six dents pharyngiennes. Ce nombre est celui des dents du nez [cypr. nasus), ou bien du cyprinus Buggenhagii , qui reçoit mieux aussi le nom de Blicke, que le nez. J'aime à citer ce fait des six dents rapporté par Gesner, car il prouve déjà l'ancienneté de la connnaissance du nombre des dents de cette sorte de brème. Mais Bloch, regardant plus la figure que le texte, n'a pas hésité à compter Gesner parmi les synonymes de son poisson. L'article de Willughby 2 repose tout entier sur celui de Gesner, et par conséquent le cyprinus ca- pitQ anadromus dictus dArtedi 3 ne repré- 1. Paralip., p. 11. 2. P. 2 5 7 , ch. XIII. 3. Syn., p. 8, n.° i3. CHAP. X11I. BRÈMES. 71 sente qu'une espèce factice, que Linné n'a pas citée avec raison sous son cypr. vimba. Bloch a donc eu tort d'embrouiller la bonne espèce d'Artedi, ouïe Cypr. vimba, du cyprinus capito anadromus dictus. Gmelin a suivi l'ichthyologiste de Berlin, de sorte qu'il en- tasse sans critique tous ces synonymes. On voit encore cités par ces auteurs et Leske 1 , qui a évidemment confondu la zerte et le nez, et Marsigli 3 , qui a cependant figuré la zerte et non le nez, quoique dans le texte il l'ap- pelle Nàse; et WolfT, qui, sous le nom de cypr. rutilus, a plutôt aussi donné la zerte que toute autre espèce. Bloch critique Wolff d'a- voir cité Schwenkfeld 5 , qui donne pour nom vulgaire de son Alosa jluviatilis , les dénomi- nations de Zerte ou Zàrt. Je ne vois pas sur quels caractères il se fonde pour rapporter à un autre poisson le peu de mots que l'historien de la province de la Silésie a laissés sur cette espèce. Siemssen 4 l'indique aussi parmi ses poissons du Mecklenbourg. La zerte est donc assez répandue en Alle- magne. Muller, qui la compte dans son Fauna 1. Ichih. Lips., p. 44 > »-° 8. 2. Tom. IV, p. 17, tab. 6- 3. Schw. , Thés. SU., p. 447* 4. Siems.j p. 79. 72 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. danica 1 , nous prouve aussi quelle habite les eaux du Danemarck, et il lui donne pour noms vulgaires Flire ou Blikke. Les successeurs d'Ar- tedi et de Linné ont aussi donné, en Suède, de nouveaux détails sur la vimbe. M. Betzius a ajouté quelques mots à son histoire dans son édition du Fauna suecica. M. Nilsson 9 , dans ses Poissons de la Scandinavie, nous dit quelle habite la Baltique, d'où elle remonte au printemps dans les fleuves et dans les lacs, depuis la préfecture de Bleking jusque dans la province d'Upland; mais qu'on ne la voit jamais en Scanie, dans le Gothland méridio- nal, qui est cependant aussi baignée d'un côté par la Baltique. Les noms de TVimma ou de Noswimma sont de l'Upland , tandis qu'à Bleking on l'appelle déjà Sârte. MM. Fries, Ekstrom , et M. Cre- plin 3 , dans la traduction de ces auteurs, ajou- tent aux noms allemands déjà cités par Bloch, ceux de Nase ou de Meernase; mais comme ils ne parlent pas du cypr. nasus, je me de- mande s'ils ont bien distingué les deux pois- sons. Si l'on en croit Bloch, celu doit être; 1. P. 5i, n.° 44o. 2. Nilss.,p. oi. 3. Crepl., Fis h. von Mork. , p. 49- CHAP. XIII. BREMES. 73 car on ne pourrait pas donner au cypr. nasus le nom de Meernase. Je ne crois pas que ce poisson s'élève plus au nord. II ne paraît pas se trouver en An- gleterre; car aucun ichthyologiste de ce pays, depuis Pennant jusqu'à M. Yarell, n'en fait mention. 11 n'existe pas en France ni en Suisse, où l'on trouve le nez (cyp. nasus). Je ne la vois pas non plus en Italie; mais en revenant vers l'est de l'Europe, je la trouve comptée parmi les poissons de la Hongrie dans l'ouvrage de M. J. Reissinger 1 , qui l'indique comme très- féconde dans le Danube, puis- qu'elle y pond jusqu'à trois cent mille œufs, et dont la chair, de très-bon goût, se mange de diverses manières. On trouve aussi la zerte dans la mer Noire et dans la Caspienne, et dans tous leurs af- fluens. Déjà Pallas 2 la décrit et nous donne, sur son abondance, des détails curieux. Les Piusses du Palus Mœotide, du Tanaïs et du bas Volga la nomment Taran; ceux du Volga supérieur, Selawa ou Silewa; près du Jaïk, Ghustera; ceux des contrées plus septentrio- nales, Stscheberka, et au lac Ladoga, Sireck. 1. Ichth. hongr. ? p. 72. *"2. Faun. ross. asial., p. 022 74 LIVRE XVIII. CYPR1N0ÏDES. Celte brème sort de la mer en bandes si in- nombrables que non -seulement on les trans- porte par charretées dans les diverses pro- vinces, mais que les marchands qui en font le commerce, après les avoir séchées ou salées, sont obligés de bien faire leurs marchés avec les pêcheurs , dans la crainte de n'être pas forcés d'en accepter plus de soixante-dix mille individus, qu'ils peuvent prendre d'un seul coup de filet. C'est, d'ailleurs, une grande res- source dans les contrées moins poissonneuses, et surtout dans le temps du carême , à cause de la bonté de la chair qui a peu d'arêtes. A la suite de la description du cyprinus vimba, Pallas 1 a donné, d'après Guldenstœdt, un cyprinus carinatus de la mer d'Azoff, et que l'on appelle Ribez ou Ribtschik, que M. le professeur Nordmann regarde comme iden- tique avec la zerte. Il cite cette dernière dans sa Faune politique 2 , et je crois aussi que M. Eichwald 3 en a dit quelques mots dans sa Faune de la mer Caspienne. M. de Humboldt l'a aussi trouvée, avec M. Ehrenberg, dans l'Obi. Il en a donné au Cabinet du Roi un exemplaire de ce fleuve. 1. Pall. 7 1. c, p. 025. 2. Faun. pont. , p. 5o8. 3. Faun. casp. prod., p. i3o. CHAP. XIII. BRÈMES. 75 Ce que je viens de rapporter sur la multi- plication de cette brème, d'après Pallas , prouve combien il serait utile d'importer ce poisson dans nos eaux douces. La Brème alongée. {Abramis elongatus 3 Agass.) Je vais aussi parler de l'espèce citée par M. Agassiz dans son Mémoire sur les poissons du lac de Neuchâtel, sous le nom d' Abramis elongatus j parce qu'il a eu la bonté de m'en communiquer le dessin. Cette espèce me paraît très -voisine de la précédente par la saillie de son museau, par la forme de sa dorsale , la coupe de son corps , la grandeur des écailles et la courbure de la ligne latérale; mais la hauteur et la brièveté de l'anale semblent l'en distin- guer. La base de cette nageoire n'est pas plus lon- gue que le premier rayon n'est haut; les derniers rayons sont plus hauts, de sorte que la nageoire est moins pointue de l'avant. Voici les nombres d'après le dessin : D. 11; A. 21; C. 21, etc. Ce poisson parait avoir sept pouces et demi : il vient du Danube. J'ai reçu, sous le nom de Brème de la Nou- velle-Orléans, un poisson du lac Pon char train , 76 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. qui a le corps assez élargi , l'anale presque aussi longue que celle de l'espèce précédente; mais, comme sa mâchoire inférieure, quand elle est abaissée, paraît dépasser la supérieure, je pense qu'il vaut mieux placer cette espèce auprès des Ables , voisins du Rotengle. M. Agassiz dit qu'il connaît des brèmes de l'Inde. On doit, en effet, rapporter à ce groupe la description suivante tirée de M. Buchanan. Je n'ai pas vu ce poisson, mais il nous en est venu de Bombay une aulre espèce , voisine de celui de Buchanan. Les ligures des dessins chinois, si souvent citées par Lacépède, représentent aussi une brème. Le Cyprin koti. (Cyprinus cotio , H. B., p. 3Q3, n.° 74») M. Buchanan le rapporte à ses Cabdio, et Formule ainsi sa diagnose : Cabdio ayant dix rayons à la dorsale, trente -six ta l'anale, douze à la ventrale. B. 3; D. 10; A. 36; C. 19; P. 16; V. 12. La forme est épaisse et quelquefois trapézoïdale- la tête, ovale, est de grandeur moyenne; la nuque est couverte par un os déprimé en forme de parai- CHAP. XIII. BREMES. 77 iélogramme ; la bouche est petite et termine le mu- seau; les deux mâchoires sont presque égales; les lèvres sont très -minces; les narines sont près des yeux, lesquels sont grands et hauts: leur pupille est circulaire. Au-devant de la dorsale, le bord du dos est tranchant et plus penché que le profil du crâne. Les écailles sont petites et peu adhérentes. L'anale occupe tout le dessous de la queue et monte obli- quement en arrière. La couleur est verte sur le dos; le ventre brille de l'argent poli, et est diaphane. Sur le commencement de la dorsale il y a une petite tache noire, et sous le devant du thorax, au-des- sous de la ligne latérale, une rangée de cinq ou six autres autour d'une dépression bleuâtre et brillante. Les yeux sont argentés, teintés de vert foncé en dessus. Le koti est un poisson des étangs et des fossés du Bengale très-commun, croissant à quatre pouces, et dont la chair est remplie d'arêtes. La Brème de Duvaucel. (Leuciscus Duvaucelii, nob.) Nous avons reçu des eaux douces du Ne- paul une petite brème assez semblable à celle figurée par M. Buchanan; mais je lui trouve la saillie du museau, au-devant de l'œil, plus élevée, de sorte que le museau est plus obtus et plus carré. La ligne du profil jusqu'à la nuque est plus droite; 78 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. celle du dos est assez la même; mais le ventre est plus saillant au-dessous des pectorales et au-devant des ventrales. Ces nageoires ne sont pas aussi larges; l'anale est moins haute; la hauteur du tronc fait un peu plus du tiers de la longueur totale, qui com- prend la tête près de cinq fois. Le premier rayon de la dorsale est fort et un peu dentelé. D. 10; A. 36; C. 19; P. 15; V. 9. La ligne latérale est droite, un peu au-dessus de la moitié du tronc. Les écailles sont petites : il y en a soixante rangées entre l'ouïe et la caudale. Le dos et le ventre paraissent avoir été verdâtres; les flancs sont argentés. Je ne vois aucune trace de cette série de points noirs représentés sur la figure de M. Bu- chanan, au-dessus de la pectorale. L'individu est long de dix pouces dix lignes. Nous le devons à feu M. Alfred Duvaucel. Je me suis fait un vrai plaisir de lui dédier cette espèce. Z/Able rhomboïdal. (Leuciscus rhomboidalis , nob.) M. de Lacépède n'a pas fait mention du poisson représenté au folio \l\ de ce recueil de dessins chinois. Le caractère de vérité em- preint sur ce dessin ne me laisse hésitation à le citer. Le corps est en losange, dont le côté de la queue est plus long que celui de la tête, dans le rapport de 1 5 à 10, en comptant de la base des rayons an- CHAP. XIIT. BRÈMES. 79 teneurs de la dorsale; la hauteur du tronc sous cette nageoire est comprise deux fois et demie en- viron dans la longueur totale. La longueur de la tête mesure la moitié de la hauteur du corps. Le profil est convexe et comme bossu au-dessus de l'œil, puis il monte en ligne droite vers la nageoire du dos, et redescend aussi en ligne droite vers la queue; celui du ventre est courbe sous la gorge, droit le long de l'anale; l'angle répond à l'insertion de la ventrale ; la ligne latérale est tracée en ligne droite par le milieu du corps. Ce qui me fait rapporter ce poisson auprès des brèmes, c'est l'étendue de l'anale, qui égale le tiers de la longueur du corps sans y comprendre la caudale. Si l'on pouvait sup- poser que le peintre chinois ait compté les rayons , on dirait que cette nageoire a quarante-neuf rayons. La dorsale, haute et triangulaire, est courte; le lobe supérieur de la caudale est arrondi. Le poisson est verdâtre, à reflets argentés. La longueur du dessin est de huit pouces et demi. DES BOUVIERES. Les zoologistes qui croient devoir séparer les Ables en plusieurs genres distincts, ont con- sidéré comme devant être type d'une de ces coupes , la Bouvière. M. Agassiz lui a donné le nom de Rhodeus, et le caractérise ainsi : « Corps large et comprimé ; dents pharyn- 80 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. « gienues taillées en biseau; dorsale moyenne; « caudale fourchue. ? Le caractère des dents pharyngiennes ne se vérifie que sur des poissons dont les dents sont usées, parce quelles sont poussées depuis long-temps; mais dans les individus qui vien- nent de les renouveler, la couronne est ar- rondie, terminée par un petit crochet, comme dans tous les autres ables. D'ailleurs, pourquoi ne pas en indiquer le nombre, pour l'opposer à celui des autres genres? Je suis d'un autre côté tout-à-fait de l'avis de M. Agassiz, quand il trouve que M. Cuvier a réuni à tort les bouvières aux vrais cyprins; mais certes, au- cun naturaliste ne pourra, en partant de la diagnose que je viens de citer, séparer les Bou- vières des Brèmes ou de tout autre able. Si l'on voulait combiner le manque de barbil- lons des Bouvières avec un autre que nous fournirait la roideur du troisième rayon de la dorsale, on pourrait peut-être tirer de là un caractère pour faire un groupe de ces poissons, et qui serait en quelque sorte aux Barbeaux ce que la Gibèle et le Characin sont aux Carpes. Toutefois, il y a plus de différence entre la Bouvière et le Barbeau qu'entre lui et les derniers, et notre poisson avoisine aussi beau- coup les Brèmes par la forme générale , sur- CHAP. XIII. BRÈMES. 81 tout depuis que nous ne comptons comme caractère essentiel des brèmes qu'une très- longue anale. La Bouvière. (Cyprinus amants, Bl.) Le joli petit poisson connu de tous les pé- cheurs sur la Seine ou la Marne sous le nom de Péteuse^ mais qui est plus généralement nommé en France Bouvière, me paraît assez répandu dans les eaux douces de l'Europe. Je l'ai vu pêcher dans le lac de Tegel , près de Berlin, tout aussi fréquemment que dans la Seine. Cependant Linné n'a pas mentionné cette espèce; elle ne paraît que dans la XIII. e édition du Systema naturœ par Gmelin, d'a- près les documens de Bloch. On doit, en effet, à cet ichthyologiste l une première figure co- loriée et une description de ce poisson; mais les caractères qu'il lui donne sont erronnés, car il fait reposer sa diagnose sur le nombre des rayons de la ventrale et de la pectorale, qu'il porte à sept, tandis que la nageoire de la poitrine a douze rayons, et celle du ventre en a neuf, à peu de chose près comme dans tous les autres ables. 1 Bl., pi. 8, %. 3. 82 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Les couleurs dont il l'enlumine ne sont pas non plus exactes; il a exagéré la ligne foncée, et peinte en noirâtre, qui sépare le vert bril- lant du dos de l'argenté du ventre, et qui de- vient bleuâtre ou rose, selon la saison, sur la queue. D'ailleurs , Bloch a fait une autre faute, en prenant cette bandelette pour la ligne latérale, et c'est ce qui explique comment il en est fait mention dans l'article de Gmelin, rédigé d'après celui de la grande Icluhyologie de Bloch, et comment aussi cet auteur, dans son Système posthume, l'indique aussi appa- rente que dans tous les autres poissons. Gmelin, en composant l'article du çyprinus amarus, n'a pas fait attention aux citations de Bloch, et surtout a celle de Duhamel 1 , qui a donné, avant cet auteur, une bonne figure, mais en noir, et une description détaillée de ce petit cyprin : Duhamel a bien compté le nombre des rayons de la ventrale. Bloch s'est trompé, en croyant queRondelet 2 , et d'après lui Gesner 3 , ont représenté la Bou- vière. Il est facile de reconnaître, a la longueur de l'anale, que ces figures ont été faites d'après de très-jeunes brèmes (cjpr. brama, Linn.). 1. Traité des pèches, II. e part. , sect. III, p. 5i4> pi. 26, fig. 5. 2. De pisc. flw.y p. 204, ch. 28. 3. De fisc, fluw , p. 283. CHAP. XIII. BRÈMES. 85 M. Cuvier avait placé la Bouvière dans son genre des carpes , et cela à cause du second rayon de la dorsale, qui forme, dit-il, une épine roide ; ce poisson a , il est vrai , une sorte d'épine à la dorsale, mais je trouve cependant que l'illustre auteur du Règne animal a exa- géré la force de ce rayon épineux, plutôt par le rang qu'il lui assigne dans le genre des car- pes, que par les expressions dont il s'est servi, puisqu'il dit que le second rayon de la dor- sale forme une espèce assez roide : ce rayon n'a d'ailleurs aucune dentelure; il se termine par une pointe grêle et déliée, et il n'a aucune ressemblance avec l'épine tronquée, forte et dentelée des carpes, même du cjprinus au- ratus. La dorsale de notre petit poisson est beaucoup trop courte, et la forme des dents pharyngiennes, semblable à celle des autres ables, me paraît aussi devoir éloigner la bou- vière du genre des carpes : comme elle man- que aussi de barbillons, on ne pouvait la ran- ger auprès du Barbus. M. Agassiz n'a pas hésité à en faire le type d'un genre particulier sons le nom de Rhodeus. Voici comment il le caractérise : « Corps «large et comprimé; dents pharyngiennes tail- « lées en biseau ; dorsale moyenne ; caudale « fourchue. * 84 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Or, ainsi que je l'ai déjà dit, et comme le prouve la description détaillée que l'on va lire, tous les ables ont les premières dents de l'arc pharyngien taillées en biseau. Les autres caractères signalés par M. Agassiz ne sont plus opposés à ceux des divers poissons de la même famille, et ne peuvent véritablement être considérés comme génériques. Si l'épine de la dorsale était aussi remarquablement roide que la place assignée à ce poisson par M. Cuvier pourrait le faire croire, je n'aurais pas hésité à accepter le genre proposé par mon ami, M. Agassiz, en me servant de la nature de l'épine pour le caractériser ; j'ai même cherché à voir si je ne pourrais grou- per autour de la bouvière quelques-uns de ces cyprinoïdes de l'Inde indiqués par MM. Buchanan et J. M'clelland, et je l'ai fait, mal- gré que ces poissons aient un rayon osseux trop prononcé, et une forme générale trop différente pour être ramenés exclusivement au type de la bouvière. D'un autre coté, que l'on examine avec soin le second rayon de nos brèmes, de nos gardons, de nos rosses, on le trouvera non moins simple, et, dans quelques espèces, à peu près aussi roide que celui de la bouvière : ce sont des nuances trop légères pour leur donner l'importance que doivent CHAP. XIII. BRÈMES. 85 avoir les organes qui caractérisent les genres; je vois, au contraire, dans les formes de la bouvière, dans les couleurs, dans leurs varia- tions, tout ce que nous observons dans les autres ables. C'est, ce me semble, ce qu'on va prouver dans la description suivante : La forme du corps de la bouvière ressemble beau- coup à celle de la brème : c'est un ovale alongé dont le plus court diamètre ou la hauteur est comprise trois fois et deux cinquièmes dans la longueur totale. Ls museau est obtus et tronqué; la longueur de la tête est cinq fois et demie dans la longueur totale; l'œil, éloigné du bout du museau d'une fois son diamètre, est assez grand : il n'est pas tout-à-fait du tiers de la longueur de la tête; la fente de l'ouïe est en arc assez régulièrement arrondi; le profil du dos monte par une courbe régulière jusqu'à la base du premier rayon de la dorsale, lequel est implanté sur le milieu de la courbe, entre le bout du mu- seau et la naissance de la caudale. La longueur de la nageoire égale, à peu de chose près, la hauteur du second rayon, et mesure le cinquième de l'arc entier du dos. L'anale, beaucoup plus en arrière que la dorsale, est aussi un peu plus longue. La caudale est peu fourchue; les pectorales sont petites; les ven- trales touchent à la naissance de l'anale. D. 10; A. 11; C. 19; Pr 12; V. 9. Les écailles sont minces, striées, peu adhérentes. J'en trouve trente -neuf rangées entre l'ouïe et la caudale. 86 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. La ligne latérale offre une différence remarquable entre elle et celle des autres poissons. Elle est exces- sivement courte; car elle se montre, comme à l'or- dinaire, sur la première écaille qui suit le surscapu- laire, par une petite tubulure un peu jaunâtre; elle paraît descendre ou s'infléchir comme celle des au- tres ables, mais elle s'arrête subitement à la sixième écaille. On ne peut la suivre plus loin. Il me paraît que le dessinateur de M. Agassiz a représenté ce qui existe de cette ligne, par les deux traits indiqués sur les premières écailles. Cependant si l'on poursuit, par la dissection , le rameau du nerf de la huitième paire qui suit le raphé médian des muscles latéraux du tronc des poissons, on le trouve aussi long et dans les mêmes conditions que celui des autres ables. Je suis entré dans ce détail sur cet or- gane remarquable de la bouvière, parce qu'il prouve que Bloch s'est trompé en ce qu'il a dit de la ligne latérale de ce poisson ; d'un autre côté, cette ligne est si courte, qu'elle a échappé à un très-habile observateur. M. He- ckel 1 a nié l'existence de cette ligne latérale dans le poisson. J'ai cru devoir aussi insister sur la présence du nerf que j'ai suivi sans difficulté, parce que je crois que l'on a généralisé trop vite les rapports de cette branche de nerf de la ligne 1. Arch. Vimn.y i836, t. III, p. 253, tab. XXI. CHAP. XIII. BRÈMES. 87 latérale avec cet organe glanduleux ; ou plu- tôt que Ton a cru qu'il y a entre la ligne la- térale et le nerf plus de liaison qu'il n'en existe effectivement. Souvent des branches assez fortes et assez longues de ce nerf suivent le corps sous la peau, sans qu'il y ait de ligne laté- rale; et dans le cas dont il s'agit, cette absence a lieu sur le trajet presque tout entier du nerf. La couleur est verdàtre ou brunâtre sur le dos, selon la nature du fond, et argentée sous le ventre; les nageoires sont transparentes et teintées de verdà- tre, avec une lisière mal terminée et quelques petits traits noirâtres sur le bord de la caudale; mais il faut remarquer que pendant le temps du frai, qui a lieu dans la Seine depuis le mois de Mai jusqu'en Août, les flancs et le ventre prennent une jolie teinte laque et rose pâle, et que le long du milieu du tronçon de la queue il y a une petite bandelette bleue plus étroite en avant, ou comme pointue sous la dorsale, qui devient, par l'intensité de sa couleur, un véri- table ornement du poisson, tandis que cette bande- lette est à peine visible pendant le reste de Tannée. M. Agassiz l'a figurée sous ses deux livrées, pi. 48, n. os 1 et 2, dans ses Poissons de l'Eu- rope centrale. L'intestin est pelotonné sur lui-même en faisant cinq circonvolutions; il est très-étroit, aucune dila- tation ne marque l'estomac ; les autres viscères res- semblent à ceux des cyprins en général. 88 LIVRE XVIII. CYPRlNOlDES. Son foie n'est pas plus volumineux ni autrement lobé que celui des autres ables , et sa vésicule du fiel est petite ou du moins pas plus grosse propor- tionnellement que celle du foie de tous ces poissons. Je compte à la colonne vertébrale quatorze ver- tèbres abdominales et dix-huit caudales. Il y a treize côtes; la première vertèbre abdominale n'en soute- nant pas; le premier interépineux de la dorsale ré- pond à la huitième vertèbre, et je ne compte que huit de ces os. Les dénis pharyngiennes de ce poisson sont au nombre de quatre sur chaque arceau : elles ressem- blent tout-à-fait à celles des autres cyprins de cette famille, portées sur un pédicule; la couronne se di- late en une petite couronne comprimée, à bord in- terne renflé à sa base, et courbé en crochet aigu à sa pointe; le bord de la première et de la seconde dent est devenu méplat par l'usure; celui de la troi- sième est denticulé; celui de la quatrième l'est un peu moins; la cinquième a le bord tout-à- fait ar- rondi : ces dents sont sur un seul rang. Que l'on ne regarde pas ces descriptions comme trop minutieuses ; car si l'on prend pour réelle la diagnose de ce genre, telle que M. Agassiz nous Fa donnée, on devrait croire que ces organes taillés en biseau diffèrent es- sentiellement de ceux des autres cyprinoïdes; ce que je démontre ici ne pas être, et ce qui me semble confirmer, ainsi que je le ferai pour les autres groupes, la proposition émise CHAP. XIII. BRÈMES. 89 plus haut, qu'il faut considérer comme d'un même genre toutes ces variétés d'ables. La longueur du plus grand individu que j'ai observé dans la Seine est de deux pouces huit lignes : généralement on ne les trouve que de deux pouces. La Bouvière, figurée dans l'atlas des Pois- sons de l'Europe centrale, sera décrite dans l'ouvrage de M. Agassiz. Ce n'est pas un pois- son rare. Il me paraît que sa petitesse l'a fait négliger par presque tous les ichthyologistes. Il est bien évident que Bonnaterre, dans son Encyclopédie, et Lacépède dans son ouvrage sur les Poissons, n'en parlent que d'après Bloch. Je la trouve mentionnée dans le catalogue que S. A. B. le prince royal de Danemarck avait rédigé pour M. Cuvier, et comme ce savant auguste a eu soin de dire quelles espèces il n'a pas vues, quand il les cite, il devient cer- tain que la bouvière avance au Nord jusque dans les torrens du Holstein. Je l'ai prise moi-même à Tegel; nous en avons reçu, par les soins de M. Hammer, des individus pris dans le Rhin, près de Strasbourg, et par ceux de M. Agassiz; d'autres sont venus de Munich. Elle est commune dans toutes les eaux douces de France où j'ai recherché des poissons; mais il est impossible de limiter sa / 1)0 LIVRE XVIII. CYrRINOÏDES. circonscription, à cause du silence que gardent sur son compte les auteurs qui ont fait con- naître les autres poissons de leur pays. Ainsi, aucun auteur anglais, Pennant, Tuston, Flem- ming, Jennyns, Yarell ne la citent pas dans leurs Faunes ichthyologiques d'Angleterre : doit-on en conclure qu'elle n'existe pas dans ce pays? Nilsson ne Fa pas comptée parmi les poissons de la Suède. Bien quelle soit com- mune en France, ni Delarbre, ni Millet n'en parlent dans les Faunes qu'ils ont données de leurs départemens. Hartmann , Nenning ne l'ont pas nommée dans leur Ichthyologie helvétique. Bloch est le seul ichthyologiste allemand qui la cite : il n'en est pas fait mention dans Siemssen et dans les autres ichthyologistcs. Reissinger ne l'a pas inscrite dans son cata- logue des Poissons de Hongrie. Si j'ai cité ces auteurs estimables , ce n'est pas assurément dans le but critique de signaler un oubli , c'est pour engager à rechercher au milieu des ablettes et du frai de gardon et de vandoise, avec lesquels on pèche communé- ment cette espèce, qui doit être plus répan- due en Europe, que le silence de ces auteurs semblerait le faire croire : un poisson qui a été vu dans la Seine, dans le Rhin, dans le Da- CHAP. XIII. BRÈMES. î)1 nube, dans le Holstein , dans le Brandebourg, qui a, dans chaque contrée, un nom connu de tous les pêcheurs, et dont les individus sont nombreux , doit être répandu en Europe. Son nom allemand est Bitterling, et Bloch croit qu'il a reçu ce nom à cause de son amer- tume. Bitter, veut bien dire amer, mais je suppose qu'il faudrait rechercher Pétymologie du nom de ce poisson dans une tout autre cause : c'est plutôt une corruption de quelque mot peu connu. Le fait est que l'on mange souvent à Paris la bouvière mêlée aux goujons, et que sa chair ne m'a pas paru plus amère ni d'un goût différent que celle de tous ces petits poissons, un peu moins gras et délicats que les goujons : je ne saurai aussi dire pour- quoi on la nomme Bouvière. Duhamel prétend que c'est à cause de son habitude de se tenir sur la vase. C'est une erreur : ce poisson se plait beaucoup plus dans les grands courans d'eau vive, sur fond de sable, avec le goujon, que partout ailleurs. Quant à l'expression de Pé- teuse, elle désigne, par une sorte de mépris, la petitesse de ce poisson, et elle est en même temps une sorte de moquerie ou de dérision que les pêcheurs se lancent entre eux quand, livrés à la pêche du goujon, qui se fait au carreau ou à l'échiquier, ils tirent dans le filet 92 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. ce poisson peu estimé, au lieu de goujon. J'ai nourri souvent et pendant long- temps dans de grands vases ce joli petit poisson : je l'ai observé avec soin, pour m'assurer s'il ren- dait de l'air par ses intestins, s'il faisait en- tendre le moindre bruit : je n'ai jamais rien observé de semblable. M. Agassiz 1 rapporte à la Bouvière deux poissons fossiles d'OEningen; les uns sous le nom de Rhodeus elongatus , et l'autre sous celui de Rhodeus latior. A en juger par les ligures, toujours si bien faites et si sûres de ce savant zoologiste, je ne crois pas que le n.° 4 soit de la même espèce que les poissons fi- gurés sous les n. os 5 et 6. Le n.° 4 a moins de ressemblance avec une Bouvière qu'avec de jeunes gardons; et quant au n.° 7, la longueur de l'anale et la forme du corps ne me paraissent devoir justifier non plus ce rapprochement : ce sont de petits ables, comme la bouvière en est un; mais je ne crois pas que cette espèce vivante soit la plus voisine de celles représen- tées dans les poissons fossiles. 11 faudrait avoir les pièces originales sous les yeux et les étudier avec soin , pour se décider ; mais le Rhodeus latior me parait 1. Poiss. foss., vol. V, tab. 54? fig. 4? 5? 6,7. CHAP. XIIT. BRÈMES. 95 être voisin d'un jeune cyprinus erjthroph- thalmus, si toutefois il n'est pas d'un genre voisin des Pœcilies ou des LebiaSj dont il a bien la tournure. Et quant aux Rhodeus elon- gatus, ils me semblent, comme je viens de le dire, devoir être voisins de jeunes gardons, ou vandoises, ou pour mieux dire, des ables en général. Z/Able a stigmate. {Leuciscus stigma, nob.) On peut rapprocher de notre Bouvière un petit poisson du Mysore, dont la hauteur est trois fois et un quart dans la longueur totale; le museau est assez obtus; la tête mesure près des deux tiers de la hauteur du tronc; l'œil de grandeur médiocre; il n'y a pas, de barbillons. Le profil du dos, soutenu derrière la nuque, se porte presque en ligne droite vers la dorsale, puis il des- cend très-peu en courbe concave jusqu'à la caudale. Le profil du ventre est plus régulièrement arqué. La dorsale est petite, a le second rayon fort, mais non dentelé; l'anale est courte, à rayon assez fort, sans dentelure; la caudale est fourchue. D. 2/8; A. 2/5; C. 19, etc. Les écailles sont assez grandes : j'en compte vingt- deux sur la longueur. 94 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Les couleurs paraissent avoir été uniformes et probablement argentées sur le corps. La dorsale seule a sur la base du quatrième et du cinquième rayon mou, une petite tache noire. Nous devons ce petit poisson, long d'en- viron trois pouces, à M. Dussumier. Ce poisson pourrait être pris, du premier aspect, pour un systome de M. J. M'clelland, mais il est certainement d'une espèce distincte. Z/Able des eaux chaudes. (Leuciscus thermalis, nob.) Il convient aussi de placer près de cette espèce une autre, que nous devons a M. Rey- naud, et que son habitation rend curieuse. C'est un petit poisson à dorsale et à anale courte; leur second rayon est fort et sans dentelures; la hau- teur est trois fois et demie dans la longueur totale; la tête fait les deux tiers de la première de ces deux mesures; le museau est moins gros qu'au précédent; le profil du dos plus régulièrement arqué; celui du ventre beaucoup plus droit. D. 2/8; A. 2/5; C. 19. La caudale est profondément fourchue; il y a vingt-quatre rangées d'écaillés. Une ressemblance de ce poisson avec la bou- vière, et plus importante que celle tirée de la forme générale, se trouve dans la ligne latérale, qui n'est CHAP. XIII. BRÈMES. 9i> marquée que sur les huit premières écailles- le clos est vert; le ventre argenté; une tache noire est de chaque côté de la queue; une autre est sur le bas des premiers rayons de la dorsale, et une bandelette grise de points plus ou moins foncés s'étend jus- qu'au dernier; il y a aussi du noirâtre sur l'anale. Le plus long de ces petits individus n'a que deux pouces et demi. Ils viennent tous dune source d'eau chaude de 5o°; de Cania, dans l'île de Ceylan. L'espèce est voisine du systomus gibbosus de J. M'clelland; mais celui-ci a la tache des côtés du corps au-dessus de l'anale, et n'a pas de tache ronde noire sur la dorsale. Z/Able de Duvaucel. (Leuciscus Duvaucelii , nob.) Feu M. Alfred Duvaucel a envoyé du Ben- gale une espèce voisine de celles-ci. La forme du corps est semblable; la ligne latérale s'étend sur tout le côté; je compte vingt-sept ran- geas d'écaillés le long des flancs; le corps est argenté; une tache noire est de chaque côté à la base de la caudale; une autre sur la dorsale; le gros rayon de cette nageoire n'est pas dentelé. D. 2/8; A. 2/5, etc. La caudale est fourchue. 1)6 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Il diffère du leuc. stigma, parce qu'il a le museau moins gros; du leuc. thermalis, par la ligne latérale et la couleur de la dorsale. Les individus ont un peu plus de trois pouces. Z/Able soufré. {Leuciscus sulphureus, nob.) Une autre espèce, voisine des précédentes, s'en distingue par la couleur uniforme du corps ou des nageoires; il n'y a pas de taches sur les côtés de la queue. Le profil du dos et du ventre est régulier et peu courbe; la hauteur fait le tiers de la longueur jus- qu'au bord de la fourche de la caudale; le rayon de la dorsale n'a pas de dentelure; l'œil mesure un peu moins du tiers de la longueur de la tête; le museau est plus pointu qu'aux précédens; l'anale est courte. D. 10; A. 7, etc. La couleur est un jaune soufré pâle, avec des teintes argentées. Ce poisson vient du Mysore. Il est long de quatre pouces : on le doit à M. Dussumier. jL'Able filamenteux. ( Leuciscus filamentosus , nob. ) Je placerai encore dans le voisinage de ces CHAP. XIII. BRÈMES. 97 espèces, à cause de la forme générale du corps et de la nature du second et gros rayon de la dorsale, un des poissons les plus curieux de la famille des cyprinoïdes. Le corps, comprimé, est un ovale régulier et tient aussi beaucoup de celui de nos Rotengles (cypr. erythrophthalmus). La hauteur est près d'être le tiers de la longueur totale; la courbe du dos est régulière, un peu moins convexe que la courbure du ventre n'est concave. La tête est petite et courte : elle est comprise six fois dans la longueur totale; la distance du bout du museau à la fin de l'occiput, est des trois quarts de la longueur de la tête. Le bout du museau est renflé, et avance un peu plus que la mâchoire inférieure. L'œil est de grandeur médiocre, compris trois fois et demie dans la longueur de la tête. La dorsale s'élève à peu près au milieu de la longueur du tronc; son second rayon est gros, arqué, sans dentelure, et aussi haut que les deux tiers du tronc sous lui, et d'un tiers plus grand que la base de la dorsale n'est longue. Le premier rayon mou est branchu; il n'offre rien de remarquable et que l'on ne trouve dans tous les autres poissons, les cinq derniers sont dans le même cas; mais le second, le troisième et le quatrième sont profondé- ment divisés, et les branches sont alongées en fîla- mens, tels que le troisième rayon égale la hauteur du corps. Le cinquième rayon mou est un peu plus haut que le suivant. L'anale est courte, la caudale est fourchue; elles 17. 7 98 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. ne présentent, ainsi que les nageoires paires, aucune particularité cligne d'être signalée. D. 10; A. 8; G. 19, etc. Les écailles sont grandes : je n'en compte que vingt et une entre l'ouïe et la caudale, et neuf dans la hauteur. Une écaille a sept stries à l'éventail ra- dical , et de nombreuses et très-fines stries concen- triques. La ligne latérale est bien marquée, et des- cend, en suivant une courbe parallèle à celle du ventre, sur la sixième rangée d'écaillés, jusqu'à la hauteur de l'anale, où elle se redresse et se rend droit par le milieu du tronçon de la queue à la caudale. J'ai eu soin d'examiner les dents pharyngiennes de ce cvprinoide : elles sont en petite massue, à pointe un peu distincte et courbées en crochets très -courts. Elles sont sur trois rangs: cinq à la rangée externe, trois à la seconde, et deux à la troisième. M. Dussumier, qui Fa vu frais, nous indique les couleurs suivantes : Le dos verdâtre, à reflets argentés et dorés 3 les flancs et le ventre blanc d'argent; une large tache noire sur le tronçon de la queue à la hauteur de l'anale; les rayons de la dorsale verts; le dernier, rouge clair; la membrane est hyaline; la caudale, d'un très -beau rouge, a le bout des deux lobes noir très-foncé. Les pectorales et les ventrales ro- sées ; l'anale a la base blanche et le bord d'un beau rouge. CHAP. XIIÏ. BRÈMES. 99 Ce zélé naturaliste en a rapporté plusieurs exemplaires au muséum : il les a pris dans les eaux douces d'Alypey. Ils ont cinq pouces et demi de long. Z/Able de Bélanger. (Leuciscus B e langer i, nob.) Jai trouvé, dans les collections faites dans Flnde par M. Ad. Bélanger, un poisson qui a la forme et l'anale d'une brème, mais dont la dorsale porte en avant un rayon dentelé qui l'éloigné de ce groupe ; la dentelure de ce rayon empêche aussi de le placer dans le groupe des Bouvières; d'ailleurs il ne peut prendre place dans le genre des barbeaux, puisqu'il n'a pas de barbillons; il se rapproche du barbus apogon, dont j'ai parlé dans l'ap- pendice, mais celui-ci a une anale courte. Le corps de l'espèce dont il s'agit ici a le corps comprimé et élevé; la hauteur n'est contenue que deux fois et deux tiers dans la longueur totale; l'épaisseur est le quart de la hauteur. Le ventre est tellement comprimé, que le bord en est tran- chant, mais sans aucune dentelure, comme celles des dupées. La tête est petite; elle mesure le cin- quième de la longueur totale; l'œil est médiocre, I 00 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. un peu bas; le museau en coin; les deux mâchoires égales; le dessus du crâne est assez large et con- vexe; le profil monte par une courbe très-soutenue jusqu'à la dorsale, d'où il descend assez brusque- ment le long de la base de cette nageoire, pour se porter en ligne droite à la caudale. La courbure du ventre est plus régulière et très-arquée. Il y a deux petits rayons durs au-devant du long et fort rayon dentelé de la nageoire du dos. Cette épine mesure les deux tiers de la hauteur du tronc. L'anale est basse et longue; la caudale, fourchue, a deux gros et larges lobes arrondis; les nageoires paires sont de peu d'étendue. D. 10; A. 21; C. 19, etc. Les écailles sont petites : j'en compte soixante- quinze rangées entre l'ouïe et la caudale, et quarante- cinq dans la hauteur. Une écaille est presque deux fois aussi longue que haute : elle n'a pas de stries rayonnantes, et les transversales sont infiniment pe- tites et fines. La ligne latérale est droite et bien mar- quée par le milieu du côté; le dos est verdâtre; le reste blanc, à reflets argentés, sans aucune tache. J'ai examiné les dents pharyngiennes de cette espèce; elles sont sur trois rangs; la première ran- gée en a quatre, les deux autres n'en ont que deux : elles sont comprimées, à couronne plate, coupées obliquement et hérissées de tubercules au nombre de cinq sur chaque côté de la couronne, avec un tubercule pointu et impaire sur le devant de la dent. L'on pourrait faire de ce poisson le type d'un genre distinct, si l'on ne voyait trop de CHAP. XIII. BRÈMES.. 101 variations dans ces dentitions. Le plus grand de nos individus a près de huit pouces de long. Quoique ce poisson soit assez grand, et qu'il venait des eaux douces du Bengale, je ne le trouve pas cité dans M. Buchanan, ni dans le Mémoire de M, J. M'clelland, DES ABLES. Après la Bouvière [cypr. amarus, Linn. ) nous arrivons aux espèces réunies par les ichthyologistes sous la dénomination spéciale d'Ables, en plaçant d'abord le poisson si com- mun dans toute l'Europe, qu'Artedi et Linné nommèrent cyprinus erythrophthahnus. Il a le corps alongé de certaines Brèmes , en même temps qu'on le voit conduire aux for- mes moins élevées de notre gardon {cypr. rutilas)) et par celles-ci nous arrivons au meunier et à la vandoise {cypr. dobula, et cypr. leuciscus). C'est à ces poissons que M. Agassiz voulait réserver plus spécialement le nom de Leucis- cus, tiré, suivant lui, de Bondelet et de Klein, et auquel il donne pour diagnose générique «un corps fusiforme, plus ou moins compri- «mé; des dents pharyngiennes subconiques, «un peu crochues à leur sommet, plus ou \ 02 LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. «moins tronquées et même dentelées de leur « bord internes, disposées sur deux rangées; «la caudale fourchue; la dorsale et l'anale pe- « tites et de même forme lune que l'autre. " On verra se reproduire ici les mêmes ob- jections qu'aux diagnoses déjà discutées; le cjprinus erythrophthalmus a effectivement deux rangées de dents; mais le cypr. rutilus, que M. Agassiz place dans ce groupe, ne les a que sur un seul rang; et l'on verra que cette espèce n'est pas la seule qui fasse exception au caractère générique imposé par le savant ichthyologiste de Neufchâtel au groupe des leuciscus. Il a divisé ce genre en deux sec- tions, dans chacune desquelles il fait con- naître un beaucoup plus grand nombre de poissons, que les écrivains qui suivaient les ouvrages de Linné ou de Bloch ne l'avaient encore fait. Le prince Charles Bonaparte de Canino a, dans sa Faune d'Italie , travaillé beaucoup aussi les cyprinoïdes de cette partie de l'Eu- rope, en traitant du Squalo des pêcheurs de Rome. Ce savant zoologiste établit trois sous- genres dans les leuciscus d'Agassiz, caractérisés d'après la direction de la fente de la bouche et l'avance plus ou moins prononcée de la mâchoire inférieure: ainsi les Leuciscus com- CHAP. XIII. A13LES. \ 05 prennent les espèces dont la fente de la bou- che descend un peu obliquement, et dont le museau avance au-dessus de la lèvre infé- rieure; le cyprinus leuciscus, lui et les espèces qui pourraient être confondues, mais à tort et par suite d'un examen trop superficiel; le L. Rhodeus, L. Majalis, etc., d'Agassiz ap- partiennent à ce groupe; dans une seconde division, sous le nom de Scardinius, le savant italien réunit les espèces qui ont la fente de la bouche oblique, mais la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure : tels sont le cyprinus erythrophthalmus et les espèces voi- sines, Scardinius Scardafa, etc., et enfin sous le nom de SquALiusles espèces qui ont la fente de la bouche droite, c'est-à-dire, clans une di- rection intermédiaire entre celles des leucis- cus et celles des scardinius: or il est facile de concevoir que le plus ou moins d'épaisseur dune des deux lèvres change cette direction, et doit rendre très-difficile l'appréciation des caractères. Quelques pages plus loin le savant auteur re- vient sur ces distinctions: il déclare qu'il ne les considère plus comme de simples sous-genres; que son opinion est de leur donner un rang plus élevé, et de faire de chacune d'elles un genre distinct, auquel il ajoute un quatrième, \ 04 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. celui des Telestes, dont la diagnose générique est ainsi exprimée: «Corps arrondi, alongé; «tête courte 5 museau arrondi, dépassant la «bouche petite et fendue vers le bas; la dor- «sale, opposée aux ventrales, plus ou moins «arrondie, la pectorale grande; les écailles pe- « tites; la ligne latérale tracée par le milieu de « la hauteur; les dents pharyngiennes, crochues, « disposées sur deux rangs, l'un de cinq, l'autre « de deux. * Je ne puis voir dans cet exposé que des caractères de détails qui appartien- nent à l'espèce; mais rien qui s'applique à un groupe générique, aux dentelures près : ce sont les dents pharyngiennes d'un cypr. erythroph- tlxahnuSy ou mieux ce sont celles d'un cypr. dobula. Mais c'est la bouche d'un gardon et non celle d'un meunier. J'ai examiné de nombreux exemplaires de ces espèces, et ainsi qu'on va le voir dans les descriptions suivantes, j'ai toujours embrassé l'ensemble de leur caractère, et plus je les ai étudiées, plus je me suis convaincu de ce que j'ai établi au commencement de ce volume, c'est que, loin de diviser les ables, il est mieux de réunir les genres ou les sous-genres que l'on y avait formés. Je retrouve ici l'appli- cation des mêmes principes qui m'ont dirigé lors de la rédaction de l'article des serrans. CHAP. XIII. ABLES. 105 Ce groupe naturel, très-étendu, par consé- quent très-varié dans ses formes, avait été sub- divisé en plusieurs, genres, parce que les espè- ces avaient été considérées trop isolément, mais dès qu'on a réuni un très-grand nombre de ces formes si voisines, alors on acquiert bientôt la conviction que les coupes reposent sur des caractères de trop peu d'importance. Que Ton ne regarde pas comme la critique des travaux de nos prédécesseurs ces observations; c'est au contraire pour avoir profité de l'exac- titude de leurs descriptions, de l'étude ap- profondie qu'ils ont fait de l'organisation de ces poissons, jusque dans leur moindre dé- tail, que j'ai, j'ose le croire, mieux appris à les connaître. Rien ne me paraissait plus sédui- sant que la possibilité de distinguer les ables en plusieurs groupes, par des caractères aussi tranchés que ceux fournis par la dentition; mais l'étude apprend bientôt que ces organes, trop variables, ne peuvent donner que des caractères spécifiques et non génériques. L'on remarquera aussi que dans l'étude des ables je me fonde sur des recherches et des observations anciennes et respectées depuis un grand nombre d'années. Ainsi, grâces aux savantes et habiles recherches de M. Savigny, dont je ne saurais trop souvent répéter le nom, \ 06 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. nous avons réuni, dès 1822 dans les collec- tions du muséum, les différentes espèces de l'Italie; elles y étaient classées et nommées, et nous y avions encore réuni toutes celles que s'empresstient d'envoyer à M. Cuvier les zoo- logistes les plus célèbres. Dans les nombreux voyages que j'ai fait en Hollande, en Belgi- que, dans le nord de l'Allemagne, je n'ai pas cessé de recueillir des cyprins, et c'est ainsi que j'ai reconnu qu'il existe, dans les eaux douces de l'Europe, un bien plus grand nombre d'es- pèces que Linné et Artedi ne l'avaient signalé. J'ai été heureux de voir les ichthyologistes de notre époque partager les mêmes opinions que moi, et aussi je me suis empressé d'adop- ter les noms qu'ils ont donné à ces espèces, laissant de côté ceux que j'avais imposé de- puis plus de vingt ans dans les collections du Muséum. Si même quelquefois je rappelle que les collections du Cabinet du Roi possè- dent depuis long-temps ces espèces, c'est pour rendre hommage aux travaux des savans qui nous ont aidé depuis tant d'années, et non dans la puérile vanité de revendiquer une sorte de priorité sur l'établissement de telle ou telle espèce. Après avoir publié toutes les ables de notre Europe, je ferai connaître les espèces exo- CHAP. XIII. ABLES. 107 tiques conservées dans le Cabinet du Roi, et qui ne sont pas, proportionnellement, en nom- bre aussi considérable. M. Agassiz a indiqué, dans ses Recherches sur les poissons fossiles, plusieurs espèces perdues, voisines des leucis- cus; ce sont les L. OEningensis, L. pusillus et L. heterocercus , qui tous trois viennent dOEningen ; le Leuciscus papyraceus de Brown, vient des lignites tertiaires ; le Leu- ciscus leptus, du Habichtswald; le Leuciscus gracilis et le Leuciscus Hartmanni viennent de Steinheim. Du ROTENGLE. Leuciscus eijthrophthalmus , nob. (Cjpr. erjthroph- thalmus Auctoruni). Ce qui paraît distinguer chez le vulgaire cette espèce parmi ses congénères, c'est la couleur rouge de l'œil; aussi la trouve-t-on désignée par tous les Allemands sous le nom de Rothauge (œil rouge). C'est par une cor- ruption de cette expression que l'on arrive a celle de Rotengle, qui est assez généralement adoptée en France, quoiqu'on applique, par- ticulièrement aux environs de Paris, à ce Ro- tengle le nom de Rosse, qui est aussi donné au Gardon par les pécheurs de profession. C'est par la couleur rouge carminée et pure 1 08 LIVRE XVIIÏ. CYPRINOÏDES. de l'anale, et souvent du lobe inférieur de la caudale, qu'on le reconnaît aisément dans les viviers. Bien que le nom de Rosse soit le plus connu dans nos environs, j'ai préféré, pour éviter toute confusion , employer la dénomi- nation de Rotengle; en voici la description faite après en avoir comparé un assez grand nombre d'individus. Nous voyons, dans cette espèce, que les proportions du corps varient beaucoup avec 1? A âge. La hauteur de l'ovale du corps d'un adulte est comprise généralement trois fois et un tiers dans la longueur totale; quelquefois même elle n'en fait que le tiers : mais je trouve cette hauteur trois fois et demie, trois fois et trois quarts, et même quatre fois dans la longueur des jeunes individus. La tête est petite, elle est comprise un peu plus de cinq fois et demie dans la longueur totale. L'œil est contenu quatre fois dans la tête, et la distance du tronc du museau au bord de l'orbite est plus grande que le diamètre; la fente de la bouche est petite, et quand elle est à demi ouverte, la mâ- choire inférieure dépasse la supérieure. Le dessus du crâne est convexe, il Y a deux fois le diamètre entre les deux yeux; les quatre osselets sous-orbitaires sont étroits, le premier est le plus large, le troisième est le plus long. Le bord du préo- percule descend droit jusque sous le dessous de la gorge; l'angle est presque droit, un peu arrondi au CHAP. XIII. ABLES. 109 sommet. L'inieropercule est étroit, suit le bord de l'os précédent, et se porte au-delà de l'angle ens'ar- rondissant. L'opercule a quelques stries; le sous- opercule est pointu en arrière et suit en avant le contour de l'interopercule. Les trois rayons bran- chiostèges complètent le dessous de l'appareil bran- chial; les ouïes sont très-ouverts; les dents pharyn- giennes sont sur deux rangées. Il y a quatre grandes postérieures, dont le bord interne est dentelé, et l'ex- trémité pointue et recourbée; les dents antérieures sont courtes et aussi dentelées : ces dents donnent un caractère excellent pour reconnaître le rotengle. L'épaule est assez forte; la plaque pectorale a l'angle mousse. La nageoire est de la longueur de la tête; elle atteint presque à la ventrale, qui est plus courte. La dorsale, reculée sur le dos au-delà de la ven- trale, est d'un tiers plus haute que longue; son bord est concave; l'anale est plus basse, mais répond pour sa forme à cette dorsale. La caudale est fourchue. B. 3; D. 10; A. 15; C. 19; P. 16; V. 9. Bloch a donc représenté les deux nageoires impaires verticales beaucoup trop arrondies. J'en ai fait déjà la remarque pendant que j'étais à Berlin. La ligne latérale est formée d'une série de traits disposée sur une courbe très-concave, un peu au- dessous des deux tiers de la hauteur prise aux ven- trales, sur la huitième rangée -d'écaillés. J'en compte douze dans la hauteur, et quarante-deux dans la longueur. 1 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. La couleur est un vert doré ou bronzé avec des taches d'un vert très-foncé dans l'angle de chaque écaille, le tout brillant de reflets souvent rougeâ- tres; ce qui contribue à faire appeler cette espèce du nom de rosse ou rousse. La couleur varie d'ail- leurs selon la nature plus ou moins limpide ou cou- rante des eaux dans lesquelles vit cette espèce : la dorsale et la pectorale sont verdâtres à teinte rouge de carmin; la caudale, l'anale et les ventrales sont d'un beau rouge de laque; l'iris de l'œil est géné- ralement rouge plus ou moins doré; je l'ai même souvent trouvé d'un beau jaune doré. Le foie du rotengle est d'un volume peu consi- dérable; le lobe est très-petit, remonté vers le haut du diaphragme; il est triangulaire, sa face interne est creusée en gouttière pour s'appuyer sur l'esto- mac; de son extrémité inférieure part un petit ap- pendice, qui s'attache sous l'intestin du lobe gauche. Près du diaphragme il y a une bande transversale qui réunit aussi les deux lobes : le droit atteint à peine en arrière la moitié de la longueur de l'ab- domen, mais son épaisseur est très-petite; il se sub- divise en deux autres lobes, dont un, sur la ligne moyenne, est placé entre l'estomac et le repli supé- rieur de l'intestin; l'autre, sous l'estomac, est plus large que le précédent : il sert à s'attacher avec le lobe gauche. Sa couleur est rouge pâle; la vésicule du fiel est petite, étroite, remplie d'une bile trans- parente et très-pâle; le canal cholédoque est gros et court, il s'insère sous l'œsophage vers son tiers supé- rieur; il est un peu renflé auprès de son insertion. CHAP. XIII. ABLES. \\\ La rate est petite, située à droite sur l'estomac; elle est mince vers le haut et plus épaisse vers le bas. La couleur est rouge vif. L'œsophage et l'estomac sont continus sous la forme d'un sac plus étroit vers le bas; leur longueur atteint les deux tiers de l'abdomen; l'intestin remonte ensuite vers le diaphragme, se replie de nouveau et se porte droit à l'anus : en dedans la veloutée est très- fine, garnie de très-fines, stries transverses. Sa couleur est jaune pâle, mais elle devient rouge dans le rectum , qui a près de son ouverture une ran- gée de stries longitudinales assez fortes. La vessie natatoire est double, la postérieure, pointue, plus grande que l'antérieure; le canal aérien va de son extrémité antérieure s'ouvrir dans l'œso- phage tout près du diaphragme; il se renfle à son entrée dans l'intestin. Les laitances sont grandes, elles s'ouvrent derrière l'intestin au-devant de la vessie urinaire; celle-ci est petite et a une ouverture à part dans le cloaque; les uretères sont longs et grêles, ils partent du milieu des reins. Ceux-ci sont renflés sous la première vessie natatoire, ils deviennent ensuite grêles et longs; leur couleur est rouge noir; ils ne sont point lobés. Le dessus du crâne est court; la crête interparié- tale peu longue ; les interépineux de la dorsale grêles. Je ne compte au squelette que trente-sept vertèbres, comme Avtedi la indiqué. Leske porte aussi le nombre des vertèbres à trente- sept, et c'est pour lors son cjprinus rutilus; mais je pense qu'il faut y réunir ceux qui ont \\ 2 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. trente-neuf vertèbres et qu'il donne comme son cjprinus erythrophthalmus. J'en ai vu des individus longs d'un pied. Je rencontre cette espèce en abondance dans les rivières, les lacs, les étangs, les marais, les ruisseaux stagnants de toute l'Europe. Outre ceux de la Seine et des lacs des en- virons de Paris, le Cabinet du Roi -en possède des individus envoyés de la Somme par M. Bâillon, d'Abbe ville; du Rhin par M. Hammer, de Strasbourg; de l'Elbe, par M. Tinnemann, de Dresde; du lac de Zug et du lac de Ge- nève, par M. Major; des eaux douces du Pié- mont et du Milanais, par M. Savigny. J'en ai rapporté de l'Escaut à Gand , des canaux de la Hollande autour du lac de Harlem, du lac de Tegel près Berlin, et le marché de cette ville en reçoit duHavel, de la Sprée et de tou- tes les eaux du Brandebourg. M. de Humbolclt et son compagnon de voyage dans la Sibérie orientale l'ont suivi depuis Moscou jusque dans l'Obi à Tobolsk et dans les différens lacs de la Russie. Les collections du Muséum possèdent aussi des exemplaires de Rotengles, qui ont été en- voyées de Rome par M. le prince Charles Bonaparte de Canino, sous le nom vulgaire de Scarclofa. J'ai retrouvé d'autres poissons CHAP. XIII. ABLES. 415 tout-à-fait semblables, originaires du lac de Como, et dont nous sommes redevables aux soins éclairés de MM. Rickett et Pentland; ils sont nommés comme les autres, Scardofa. J'ai examiné avec le plus grand soin les dents pharyngiennes et les autres parties de ces poissons; aucune n'a offert la moindre diffé- rence spécifique avec le cjprinus erythroph- thalmus. Je le regarde comme de cette espèce. Le premier auteur qui ait parlé du Rotltauge est Schwenckfeld \ Artedi cependant ne l'a pas cité, parce qu'il a peut-être cru que l'auteur allemand avait confondu sous son EçvSçoQOccKiaoç d'autres espèces voisines; cependant ce que Schwenckfeld dit de la couleur de l'anale, ne peut laisser aucune incertitude. Dès cette époque le Rotengle , devenu gros, passait pour être agréable au goût, malgré sa chair molle, farcie d'épines, ce qui empêchait qu'on l'esti- mât autant qu'il devait l'être. Willughby 2 avait tiré des manuscrits de Bald- ner, de Strasbourg, un Rothauge, qu'il pré- sente comme voisin des brèmes, et qui est bien en effet l'espèce dont il s'agit ici. J'ai comparé les figures de Baldner à nos poissons, et je 1. Schwenckf., Theriotr. Siles., p. 443. 2. Willughby, de pisc. , p. 249? c ^* IV. 17. 8 M 4 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. trouve deux représentations de notre espèce, et qui appartiennent à deux variétés désignées chacune par un nom particulier, et qui, par conséquent, sont peut-être d'espèces distinc- tes : je suis d'autant plus porté à le croire que M. Agassiz m'a envoyé le dessin d'un poisson du Danube, qui se rapporte tout- à-fait à la seconde variété. L'une, le Rothauge, ne vient pas, dit Baldner, aussi large que le Rothkehl; il aime les eaux tranquilles; il dépose son frai sous les herbes et entre les racines des arbres; dans le temps où il fraie, il est de mauvais goût: son poids ne dépasse pas une livre. La dorsale de ce Rothauge est peinte en verdâtre, comme je lai vu très-souvent; la caudale est aussi rouge que l'anale, ce que je n'ai pas ob- servé. A l'époque d'Artedi ■ on ne trouvait ce poisson nommé que par Willughby , et il croit qu'aucune figure n'en avait été publiée. Cet habile ichthyologiste en a donné une descrip- tion détaillée 2 . Cependant dès l'année 1726 le comte Marsigli avait donné, dans son Histoire du Danube 3 , un dessin du Rothauge, qui me paraît toutefois appartenir tout aussi bien à notre Gardon qu'au Rotengle. Linné, suivant 1. Arted., Syn., p. 4? n.° 3. 2. Descript., p. 9, n.° 2. 3. Hist. Danub., tom. IV, p. 4»? pi- *3, fig. 4- CHAP. XIII. ABLES. 115 Artedi, a introduit l'espèce dans le Systema naturce dès la X. e édition, et on la retrouve sans changement dans la XII. e Les auteurs de faunes spéciales, comme Wulff dans son Ich- thyologie de la Prusse, Leske dans celle de Leipsick, comptent alors notre poisson, le premier, sous la nomenclature de Linné; le second lui donne le nom de cyprinus ery- throphthalmus , ou de Rothauge, quand il a trente-neuf vertèbres, et sous celui de cyp. rutilus ou de Rothfedern, quand il en a trente- sept. Klein en donne une bonne figure. Bloch, qui voyait un si grand nombre de ces poissons sur le marché de Berlin, aurait dû en donner une meilleure figure; si elle n'est pas cependant aussi bonne que celle de plusieurs autres espèces des eaux douces de la Sprée ou du Havel, elle n'est pas moins in- connaissable à la couleur rouge de laque des nageoires. Il n'a pas peint l'iris de l'œil en rouge. Cet ichthyologiste a commencé la sy- nonymie du rotengle, mais il s'est trompé quand il a voulu reprendre Artedi sur la ci- tation de Willughby. Bloch rapporte, contre l'opinion du zoologiste suédois, la figure Q 3, n.° 1 , de l'auteur anglais à notre rotengle. Cette figure, toute médiocre qu'elle est, représente, je crois, quelques brèmes à anale courte, à H6 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. cause de la brièveté de sa dorsale, quoique les écailles, rangées par séries longitudinales distinctes, rappellent davantage un poisson voi- sin de nos çypr. carassius, ainsi que semble- rait le confirmer le nom Rudd, que lui donne Willughby. Cependant je vois cette figure de Willughby rapportée au rotengle par la plupart des ichthyologistes anglais. Je crois qu'ils se sont laissés tromper par la dénomination an- glaise ajoutée sur la planche de Willughby. Bloch a servi à faire l'article de Gmelin dans la XIII. e édition du Systema naturœ, et celui de M. de Lacépède. Celui-ci rapporte, d'après Bloch, que les écailles du mâle se couvrent de petits tubercules au temps du frai. Je n'ai pas observé de mâle dans cet état. Si, après ces auteurs généraux, nous consul- tons les faunes particulières, nous voyons que le rotengle, comme les autres cyprins, ne monte pas plus au nord que la Suède. Linné ' et Retzius 2 le comptent dans le Fauna suecica. M. Nilsson 3 le cite aussi dans llch- thyologie Scandinave, et il croit que l'on doit rapporter à cette espèce celle établie par Hol- berg (Gôtheb. ZV. HandL) sous le nom de 1. Faun. suec, p. 123, n.° 324. 2. Faun. suec. edente Reizio , p. 358, n.° 118. 3. Prod. ichih. Scand. , p. 28, 11. ° 5. CHAP. XIII. ABLES. \\7 cypr. compressas. Je vois dans la traduction de l'ouvrage de M. Ekstrom par M. Creplin \ que la même opinion y a été adoptée. Muller 9 , dans son Fauna clanica, et S. A. R. le prince royal de Danemarck la citent dans le catalogue des poissons communs dans les eaux de cette contrée. Ce poisson est non moins commun en Angleterre. Je trouve dans Donovan 3 une figure un peu alongée de notre rotengle, et c'est lui qui me décide à y rap- porter le Rud de Pennant 4 ; car son article est d'ailleurs fort peu significatif, et les noms de Ruda ou de Carussa, qu'il prend dans le Fauna suecica de Linné, pour les rapportera notre espèce, sont différents de ceux cités par l'illustre auteur de cette Faune septentrionale. Je vois encore un cjprinus erythrophtlialmus cité dans Turton 5 , dans Flemming 6 , dans Je- nyns 7 et dans l'élégant ouvrage de M. Yarell 8 , qui en donne une figure d'une parfaite exac- titude. Il faut aussi citer la figure que M. me Ed. 1. Ekstrom, Fisch. vonMorko, trad. ail. de Creplin, p. 21 2. Zool. dan., prod., p. 5i, n.° 4^7. 3. Donov., Brit.fish., pi. XL. 4. Brit. Zool., III, p. 3 10. 5. Brit, Faun., p. 108, n.° 121. 6. Flem. Brit. an., p. 188, n.° 66. 1. Brit. vert, anim., p. l\\2 , n.° 92, 8. Brit.fish., p. 56i. 418 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Bowdich ' en a donné dans son Histoire des poissons d'eau douce d'Angleterre. L'espèce, non moins répandue en ^Allemagne, est citée par tous les naturalistes de ce pays. Ainsi j'ajou- terai, aux auteurs déjà mentionnés, Siemssen* pour le nord de l'Europe; Meidinger 3 , qui en laisse une figure très-reconnaissable, mais où le dos est trop roux; et Reisinger 4 , qui la suit dans les fleuves ou les eaux stagnantes de la Hongrie. Je la trouve encore dans la Faune belge de M. Selys-Longchamps, qui aurait remarqué dans les nombreux individus de ce poisson, pullulant dans toute la Belgique , une variété regardée par M. Heckel comme d'une espèce distincte. Mais ces distinctions en espèces dé- pendent de la valeur que l'on accorde à cer- tains caractères de détails, qui me paraissent devenir minutieux par leur trop rigoureuse exactitude. Le Rotengle est commun dans le nord de la France; doit-on conclure qu'il de- vient rare dans l'ouest de la France, de ce que M. Millet ne l'a pas observé, en rédigeant sa Faune de Maine et Loire? Les cyprins paraî- 1. Bowd. , Freshivaterfishes y n.°5i. 2. Fische Meckl, p. j$. 3. Meid., Dec. in, n.° 24. 4. Ichth. Huf?g., p. 67. CHAP. XIII. ABLES. 119 traient rares en Espagne, à en juger par l'ou- vrage de Cornide, qui ne cite pas notre espèce. Le Rotengle vit dans les eaux de la Suisse : ainsi Hartmann dans son Ichthyologie helvé- tique, Nenning dans son Histoire des poissons du lac de Constance, et Jurine dans son Mé- moire sur les poissons du lac de Genève , recon- naissent tous le cyprinus erythrophthalmus. Il existe en Italie. M. le prince Charles Bo- naparte de Ganino en a donné deux figures dans sa Faune d'Italie. Il a cru devoir le dis- tinguer génériquement sous le nom de Scar- dinius. J'ai déjà dit pourquoi je n'adoptais pas ces coupes génériques. Nous suivons aussi le Rotengle vers les contrées les plus orientales de la Russie; Pal- las ■ le cite comme un des poissons vulgaires et vivant en troupe, dont la chair infestée d'arêtes n'est d'aucune estime : ce célèbre voyageur remarque que, dans la Sibérie bo- réale ou orientale, notre poisson paraît man- quer tout-à-fait. Ce savant a changé le nom de Linné en celui de cypr. erythops. M. Nordmann* inscrit aussi cette espèce dans son Fauna pontica, et dit qu'elle se 1. Pallas, Faun. ross. as., m, p. 317, n.° 224. 2. Faun. pont., p. 490, n.° 6. 120 LIVRE XVIII. CYPR1NOÏDES. trouve dans les rivières de la Crimée. 11 ob- serve, avec MM. Fries et Ekstrom, que cette espèce reste tout-à-fait isolée dans le groupe des leuciscus , parce que la dorsale est placée derrière la ventrale: elle servirait de passage aux corassins. D'après M. Eichwald * le cypri- nus erjthrophthalmus est un des poissons du Volga qui ne descend pas à la Caspienne. On conçoit qu'un poisson aussi répandu ait reçu des noms dans les différens pays où il habite: d'après Artedi et Linné on le nomme Sarv, et dans la Bothnie occidentale Isarf. Linné cite déjà le nom allemand de Rothauge- Muller lui donne pour noms danois Skalle ou Rôdskalle, et pour nom norwégien Flal- Roje. M. Nilsson y ajoute, pour la province de Scanie, ceux de Rudeskall ou Rôdmôrt> et de la préfecture de Blecking, Ruda ou Rua. Ces dernières dénominations rappellent celle de Pennant pour l'Angleterre. Cet auteur dit qu'il se nomme Rudd, que je retrouve avec celle de Red-Eye dans Donovan, Turton et Yarell; celui-ci y ajoute les variantes de Roud pour le comté de Norfolk, et de Finscale ou de Shallow dans le comté de Cambrigde. Siemssen lui applique le nom de Plôtze, J. Faun. mar. casp.' primitiœ, p. \2Q,Ext. nal. Moscov., i838. CHAP. XIII. ABLES. 121 que je n'ai jamais entendu lui donner en Alle- magne, et il transporte celui de Rothauge au cjpr. rutilas: n'y a-t-il pas eu ici transposition de dénomination? Ces dénominations alle- mandes sont conservées par M. Reisinger. En Belgique elle se nomme Rossette ou Rosse di fond, M. Hartmann, qui lui donne, dans son Ichtyologie helvétique, pour nom commun allemand die Plotze, dit que c'est le Schwall du lac de Zurich et de Wallenstadt, que dans sa jeunesse on l'appelle Furnîckelj et qu'à trois ans elle prend les noms de Fôrne, Furn > ou de Schneiderftsch $ nomenclature admise par M. Nenning; que sur les lacs de Genève et de Neuichâtel on le nomme Rotengle, Pla- telt ou Platelle; et M. de Jurine ajoute à ce dernier nom ceux de Plateron parmi les pê- cheurs de Saint -Saphorin, et de Raufe à Genève. Pallas nous donne ses noms dans les diffé- rens dialectes de l'empire. A cause de sa forme aplatie , les Russes le nomment Plotwa et Plotiza; mots qui ressemblent beaucoup au nom allemand du gardon. Chez les ïartares riverains du Sirr, il porte le nom de TVirschin , et chez les Burets (Burœtis) celui de ZJlanniclyn, ce qui veut dire œil rouge. 1 22 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Ce poisson se nourrit d'herbes et de ver- misseaux ou d'insectes. Il fraie en avril et mai, et pond plus de 100,000 œufs. Il est fâcheux que sa chair, sèche et souvent d'un goût va- seux, ne réponde pas par son bon goût à cette grande fécondité. 1 Je trouve dans le manuscrit de Baldner, sous le nom de Rothkehl, un autre rotengle, qui a la dorsale beaucoup plus rouge que je ne l'ai jamais vue; mais qui pour le reste de la couleur ressemble tout-à-fait aux poissons de l'espèce précédente, que j'ai trouvés en si grand nombre dans tous les canaux de la Hol- lande et sur le marché de Berlin. Le syndic des pêcheurs de Strasbourg donne cette variété comme un des meilleurs poissons, toujours très-bon, excepté pendant le temps du frai : ils sont de meilleur goût pendant les mois de février et de mars, et deviennent maigres et mauvais pendant avril et mai; époque de leur ponte , qui se fait sous les racines des arbres ou parmi les herbes aquatiques, et surtout d'une plante nommée TVinterloch ; c'est le Raj- Grass de nos cultivateurs, ou le Lolium pe- renne^ Linn. Pendant le temps du frai les fe- melles prennent des taches blanches sur la tête : les plus grands individus pèsent deux livres. CHAP. XIII. ABLES. 123 Cette figure offre beaucoup de ressemblance avec une espèce que je tiens de M. Agassiz, et qui est nommée Leuciscus rubellio. Il a écrit en note que ce leuciscus a le nez plus haut que le rotengle ordinaire. Cependant je ne vois pas cette espèce indiquée dans le Mémoire de M. Agassiz, inséré dans le Recueil publié par les savans de Neufchâtel. Comme le prince Charles Bonaparte a figuré deux variétés de scardinius erythrophilialmus, et qu'il n'a cru devoir les distinguer spécifiquement, je laisse à M. Agassiz à décider ce qu'il veut faire de son Leuciscus rubellio ; c'est peut-être l'es- pèce qu'il a ensuite désignée sous son Leucis- cus decipiens. Willughby a rapporté le rotkehl au cyprinus rutilus, notre gardon ; mais je ne crois pas que ce rapprochement soit juste. Z/Able scardafa. {Leuciscus scardafa, Ch. Bon.) Le célèbre naturaliste , auteur de la Faune italienne, a décrit sous le nom de Scardafa 7 un able qu'il regarde comme voisin du Ro- tengle, parce qu'il a comme lui la fente de la bouche dirigée obliquement vers le haut, à cause de l'avance de la mâchoire infé- rieure. La hauteur du tronc est comprise trois et 124 LIVRE XVIII. CYPP.INOÏDES. trois quarts dans la longueur totale, et la tèt y est contenue presque cinq fois. Le profil de la nuque est droit, celui au-dessous de la lête est anguleux à l'insertion du maxillaire inférieur; les nageoires sont grandes et larges. D. 10; A. 11; C. 19; P. 16; V. 9. Il y a quarante rangées longitudinales d'écaillés, et onze dans la plus grande hauteur, sept au-dessus de la ligne latérale, trois au-dessous; cette ligne est courbe : le poisson est coloré d'un vert doré rem- bruni sur le dos et sur les nageoires, les parties in- férieures sont plus pâles. Le prince Charles Bonaparte ne parle pas des dents pharyngiennes; j'ai lieu de croire quelles sont dentelées comme celles du ro- tengle; mais sont-elles sur deux rangs? et en quel nombre ? Les variations sont trop grandes d'une espèce à l'autre pour se laisser en tirer par induction quelque assertion à cet égard. Ce scardafa des Romains se trouve dans les lacs de Venise, de Ronciglione, de Bracciano, de Fogliano et autres lacs, ainsi que dans les ruisseaux ou les étangs, et son nom se modifie de diverses manières par corruption en Scœr- dova, Scardine, Scarda, Scarbatra, Scar- doltij, et autres encore. On le confond souvent à Rome avec le Roviglione [leuciscus rubilid), dont l'aspect tout différent rappelle plus notre meunier [cjpr. dobula). Cette espèce appar- CHAP. XIIT. ABLES. 125 tient au groupe des Scardinius du prince Charles Bonaparte. Z/Able scaverde. (Leuciscus marrochius , Costa.) M. Savigny a rapporté, des eaux douces des environs de Turin, un able voisin de notre rotengle. Chez celui-ci la mâchoire inférieure est sensible- ment plus longue que la supérieure; la tête est pe- tite, étroite en avant, comprise cinq fois dans la longueur totale; le profil du dos et du ventre sui- vent une courbe à peu près régulière; la hauteur du tronc est du quart de celle du corps entier ; le diamètre de l'œil, dont l'iris paraît avoir été doré, est compris trois fois et demie dans la longueur de la tête. D. 10; A. 11, etc. La ligne latérale suit la courbe du ventre par la huitième écaille; j'en compte quarante dans la lon- gueur :1a couleur paraît avoir été un verdâtre argenté, plus foncé dans l'angle des écailles; la caudale a un petit bord plus gris. Les dents pharyngiennes, plus grêles que celles de notre rotengle, sont de même dentelées, et sur deux rangs; une rangée de cinq et une autre interne de trois. M. Savigny nous a donné ce poisson sous le nom piémontais de Scaverde; ses individus sont longs de cinq pouces. 1 26 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. En comparant la description si détaillée et la figure que M. Costa ' a données de son leuc. marrochius y dans sa Faune du royaume de Naples, je ne doute presque pas que le pois- son que j'ai sous les yeux ne soit le même que celui du naturaliste napolitain. La chair de ce poisson est molle et souvent attaquée par la ligule, de même que le cypr. lacustris de M. Brigand, et qui vit dans le lac de Palo. Les riverains du lac Fucino mangent avec avidité cette ligule, qu'ils nomment Serchia, recherchant de préférence, entre les Marro- cliio, les individus attaqués par cet helminthe. Je trouve, dans la Faune d'Italie, le nom de Scaverde, indiqué pour celui de la jeune femelle; mais le poisson que M. Savigny nous a rapporté sous ce nom, en est certainement d'une espèce différente. Z/Able scarpet. (Leuciscus scarpetta, nob.) M. Canali a envoyé, du lac de Trasimène, un able quia, comme le rotengle, la mâchoire inférieure avancée au-delà de la su- périeure; la longueur de la tête, égale à la hauteur 1. Faim. reg. neap. fisc, p. 12, pi. XIII. CHAP. XIII. ABLES. 127 du tronc, est comprise quatre fois dans la longueur totale; les dents pharyngiennes sur deux rangs, cinq sur l'un et trois sur l'autre : elles sont grêles et den- telées. D. 11; A. 11. Il y a quarante-deux écailles dans la longueur, six rangées au-dessus de la ligne latérale, qui est moins courbe que celle des espèces voisines. Le dessus du corps est mordoré avec quelques larges traits brunâtres longitudinaux et des reflets à iris jaune, pour se fondre sur l'argenté des côtés; les nageoires paires et l'iris sont jaunes. Cette couleur est plus pâle sur l'anale et mêlée de verdâtre sur la dorsale et la caudale. Nos individus sont longs de trois pouces et demi. Le professeur d'histoire naturelle de Perrugia nous les a envoyés sous le nom de Scarpetta. J'ai reçu du lac de Trasimène, sous le nom de Scarpata, le leuciscus albus du prince Charles Bonaparte. Malgré la ressemblance des noms, ces deux poissons n'appartiennent pas à la même espèce. Z/Able lascha. {Leuciscus lascha, Costa.) Le poisson que M. le professeur Costa a décrit et figuré dans sa Faune de Naples 1 , est 1 Faun. Wap., p. 19, n.° 4, tab. XVI. 128 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. très -voisin du précédent; je ne serais pas étonné même qu'on vînt à reconnaître leur identité spécifique. Elle ne m'est pas assez démontrée aujourd'hui pour que je réunisse les deux espèces. C'est un petit poisson assez semblable au Marre- chio, tant par ses formes extérieures que par la dis- position de ses parties intérieures : il a le dos bleu d'acier avec une raie rougeâtre au-dessus de la ligne latérale; les nageoires verticales, jaunes, sont bordées de bleu clair; le bord des pectorales et des ventrales est orangé. D. 11 ; A. 11, etc. Ce petit poisson est long de trois à quatre pouces. A en juger par la Faune d'Italie, le nom de lascha serait générique pour plusieurs de ces cyprins. Z/Able de Heckel. (Leuciscus Heckelii, Nordm.) M. Nordmann a dédié au savant ichthyo- logisteM. Heckel, un able, qu'il a cru devoir rapprocher du rotengle à cause de la hauteur de son corps. Il est en effet du tiers de la longueur totale, la tête est comprise à peu près deux fois dans cette hauteur; elle est épaisse, aplatie sur la nuque, qui paraît un peu plus basse que celle du rotengle; le CHAP. XIII. ABLES. 4 2!) museau arrondi et épais s'avance au-dessus de la bouche, qui est petite et dont la fente ne remonte pas à beaucoup près autant que dans le rotengle. La mâchoire inférieure est, comme celle du gardon, plus courte que la supérieure lorsque la bouche est fer- mée; les yeux sont de médiocre grandeur, et placés plus haut que ceux du rotengle. Il y a quarante-trois écailles sur la ligne latérale; elles sont grandes, adhérentes et dures; la dorsale est plus avancée que celle du rotengle, au-dessus du milieu de la base des ventrales : le premier rayon branchu mesure la moitié de la hauteur du corps sous lui, son bord est échancré; l'anale, plus basse, est aussi très-échancrée. Voici les nombres comptés par M. Nordmann. D. 13; A. 12 ou 13; C. 19; P. 17; V. 9. Ce poisson est tout entier d'un beau blanc ar- genté sur la tête; sur le dos il y a des teintes gri- sâtres et bleuâtres, et du jaunâtre sur les côtés; les yeux sont jaunes pâles glacés d'argent, avec quel- ques teintes rougeâtres ; les nageoires inférieures jaunes, sales et pâles, les supérieures plus foncées; toutes sont lisérées de noirâtre. Cette description est prise de l'ouvrage de M. Nordmann ', et la figure qui l'accompagne montre que c'est une de ces espèces inter- médiaires, car elle a la forme. et la hauteur du 1. Faun. pont,, p. 49»? n. 9 7. Poiss., pi. 23, fig. 1. 1 30 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. corps du rotengle; mais la bouche, la tête et les couleurs sont celles du gardon. Il est fâ- cheux que le savant professeur d'Odessa n'ait pas donné la description des dents pharyn- giennes. Il a oublié de nous dire où il a pris cette belle espèce d'able, et si elle est com- mune dans les eaux de la Crimée. La taille de ce poisson atteint à quatorze pouces. Le Gardon. (Leuciscus rutilas > nob.) La description du gardon, que je vais don- ner, est faite sur un des plus grands individus de cette espèce, que j'aie encore rencontrés depuis plus de vingt ans que je m'occupe de l'histoire des poissons. Je lai péché dans la Seine, à Bougival, près Paris, jolie campagne que les souvenirs poétiques de l'illustre Boissy d'Anglas ont rendue célèbre. Ce qui fait reconnaître de suite le gardon, et le distingue du rotengle, c'est qu'il a le museau gros, arrondi et un peu saillant au-devant de la mâchoire inférieure, plus courte, et dont les branches sont presque horizontales. Dans le rotengle elles remon- tent vers le haut, et le museau ne fait pas de saillie sur elle. La hauteur du tronc chez le gardon est trois fois et demie dans la longueur totale j la tête est corn- CHAP. XIII. ABLES. 131 prise cinq fois et un peu plus d'une demie dans cette même longueur totale. J'ai trouvé dans des femelles prises dans la Seine que la hauteur du tronc est com- prise dans la longueur du corps quatre fois et deux tiers quand elles ont lâché leur œuf, et qu'elle n'y est plus que quatre fois quand elles sont pleines. Dans les mâles la hauteur m'a paru être presque tou- jours quatre fois et demie dans la longueur totale. L'œil, du cinquième de la tête, est éloigné du bout du museau d'une fois et demie son diamètre : je ne vois pas d'ailleurs de différences dans les pièces de l'opercule, mais les dents pharyngiennes en offrent de très-grandes. Il n'y a qu'une seule rangée de dents implantées sur le pharyngien, aucune de ces dents ira le bord dentelé; la première est crochue à la pointe, la seconde l'est un peu moins; les autres ont la couronne en tubercule arrondie et conique : les germes des dents n'ont aussi aucune dentelure; les dents s'usent assez vite: on le conclut de l'usure de la couronne et du nombre de germes de remplacement qui viennent s'implanter sur les pédicules osseux du pharyngien qui doit les recevoir. Il faut tenir compte de celte usure de la couronne dans l'étude des dents de ces animaux, et la faire entrer dans la valeur des caractères spécifiques que l'on doit leur donner. J'ai examiné et étudié les dents de plus d'une centaine d'individus, et on les trouve quelquefois , toutes cinq, à couronne plate , et souvent la première et la troi- sième sont usées, tandis que la seconde, la quatrième, la cinquième sont encore arrondies. Telle autre com- binaison peut se présenter; mais jamais on a trouvé 1 52 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. deux rangées de tubercules osseux denlifères et les dents n'ont pas leur borddenticulé. On voit que j'in- siste sur ces caractères; car, comme je l'ai dit plus haut, on a voulu les élever jusqu'à donner des ca- ractères de genres, et je ne pense pas qu'elles puis- sent en fournir de solides à ce point de vue; comme caractère spécifique elles en donneront, quand on aura soin de les étudier sur un grand nombre d'in- dividus , afin d'en suivre les variations. La dorsale est moins reculée sur le dos que dans le rotengle; le premier rayon est plus haut d'un quart que la base n'est longue; le dernier est moitié moins haut que le premier; le plus élevé des rayons de l'anale égale la longueur de sa base; la caudale est fourchue; les ventrales ont une longue écaille dans leur aisselle: elles sont arrondies et aussi grandes que la pectorale. B. 3; D. 12; A. 12; C. 19; P. 19; V. 9. Je compte quarante-cinq rangées d'écaillés sur le côté; la ligne latérale, un peu courbe, est tracée sur la huitième de la hauteur, qui en contient douze. Une écaille a de fortes stries concentriques au mi- lieu d'autres, très-fines et très-nombreuses; quel- ques stries rayonnantes sur la portion nue; la partie radicale n'en a point. La couleur est verte, à reflets irisés en or, et gla- cés d'argent sur le dos, blanche sur le ventre; le crâne est lisse sans écailles, d'un assez beau vert; sur les joues argentées brillent de belles teintes dorées. CHÀF. XIII. ABLES. 1 53 La pectorale et la dorsale sont vertes comme le clos; la caudale ajoute à cette couleur une teinte ver- millon ou laquée dans le pourtour du croissant; elle est plus étendue sur le lobe inférieur : l'anale, qui est verte le long de son insertion, a la plus grande partie d'un bel orangé vermillon; la base de la ventrale est blanche et le bord un peu moins vif que l'anale; l'œil, entouré d'un beau cercle vert, a l'iris doré : j'ai vu un grand nombre d'individus de la Seine avoir le blanc de l'œil argenté; dans ceux que j'examinais sur le marché de Berlin, j'ai écrit que je trouvais le rouge de l'anale mêlé de teintes jaunâtres; que ce rouge n'est donc pas pur et vif, comme celui du RotkaugeÇLeuc. erythrophthalmus). Les ventrales étaient rouge cerise , quoique plus pâles que celles de ce dernier poisson. J'en ai vu dans le lac de Tegel qui avaient la dorsale et la caudale rougeâtres , et parmi ceux-ci quelques-uns avaient l'iris rouge. En observant les poissons dans les divers canaux de la Hollande et sur les marchés des différentes villes de la Belgique ou de la Hollande, où j'ai toujours eu soin de le faire souvent , j'ai vu aussi des gardons à dorsale et cau- dale rougeâtres, à pectorales teintées de rouge, mais toujours moins brillants que Bloch les a colorés. Il y a toujours une teinte jaunâtre mêlée à ce rouge, qui n'est pas pur comme celui du rotengle. J'entre dans ces détails, parce que la confu- sion faite entre le rotengle et le gardon, aux- quels on a appliqué arbitrairement le nom de Rosse en français., ou de Rot/muge en aile- 1 54 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. mand, a empêché de bien établir ces deux espèces. Voici les détails sur l'anatomie du gardon. La langue est adhérente dans toute son étendue, elle est étroite, à pointe mousse, et charnue. A l'ouverture du corps est le foie qui se porte à droite, formant deux lobes allongés qui sont entre le double que fait l'intestin; le lobe gauche est très- petit. La vésicule du fiel est un sac ovoïde oblong plein d'une bile jaune pâle transparente, de la même cou- leur que celle de la brème. Le canal cholédoque est court et s'ouvre au-des- sous du canal aérien. Le mésentère est très- gras. L'intestin fait deux replis égaux en longueur, qui descendent jusqu'aux trois quarts de l'abdomen; il se renfle un peu vers le haut à l'endroit de l'estomac. L'intestin diminue successivement jusqu'à l'anus, où le diamètre du rectum est moitié de celui de l'œso- phage; l'entrée de l'œsophage est un peu renflée et comme festonnée. La rate est d'un beau rouge sanguin : elle est pla- cée entre les lobes du foie ; elle est divisée en deux lobes , dont un très-court , plat , est appuyé sur l'autre intestin; l'autre, grand, trièdre, descend le long de l'intestin; les ovaires sont deux grands sacs, pleins d'un nombre infini d'œufs couleur vert d'eau; les reins sont adossés à l'épine, occupent toute la lon- gueur de l'abdomen, et sont renflés dans leur mi- lieu, ainsi que cela a lieu dans les autres cyprins, CHAP. XIII. ABLES. 155 Les laitances ont la même forme que les ovaires, mais elles sont plus petites. Je n'ai jamais rencontré d'helminthes dans le gardon, et Bloch fait la même remarque. Quant au squelette, son ostéologie diffère peu de celle des autres ables. Le crâne est plus long et plus aplati, la crête interpariétale est plus large, les interépineux de la dorsale plus forts, les osselets de Webber moins grêles. Il y a quarante et une vertèbres à la colonne vertébrale, dont vingt-trois appartiennent à la région abdominale, et de ceux-ci dix-sept seules portent des côtes. Le gardon est commun dans la Seine et dans toutes les eaux douces de nos environs; et on le trouve aussi, avec la même abondance, dans toutes les eaux de l'Europe, surtout sep- tentrionale. Ainsi le Cabinet du Roi en a de la Somme, d'Abbeville et des eaux du Crotoi, par M. Bâillon; du Rhin, par M. Hammer; du lac de Zug, par M. Major; de l'Elbe, par M. Nitsch. J'en ai pris moi-même dans l'Escaut, à Gand; dans la Meuse, à Liège; dans le Rhin, à Coblence; dans les canaux de la Hollande, dans la Sprée ou dans le lac de Tegel aux environs de Berlin, chez M. de Humboldt. Cet illustre voyageur nous a donné de ceux qu'il a pris, avec M. Ehrenberg, dans les eaux \ 56 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. douces de la Sibérie orientale; et le Cabinet du Roi en a reçu aussi de beaux et nombreux exemplaires de Russie, qui ont été donnés à M. Cuvier par S. A. I. la grande -duchesse Hélène de Wurtemberg, devenue, par son alliance, belle-sœur de l'empereur. Ceux que j'ai reçus en grand nombre des pécheurs de la Sprée, ou que je voyais sur le marché de Berlin, m'ont toujours été nommés Plôtze. Jetais accompagné, dans les courses ichthyologiques, par M. Rammelsberg, l'un des habiles employés du Cabinet de Berlin, à qui M. Lichtenstein m'avait particulière- ment recommandé. Je suis donc sûr de cette synonymie, bien qu'elle ne soit pas conforme à celle donnée par Bloch. Sa figure , d'ailleurs reconnaissable , n'est pas bonne. Cest sous la dénomination de gardon que l'espèce, dont je viens de donner une des- cription détaillée, est connue par tous nos pê- cheurs , qui réservent plus particulièrement le nom de Rosse au rotengle, mais qui sou- vent aussi appliquent ce nom à notre gardon. En cherchant ce que nos prédécesseurs ont dit du gardon, on voit que ces naturalistes ont plus ou moins confondu avec lui les es- pèces qui lavoisinent. A 1 époque où les au- teurs du XVI. e siècle ont écrit, le défaut d'une CHAP. XIII. ADLES. 157 nomenclature précise les a empêches cle dis- tinguer dune manière rigoureuse les divers poissons; ils n'ont pas su apprécier la justesse des distinctions des pêcheurs ? parce qu'ils ne conservaient pas dans des cabinets les diffé- rentes espèces pour les décrire, par compa- raison les unes à côté des autres, et souvent ensuite ils ont appliqué mal à propos la no- menclature vulgaire; cette fausse application ayant persisté jusqu'au commencement de ce siècle dans les ouvrages de Bloch et de quel- ques successeurs, il en résulte qu'il est aujour- d'hui fort difficile de donner une synonymie très-certaine de ces espèces si bien connues. Belon ' cite, une première fois, le gardon comme un poisson de la Seine; puis, une se- conde fois 2 , en le regardant comme le Lascha des Italiens. On voit dans ce chapitre, intitulé Sargiis, qui est son Cephalus et son Gardo- niiSy qu'il a eu connaissance de la Roach ou Roscies, comme il l'appelle, des Anglais, et des diverses espèces d'Italie, que nous distin- guons aujourd'hui, et qu'il compare au squa- lus, dont il fait notre meunier icypr. dohulci), en observant que ces gardons ont le corps 1. Bel., De aquatil., p. 272. 2 lbid., p. 3i6. 438 LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. plus comprimé, plus arqué, et les nageoires rougeâtres; on y trouve encore la citation de plusieurs noms qui ne sont pas mentionnés dans les savantes discussions que le prince Charles Bonaparte a faites dans sa Faune ita- lienne, ou sur lesquelles il reste encore in- certain , comme sur le Doracla. Rondelet ' a donné , sous le nom de Leuciscus , une figure d'un gardon, comme il l'appelle lui- même. C'est aussi, suivant lui, le Lascha des Italiens. Je ne vois aucune des espèces italien- nes qui se rapporte à la figure de lichthyo- logiste de Montpellier; ce n'est pas non plus exactement à notre gardon qu'elle ressemble. J'inclinerais davantage à croire quelle a été faite d'après un individu du leuciscus ruli- loicles; mais c'est trop incertain pour s'arrêter définitivement à cette synonymie. Un peu plus loin le même auteur 2 donne une petite figure dans son chapitre de Phoxinis, faite d'après un jeune able qui n'est pas le véron, mais qui est indéterminable. Cependant Gesner 3 avait donné une figure fort reconnaissable du gardon, et l'on peut voir, par la discussion de la synonymie par laquelle il commence son 1. De pisc- fluv. , p. 191. 2. îbid.y p. 204. 3. Gesn. , De aquat., p. 821. CHAP. XIII. ABLES. 159 chapitre de Rutila, qu'il distingue très-bien le gardon du rotengle, qu'il sait très-bien leur appliquer les noms allemands qui leur con- viennent, puisqu'il rapporte le Plôtze des Alle- mands à son rutilas; seulement il n'était pas arrivé à en distinguer le Vengeron, et peut- être les autres- espèces italiennes. Mais on ne peut douter, d'après ce qu'il dit de la couleur du tronc, des nageoires et de l'iris, qu'il n'ait pas eu sous les yeux notre gardon, et point le vengeron du lac de Genève. Le même ob- servateur, si connu par sa grande science, a, dès les premières pages de son livre 1 , une figure d'able couverte de tubercules, qu'il a préférée à celle de Rondelet pour le leuciscus. C'est celle du poisson qu'il appelle Schwal ou Funiy c'est le gardon ou une espèce voi- sine qu'elle représente, car il ne lui donne pas les couleurs de notre cypr. rutilus. Aldro- vande 2 a donné des figures indéchiffrables, soit à son article du Rutilus, soit à celui 3 du Leuciscus. Willughby 4 a fait les mêmes confusions; il ne distingue pas clairement le rotengle du 1. Gesn., De aquat. , p. 2 5. 2. De pisc., p. 621. 3. Ibid. , p. 607. 4. Will., Hist. pisc, p. 262, ch. XX. 140 LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. gardon, et je crois même pouvoir affirmer que sa description se rapporte plutôt au premier qu'au second de ces poissons. Je dois dire la même chose de Schonevelde r , qui donne très-probablement le rotengle dans le chapitre du Rutilo, nommant celui-ci Roth- auge. S'il fallait même chercher dans cet auteur s il a connu notre gardon, je crois qu'on le trouverait dans ce qu'il dit de son leuciscus alburnus*; quoiqu'il lui applique la dénomi- nation allemande de Alœndt ou Alander; il traduit cette expression par celle de gardon en français, et ce qu'il dit des couleurs, con- vient parfaitement à notre espèce, qui toute- fois n'est pas XAlandt que j'ai vu si abondant sur le marché de Berlin. Nous arrivons ainsi à l'époque d'Artedi, qui a employé ces différents matériaux, en les di- visant dans sa synonymie en deux chapitres ou espèces distinctes. Il a fait, sur l'observation directe du gardon des eaux du nord de 1 Eu- rope, sa dix-huitième espèce 3 , caractérisée par cette phrase latine très-significative : Cyprinus iride pinnis ventralibus, ac a ni plerumquc rubentibus ; et en en donnant une description 1. Schoncv. , IchL Slesw. , p. G5. — 2. Ibid., p. 42. 2. Arled. , Syn. 9 p. io ? n.° 18. CHAP. XIII. ACLES. 141 détaillée 1 qui ne laisse rien à désirer. Il y a cependant cette différence à noter, qu'il porte le nombre des vertèbres à quarante -quatre. Mais les synonymes qu'il y place sont de beau- coup moins certains que ceux qu'il prend dans Rondelet et Gesner,pour en faire sa quinzième espèce 2 sous la phrase vague et sans caractère : Cyprinus s argus clic tus. Dans les deux espèces il confond entièrement la nomenclature vulgaire. Ainsi il donne pour synonyme du gardon des Français, Xalandt des Allemands, ce qu'il a sans doute tiré de Schonevelde : on verra que Xalandt que j'ai vu au marché de Berlin, et qui est le cjpr. jeses de Bloch, est d'une espèce bien différente; ainsi il faut conclure qu'Artedi a connu notre espèce, qu'il l'a bien décrite, mais qu'il s'est tout -à- fait trompé dans la synonymie, soit scientifique, soit vulgaire de ce poisson. Linné, en travaillant d'après Artedi, a pris le n.° 18, pag. 10, de la synonymie d'Artedi, pour en faire son cyprinus rutilus 5 ^ et a laissé de côté l'espèce n.° i5, pag. g, d'Artedi, qui par consé- quent et heureusement alors n'a pas pris rang dans le Sjstema naturœ; car il y aurait eu 1. Descript., p. ioj n.° 3. 2. Syn., p. 9, n.° i5. 3. Syst. nat., éd. X ? p. 324 . n.° 16. 4 42 LIVRE XVIIÏ. CYPRINOÏDES. par suite un double emploi d'espèces nomi- nales. Il est aussi dans le Fauna suecica \ et il y conserve toute la synonymie d'Artedi, que je suis loin, comme on vient de le voir, de trouver aussi exacte que ces deux célèbres na- turalistes le pensaient. C'est aussi sous le nom de cjprinus rutilus que nous le trouvons dans Bloch 2 ; mais il lui applique, pour nom français, celui de rosse, que nos pécheurs, du moins à l'époque ou j'écris, donnent exclusivement au rotengle. Avant de quitter les auteurs des faunes septentrionales, il faut citer Ekstrom 3 qui lui donne le nom allemand de Plôtze; mais qui lui applique aussi ceux de Rothauge, de Roth- flosser ou de Rothfeder; ainsi que Nilsson 4 , Muller 5 , Siemssen 6 , Wulf 7 ; mais ces deux auteurs ne conservent plus la synonymie vul- gaire allemande , puisque le premier lui donne le nom de Zerte, et le second, comme Bloch, confond le Plôtze et le Rothauge. 1. Faun. suec, 17^6? p. 124, n.° 529. 2. Bl.,tab. 22. 3. Ekstr. , Fisch. von M'orko, par Crcplin, p. 12. 4. Prod. ichih. Scand., p. 27 ? n.° 4- 5. Prod. Faun. dan., p. 5i ? n.° 435. 6. Die Fische von Me kl. , p. 74? n.° 7. 7. lchth., p. 45, n.° 59. CHÀP..XIII. ABLES. 143 Quant à Leske, qui a donné à lune des coupes de notre espèce du rotengle le nom de cypr. rutiluS) il nous transmet notre gardon sous le nom de cyprinus rubellio, en le re- gardant comme synonyme du cypr. idbarus de Linné. Il me paraît assez difficile de déterminer aujourd'hui le poisson que ce grand zoolo- giste a ainsi nommé dès la X. e édition du Systema, et qu'il a conservé dans la XIL e à côté de son cypr. idus et du cypr. rutilus. Il me paraît probable que Linné aura eu sous les yeux quelques-unes ds nos variétés ou espèces, excessivement voisines du gardon; mais ce n'est qu'une conjecture. M. Agassiz, dans son Mémoire sur les poissons du lac de Neufchâtel, croit qu'il faut le rapporter au cyprinus idus: cela peut tout aussi bien être; car il est certain aujourd'hui que le cyprinus idbarus doit être rayé des catalogues ichthyo- logiques. Pour revenir à notre gardon ? nous le voyons cité par tous les auteurs anglais : ainsi Pennant * le donne comme un des poissons les plus abondans dans les eaux douces de l'Angleterre; et il paraît qu'il y atteint une grande taille ? car 1. Brit. Zool. , III, p. 3 1 1 . 144 LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. M. Walton parle de gardons du poids de deux livres, et Pennant ajoute que dans une liste des poissons vendus sur le marché de Londres, qui lui a été fournie par un marchand de poissons intelligent, il y est fait mention d'un gardon du poids de cinq livres. Après cet auteur, Donovan 1 , Turton 2 , Flemming 3 , Jen- nyns 4 , Yarell 5 et M. Bowdich 6 , le citent dans leurs faunes ou le représentent dans leurs iconographies. Je le vois aussi cité par M. Selys-Longchamps 7 dans la Faune belge; M. Millet 8 le donne dans sa Faune de Maine-et-Loire comme le meil- leur poisson parmi les ables de l'Anjou. Il dit qu'on appelle gardons de fond, les grands individus, qui viennent en effet plus rarement à la surface des eaux, préférant les profon- deurs de la rivière. 11 existe également en Suisse, ainsi que le prouvent les anciennes observations de Ges- ner, et que tendraient à le faire croire les 1. Brit.fisk., tab. 67. 2. Brit. Faun. , p. 108, n.° 122. 3. Ann. Kingd., p. 188, n.° 63. 4. Ann. vert., p. 4o8, n.° 88. 5. Brit.fisk., p. 348. 6. Freshwaierfish. , Draw., n.° 3. 7. Faune belge, p. 211 , n.° 29. 8. Faune de Maine-et-Loire, II, p. 726, n.° 20. CHAP. XIII. ABLES. 145 ouvrages de M. Nenning 1 sur le lac de Con- stance, due à M. Hartmann 2 dans son Ich- thyologie helvétique. Mais M. Agassiz pense que le cyprinus rutiliis de ce dernier auteur appartient à son Leuciscus prasinus. Tout en suivant ainsi le gardon dans les eaux de la Suisse et de la Belgique, je fais observer que je m'appuie non-seulement sur l'autorité des auteurs respectables que je cite, mais que je me fonde aussi sur l'observation directe de la nature, ayant réuni, ainsi qu'on a pu le lire tout à l'heure, des individus de cette espèce de tous les lieux où ces auteurs ont écrit. Cette observation est d'autant plus néces- saire que le cyprinus rutilas ou la rosse de M. Jurine n'est pas notre gardon; c'est du moins ce qu'il dit lui-même. 11 n'aurait donc pas dû donner à deux espèces différentes le même nom. Je reviendrai aussi sur la discus- sion de la synonymie de la rosse, mise par cet auteur à la suite de son article sur le pré- tendu cyprinus rutilus. Cependant les cou- leurs des nageoires de cette rosse sont les mêmes que celles de notre gardon, et sont 1. Nenn., Fische des Bodensees f p. 3i, n.° 2 y. 2. Hartm., Heh. Ichth., p. 224. 17. ÎO 146 LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. différentes du Vengeron que nous avons reçu du lac de Genève, et qui a été donné par M. Agassiz. M. Reisinger 1 voit encore le gardon dans les fleuves de la Hongrie. Cet habile ichthyo- logiste a observé que la couleur des nageoires change avec l'âge, les jeunes ayant les ven- trales et l'anale blanchâtres, et les individus de moyen âge rougeâtres; elles ne deviennent très-rouges que sur les adultes. Ces remarques me font croire que M. Agassiz a rapporté avec raison au cypr. rutilas, Linn., un poisson dont il a fait faire le dessin à Munich, et qui a la ventrale seule rougeâtre; la caudale, l'anale et la pectorale tirent un peu plus au jaunâtre; les lobes de la caudale sont bordés de gris. Ce poisson fraie en Avril et en Mai dans la Seine; Linné, qui fixe le frai au mois de Mai, ajoute que c'est à l'époque où fleurit la po- pulage ou souci des marais (caltha palustris, Linn.); et à cette époque le mâle se couvre de petits tubercules sur tout le corps, qui dans le commencement rendent le corps rude au toucher, comme s'il était saupoudré de sable fin. Les plus gros se développent sur la tête. La femelle m'a montré des petites tâches 1. Spec. Ichth. Hung., p. 66. CHAP. XIII. ABLES. \M blanches, mais elle ne paraît pas avoir de tubercules comme le mâle; les couleurs de celui-ci sont aussi beaucoup plus vives. C'est une espèce très -prolifique; Bloch estime le nombre d'ceufs pondus par une seule femelle à 84>ooo : ces œufs, verdâtres au moment de la ponte, deviennent rouges par la cuisson. La nourriture est celle de tous les cyprins, c'est-à-dire, animale et végétale. Le gardon, suivant Linné et Artedi, se nomme Mort en suédois, et M. Ekstrom ajoute quelques épithètes à ce substantif. C'est le Rudskalle des Danois, ou le Rôdskalle des Norwégiens. Comme je l'ai dit, les pêcheurs de Berlin ou d'Allemagne, où je l'ai observé, me l'ont toujours nommé Plôtze; mais Leske, qui a donné ce nom à la Zerte (cypr. Vimbci), appelle le gardon Billing, si c'est bien, comme je le crois, son cyprinus Rubellio. Siemssen le nomme Rothauge, ainsi que Bloch; ce qui montre que la nomenclature vulgaire est en Allemagne aussi peu fixe qu'elle l'est en France; car beaucoup de gens le confondent sous le nom de rosse avec le rotengle. Je l'ai eu à Gand sous la dénomination de Rosette, et c'est aussi celle indiquée par M. Selys-Longchamps. Pallas 1 a aussi rencontré le cyprinus rutilus 1. Pallas, Zoogr. ross. asiat., III, p. 617, n.° 223. 448 LIVRE XVIII. CYPR1N0ÏDES. dans toutes les eaux vives ou mortes de la Russie et de la Sibérie. Il indique pour nom des Russes, Soréga; des Cosaques et des Ma- lo rosses, Serucha et Seruschka; des Tartares du fleuve Catscha, Kusek; des Raschkirs, As- sau-Balyk; du Volga, Kasiw; des bouches de l'Obi, Kohi; de Urtiscli , Kelsche; des environs de Narym, Kuenti-Chuola ; des en- virons de Surgut, Potsi, et des ïungouses , Toratschain. M. Nordmann 1 a aussi marqué le cyprinus rutilus comme une des espèces de la Faune pontique, en disant quelle se trouve dans toutes les rivières de la Russie méridionale. Il y a trouvé dans un lac sans écoulement des environs de Pitzounda, en Abasie, une variété qui a les nageoires moins éebancrées. M. Eichwald 2 cite le cyprinus rutilus comme un des poissons du Volga qui ne descend pas de la Caspienne. Pallas dit, à la suite de l'article du cyprinus rutilus, qu'il a vu dans les eaux de la Daourie un poisson très-semblable au gardon , mais à corps plus étroit, dont les nageoires inférieures et l'iris étaient colorés en carmin ; la dorsale 1. Faun. pont., p. 489, n.° 5. 2. Faun. Casp. mar. primitiœ, p. 129. Extr. du Bulletin des naturalistes de Moscou, i838. CHAP. XIII. ABLES. 149 était roussâtre, et qui n'avait que onze rayons à l'anale. Je crois qu'il pourrait bien consti- tuer une espèce que l'on pourrait nommer Leuciscus dauriciis. Z/Able rutiloïde. {Leuciscus rutiloides, Selys.) Pendant que je réunissais avec soin des différentes eaux de l'Europe les cyprins dont je me proposais d'écrire l'histoire, j'avais ob- servé, dès 1822, à Gand, un able, voisin de notre gardon, que je distinguais comme une espèce particulière. Je vois que M. Selys a été de la même opinion, et quoique j'eusse depuis long- temps donné un autre nom à notre poisson dans la galerie du Muséum, je conserve à cette espèce la dénomination qui lui a été imposée par l'auteur que je viens de citer. La forme générale est assez semblable à celle de notre gardon ; mais je lui trouve le museau moins gros, la tête un peu plus petite, les écailles moins larges, la couleur plus grise, et point de rouge aux nageoires, elle est remplacée par le jaunâtre; les dents pharyngiennes sont plus petites, portées sur un pédicule plus grêle et plus haut; et la cou- ronne est un peu denticulée. On voit que la couleur seule n'est pas le 450 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. caractère distinctif qui me fait reconnaître ce poisson j les différences dans les dents m'ont paru avoir assez d'importance, ainsi que celles dans les formes, pour déterminer cette espèce. Outre les individus que j'ai observés à Gand, j'ai retrouvé cette espèce sur le marché de Berlin, et dans la Somme, d'où M. Bâillon m'en a procuré plusieurs exemplaires. M. Tin- nemann l'a envoyée de l'Elbe au Cabinet du Roi. Elle paraît rare dans la Meuse; car M. Selys n'a eu qu'un seul exemplaire à Liège. J'en ai des individus longs de neuf pouces. L'espèce est figurée pi. VII, fig. 1, de cet ouvrage. Les pécheurs à Liège l'ont nommée Rosette noire. M. Selys se demande si ce n'est pas une variété accidentelle du cyprinus ru- lilus? Je ne le pense pas. Z/Able apparenté. (Leucisciis affînis, nob.) J'ai encore vu sur le marché de Gand un singulier gardon, voisin du nôtre, mais qui a le corps beaucoup plus large, car la hauteur ne fait que le tiers de la longueur totale; la première dent pharyngienne est plus grêle et les autres avaient quel- ques dentelures. Ces caractères le rapprochent du ro- tengle, mais il a le museau rond, obtus et avancé du CHAP. XIII. ABLES. 151 gardon; il y ressemble même tout- à -fait par l'en- semble de la tête. Je ne trouve pas de différence dans les écailles, dans les couleurs, dans les nageoires. Les pêcheurs de Gand me l'ont donné comme un métis entre le gardon et le rotengle. L'individu est long de sept pouces. Z/Able avola. (Leuciscus aida, Ch. Bon.) Le savant M. Savigny a rapporté d'un voyage en Piémont un autre able, voisin encore de celui-ci; mais qui a la mâchoire inférieure plus courte, quoiqu'un peu plus avancée que celle du gardon; la tête petite, comprise cinq fois et demie au moins ou deux tiers dans la longueur totale; l'œil assez grand. La ligne du profil supérieur convexe et suivant une courbe régulière de l'extrémité du museau à la caudale; la ligne du profil inférieur presque droite; les dents pharyngiennes, au nombre de cinq, sur un seul rang; les deux ou trois premières sont dentelées comme celles du rotengle; les autres sont en tubercule mousse. D. 11; A. 11, etc. Je compte quarante-deux rangées d'écaillés dans la longueur, et huit au-dessus de la ligne latérale; la couleur paraît avoir été verdàlre ou rougeâtre sur \ 52 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. le dos, et blanche et argentée sous le ventre ; les nageoires ont des teintes jaunâtres. Ce poisson est long de quatre pouces et demi. Il a été donné à M. Savigny sous le nom de Véron. Il n'a cependant aucune ressem- blance avec le poisson que nous nommons ainsi dans presque toute la France. Je lui trouve, au contraire, une ressem- blance si frappante avec la figure du squalius aida du prince Charles Bonaparte, que je n'hésite pas à faire ce rapprochement. Cet auteur colore le dos de son poisson et la nuque en vert très-foncé; les nageoires sont jaunâ- tres et transparentes; le ventre est blanc. Z/Able de Fucino. (Leuciscus Fucini, Ch. Bon.) Les collections ichthyologiques doivent en- core aux observations de M. Savigny l'établis- sement de cette espèce. Elle tient encore du gardon ; mais elle s'en distingue par son dos plus rectiligne, par une plus grande cour- bure du profil inférieur; le museau est obtus et sou- tenu, les dents pharyngiennes, au nombre de cinq, sur un seul rang, coupées en biseau, mais dentelées sur une arête de celte face; la hauteur du tronc n'est comprise que quatre fois et demie dans la lon- gueur totale , et la tête est plus courte. CHAP. XIII. ABLES. 155 D. 10; A. 11, etc. Le dos est vert, passant par du jaunâtre au blanc argenté du ventre; les joues sont jaunes; la dorsale et la caudale sont jaunes près de leur base, et grises sur leur bord libre; la pectorale, la ventrale et l'a- nale sont orangées. La longueur est de quatre pouces. Ce poisson devient couvert de tubercules, comme tous les autres gardons. M. Savigny l'a pris à Florence. Le prince Charles Bona- parte la figuré dans sa Faune d'Italie sous le nom que nous lui avons conservé. Le Vengeron. (Leuciscus prasinus, Agass.) Le Vengeron, dont le Cabinet du Roi est redevable à l'illustre De Candolle , ressemble assez à notre gardon pour que beaucoup d'ichthyologistes l'aient confondu avec le cy- prinus rutilas, ou que du moins ils lui aient donné mal à propos ce nom linnéen. Cepen- dant Hondeletles éclairait suffisamment pour éviter cette confusion. Les individus du Cabinet du Roi ont le museau plus obtus, plus arrondi et plus gros que le gardon, le chanfrein est plus soutenu, la courbe de la.nucjue suit d'une manière continue la ligne du profil du 1 54 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. dos; les nageoires, et surtout l'anale et la caudale, sont plus larges. La hauteur du tronc est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale, et la tête, un peu plus courte, y est cinq fois et trois quarts; le diamètre de l'œil y est cinq fois et un tiers dans la longueur de la tête; le bord de l'ouïe est arrondi, et surtout beau- coup plus que dans le gardon. D. 12; A. 13 ou 14, etc. Je compte quarante-cinq écailles à la ligne laté- rale, qui est courbe, mais se tient assez par le mi- lieu de la hauteur du tronc. Les dents pharyngiennes, au nombre de cinq, sont plus grosses que celles du gardon; elles avaient leur surface taillée en biseau , un très-faible crochet à la pointe et point de dentelures. Le dos est d'un beau vert-pomme foncé, des re- flets argentés sur les côtés vont se fondre avec le blanc argenté du ventre; les joues sont plus brillantes et plus claires que le dos; l'œil, d'un beau jaune, a des reflets argentés : celte teinte est celle des pecto- rales, des ventrales et de l'anale; la dorsale et l'anale, d'un olivâtre rembruni, sont lisérées de noir. Dans les jeunes individus ces teintes sont complètement incolores. Cette description, faite sur les poissons et avec les notes que M. De Candolle nous avait envovées dès 1822, s'accorde si bien avec celle de M. Agassiz, qu'on pourrait presque les croire copiées l'une sur l'autre. Les dessins 4 CHAP. XIII. ABLES. 1 55 que j'ai reçus de mon ami, M. Agassiz, s'ac- cordent aussi parfaitement avec ce que montre la nature. Comme je l'ai fait remarquer à l'article du cypr. rutilus, le vengeron décrit et figuré par M. de Jurine, n'a pas la couleur des nageoires de notre poisson; cependant le contour de notre poisson ressemble assez bien à celui dont il est question dans cet article. D'ailleurs il y rapporte le vengeron de Rondelet; mais alors il a tort de regarder comme de la même espèce le rutilas ou rubellio jluviatilis de Gesner^ et encore plus l'espèce d'Artedi, n.° 18, pag. 10, et le cyprinus rutilus de Bloch. C'est là probablement l'explication de la différence trouvée entre M. de Jurine et Bloch sur la pré- sence des vers intestinaux surabonclans chez le vengeron, et si rare dans le gardon. Je reste dans les mêmes incertitudes par rapport à M. Hartmann. Ce naturaliste le donne parmi les synonymes de son cypr. ru- tilus du lac de Neufchâtel et de Genève; mais il indique les couleurs des nageoires comme M. de Jurine les donne à son cypr. rutilus. J'ai dit que Rondelet avait décrit et figuré le vengeron en le distinguant du gardon. La figure de cet auteur est, en effet, bien recon- naissable. Déjà Gesner avait observé que la \ 56 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. ligure en bois avait été transposé avec celle de la Ferra; et en traitant de ce salmonoïde, on le voit rapprocher la figure de la Ferra du texte auquel elle doit être rapportée. Les individus que j'ai dans l'alcool sont couverts de tubercules, qui me paraissent plus gros que ceux de notre gardon : ces aspérités tombent peu après la saison des amours. Comme nous voyons ces phénomènes se reproduire dans un grand nombre d'espèces d'ables, il devient plus difficile de reconnaître le pigus de Rondelet. Z/Able rosé. {Leuciscus roseus, Cli. Bon.) L'able décrit par le prince Charles Bona- parte sous le nom de leuciscus roseus, nous est venu du lac de Corne par MM. Ricketts et Pentland en 1822. Cet habile naturaliste nous apprenait que les pêcheurs lui avaient donné le mâle sous le nom de Pigo, et la femelle sous celui iïEncubia. L'un des deux a, en effet, le corps couvert de tubercules, mais qui sont fins et grenus comme ceux du gar- don de notre Seine. Ce poisson ressemble d'ailleurs, au vengeron (cyprinus prasinus, Agassiz); mais CHAP. XIII. ABLES. 1 57 Il a le museau plus pointu et plus déprimé que le gardon, le corps plus alongé, la ligne latérale plus droite; et les dents pharyngiennes présentent aussi des différences dans leur forme et probablement aussi dans le mode de succession; elles sont plus comprimées, plus hautes que celles du gardon, un peu denticulées comme celles du rotengle, mais moins crochues. Sur trois individus que j'ai examinés, je trouve que la première et la troisième dent sont usées et que leur couronne est devenue tout-à-fait plate, et que la seconde et la troisième sont dente- lées et point encore usées. D. 12; A. i3; G. 19, etc. Le dos est coloré de jolies teintes roses qui se fondent, sous des reflets dorés le long des flancs, avec le blanc argenté du ventre; le dessous de la queue reprend les couleurs du dos. La dorsale est rosée, la caudale jaunâtre; les autres nageoires, pâles et trans- parentes, ont aussi un peu de jaunâtre. Ces teintes sont toutes détruites par l'ac- tion de l'alcool. Les individus que j'ai reçus du lac de Côme ont dix pouces de long. Deux autres individus ont été envoyés de Rome par les soins du prince Charles Bona- parte de Canino sous le nom de Leuciscus roseus : je ne puis y voir la plus légère diffé- rence. Les dents de ce dernier individu sont toutes un peu dentelées, ce qui prouve qu'elles sont plus nouvellement en place que celles \ 58 LIVRE XVIII. CYPUWOÏDES. des précédons; mais les premières dents com- mencent déjà à s'user. Le Rovella. (Leaciscus rubella 3 Ch. Bon.) M. le prince Charles de Canino a donné au Cabinet du Roi une espèce italienne voisine du gardon, qui s'en distingue par une tête plus petite, un œil moins grand, un museau moins épais, une bouche petite. Les dents pharyngiennes sont grêles, un peu cré- nelées et sur un seul rang. D. 10; A. 10; C. 19; P. 17; V. 9. Le dos est d'un vert assez foncé à reflets dorés sur le milieu des côtes, et qui servent à fondre les teintes supérieures avec le jaunâtre, à reflets argentés du ventre. La caudale est verte, la dorsale est plus grêle; la pectorale, la ventrale et l'anale ont leurs rayons ex- ternes colorés en un beau rose vif ou carmin; les autres rayons sont jaunâtres : on ne lui compte que trente vertèbres. Nos individus varient de cinq à sept pouces. Le naturaliste que je viens de citer Ta nom- mée Leuciscus rubella, Jen trouve des indi- vidus parfaitement semblables aux siens parmi ceux que MM. Pentland et Ricketts ont rap- portés du lac de Corne sous le nom de Pigo. Ils ont le corps, et surtout la tête, couverts CHAP. XIII. ABLES. 159 de tubercules cornés très-gros , beaucoup plus encore que ne le sont ceux du vengeron. On peut facilement reconnaître que ce n'est pas à cette espèce qu'il faut rapporter les figures du pigus laissées par Salviani ou par Rondelet. Le prince Charles Bonaparte fait observer, en fixant la nomenclature vulgaire de ce pois- son , que dans une partie de Rome on le nomme Pcii^liglia, et dans l'autre Rovella; dénomination que l'on retrouve à Viterbe. Dans le royaume de Naples le nom change enRuvellaj, et à Terni on dit Rosciola. Tous ces noms expriment la couleur rosée de cette espèce. Z/Able de Gêné. (Leuciscus Genei, Ch. Bon.) M. le prince Charles Bonaparte a dédié à M. Gêné, zélé naturaliste de Turin, un able dont on doit encore la découverte à M. Sa- vigny. Ce poisson a le corps alongé, la hauteur com- prise quatre fois et un cinquième dans la longueur totale; plus longue que la tête, dont le museau est obtus, la lèvre inférieure plus courte. Les dents pha- ryngiennes sur un seul rang, et des cinq, les deux premières seules sont crénelées , les autres sont un peu courbées. 1 GO LIVRE XVin. CYPRINOÏDES. D. 11; A. 11. Le dos est vert foncé; à l'aisselle de la pectorale il y a une tache d'un rouge de minium vif; les na- geoires sont transparentes. MM. Ricketts et Pentland ont rapporté aussi ce poisson du lac de Corne, et nous Vont donné sous la dénomination vulgaire de Tru- glia. Nous en possédons d'autres exemplaires des mêmes eaux, envoyés par M. Major de Lausanne, et qui portent pour nom vulgaire celui de Trollo. Quand ce poisson est déco- loré par l'action de l'alcool, on retrouve tou- jours la tache de l'aisselle, qui est devenue noirâtre. Z/Able jesse. {Leuciscus Jeses, nob. ; Çyprinus Jeses, Linn. , Bl . , 6.) Nous ne trouvons pas, dans les eaux de la Seine , un able qui commence à se montrer dans celles de la Somme, et qui est ensuite un des poissons les plus communs des eaux douces du nord et de l'est de l'Allemagne : c'est le cypr. Jeses, figuré par Bloch , pi. 6. Il ressemble assez au gardon par sa forme générale; mais ses écailles, plus petites et plus nombreuses, ses dents pharyngiennes sur deux rangs, l'en distinguent très -nettement, et d'autres caractères de détails viennent se joindre a ceux-ci. CIIAP. XIII. ABLES. 161 Le corps est assez large; sa hauteur est comprise quatre fois dans Ja longueur totale; la tête y est cinq fois et un tiers. L'œil est de grandeur moyenne; la nuque est courte; le museau, quoique gros, n'a- vance pas autant sur la mâchoire inférieure que celui du gardon; la bouche est plus fendue; l'anale est plus courte et plus haute; la pectorale est large. D. 10; A. 14, etc. Les dents pharyngiennes ont la pointe crochue : elles sont au nombre de quatre sur le rang externe, et de trois plus petites sur l'interne. Cependant Bloch en indique huit. Je compte cinquante-cinq à soixante rangées d'écaillés le long du corps, et seize dans la hauteur ; la ligne latérale est tracée sur la dixième rangée. Les écailles sont bien striées. Ce poisson a le dos vert, les côtés verdatres à reflets argentés, qui passent sur le blanc du ventre. Pendant que j'étais à Berlin, en Octobre et Novembre, j'ai toujours vu la dorsale, la pectorale et la caudale brunes, mêlées de légères teintes rougeâtres; les ven- trales et l'anale étaient d'un rouge tirant au vineux. Les joues sont dorées et couvertes de petits points noirs sur le préopercule; une semblable coloration est répandue sur l'iris de l'oeil. Je trouve des couleurs entièrement semblables jusques dans les détails de l'œil et des opercules, sur un dessin que mon ami, M. Àgassiz, m'a com- muniqué; mais j'ai sous les yeux un second dessin de lui, sur lequel il a représenté le poisson pendant le temps de la ponte ou en habit de noces. Cet ha- bile ichthyologiste fait représenter toutes les nageoires 17. 11 4 62 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. en brun rougeâtre foncé , et le dessus du corps plus vert. Ces couleurs ressemblent plus à celles de la figure de Bloch que celles indiquées dans une des- cription faite sur les poissons encore vivants et que j'étudiais à Berlin. Voici les observations anatomiques que j'ai faites sur ce poisson. Le lobe droit du foie est triangulaire alongé, di- visé profondément en deux lobules, dont le plus gros est placé presque entièrement sur les intestins au-dessous des ovaires. Il est trièdre, et chacune de ses faces est concave. Le second lobule est étroit, plus alongé, et courbé sous les intestins entre le premier repli du canal. Le lobe gauche est plus petit, plus court, d'une forme quadrilatère irrégu- lière, non divisé et rattaché par sa partie postérieure au lobe droit, sur les intestins, de façon qu'ils sont comme entourés par le foie. La vésicule du liel est peu grosse et placée dans la bifurcation du lobe droit sous le lobule supé- rieur. Elle est pleine d'une bile verte, qu'elle verse dans le haut du canal digestif, non loin du dia- phragme, par un canal si court qu'il est presque nul. L'ouverture dans le canal est capillaire. L'œsophage ne se dilate pas du tout pour former une sorte d'estomac. Il se rétrécit même assez subi- tement, et arrivé aux trois quarts de la longueur de l'abdomen, il se courbe, remonte sous le diaphragme, où il se replie de nouveau pour se rendre à l'anus, toujours en diminuant de largeur. CHAP. XIII. ABLES. 165 Je n'ai trouvé aucune valvule, ni étranglement dans toute sa longueur. Sa velouté est très -épaisse et composée de villosités très -courtes et serrées comme du velours fin. La rate est très-alongée, cachée sous le lobe gau- che du foie. Elle est trièdre et chacune de ses faces est concave. Sa couleur est d'un rouge vif. Les ovaires d'une femelle que j'ai ouverte au mois de Novembre, étaient remplis d'œufs assez gros, très- développés, disposés par grandes houppes dans le sac comme à l'ordinaire. La vessie natatoire était semblable à celle de la carpe, seulement le canal pneumatophore, en s'ou- vrant dans l'œsophage sous le diaphragme, ne se dilatait pas en un bouton à beaucoup près aussi gros. A peine même peut- on dire qu'il y en ait. Les reins sont semblables à ceux de nos cyprins, très-gros antérieurement, et élargis au tiers antérieur de leur longueur le long des côtes. Ils vont ensuite jusques auprès de l'anus, sous la forme d'un ruban peu large. Ils se dilatent un peu avant de débou- cher dans la vessie urinaire, qui est petite dans cette espèce. Je n'ai rien trouvé dans le canal alimen- taire que quelques distomes (?) attachés dans la crosse du second pli. Chez les nombreux individus soumis à mes observations, j'ai vu la taille atteindre à quinze ou même à dix -huit pouces. Outre ceux de la Sprée, j'en ai encore pris 1G4 LIVRE XV11I. CYPRINOÏDES. dans la Somme et à Gand , dans les rivières qui se jettent dans l'Escaut. MM. Nitsch et Tinnemann nous l'ont envoyé de l'Elbe; M. le marquis de Bonnay, du Danube; S. A. I. la grande-duchesse Hélène, des eaux de la Rus- sie; MM. Humboldt et Ehrenberg Tout rap- porté de la Sibérie orientale. Je l'ai aussi des eaux de la Crimée. M. Nordmann en a donné deux exemplaires au Cabinet du Roi. L'histoire et la synonymie dune espèce aussi répandue n'est pas cependant facile à établir, à cause de la confusion qui a été faite des noms de ce poisson avec celui de quel- ques espèces voisines. Pour se le représenter, on peut dire que c'est un gardon (cjpr. rutihis) à tête large et grosse, ou un chevaine (cypr. dobulci) à t corps élargi. Si Gesner 1 a parlé du Jeses, il faut avouer qu'il en a laissé une bien médiocre figure. Elle lui avait été envoyée par un médecin de Vienne, et sous le nom que nous retrou- vons dans Marsigli; comme il y ajoute ceux que lui donnent quelques riverains de l'Oder, nous ne pouvons hésiter à reconnaître que ce passage de Gesner soit le premier indice de 1. Gesn.j Parai. C. } [>. 9. CHAP. XIII. ABLES. 4 Gï> notre poisson. Aldrovande' 1 n'a fait que copier Gesner. Il ne faut pas d ailleurs rapporter à notre poisson, comme Font fait quelques au- teurs, le cephalus fluviatilis de Rondelet. Ges- ner l'en distingue, avec raison, sous le nom de capito fluviatilis cceruleus, dans la no- menclature allemande qu'il applique à notre poisson, ce sont les noms de Jentling ou de Bratfisch, pour les pécheurs du Danube; de Jesis, ou Jésus y ou Jese sur l'Oder. On retrouve cette même nomenclature dans Schwenckfeld 2 , qui s'en est rapporté à Gesner pour les noms viennois. Le nom de Alandt , de son temps, était, d'après lui, donné au cypr. dobula. Il est cité comme un poisson abondant dans l'Oder, ses alïluens et quelques lacs. Il fraie en Avril, se nourrit de vermisseaux, devient excellent en Mai; sa chair prend une couleur jaune à cause de son excès de graisse. Ainsi engraissé, il est moins facile à digérer : on le préfère rôti à être bouilli, et on le prépare avec du jus au safran. Willughby 3 avait reçu son Jeses d'Alle- magne; il en donne une assez bonne descrip- 1. Aldrov., De pisc, p. 6o3. 2. Scliwenckf. , Therioir. , p. 423. 3. Willughby, p. 256. 466 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. tion ? et ajoute aux noms de Gesner, ceux de Scheerte, ou de Schead, ou de Scheat , que je ne retrouve pas cités comme appartenant à ce poisson. D'ailleurs il copie Schwenckfeld pour ce qu'il ajoute des mœurs de notre pois- son. Il n'en donne pas d'ailleurs de figures. On voit, par ces citations détaillées, que j'appelle de nouveau l'attention sur la diffi- culté d'appliquer à toutes ces espèces une nomenclature vulgaire quelque peu certaine. Le comte Marsigli 1 ne nous a pas laissé une bonne figure de cette espèce; il reproduit les mêmes noms que Gesner, mais en obser- vant que le nom de Bratfisch se donne aux adultes, et celui de Gentling aux jeunes; que les adultes ont les nageoires inférieures brunes pendant l'hiver, et rougeâtres pendant le temps du frai, ce qui est le contraire de ce que j'ai trouvé dans les notes de M. Agassiz , que les jeunes ont les nageoires rougeâtres pendant toute l'année, et enfin, ce qui est curieux, par l'extension que cette observation va ajou- ter aux faits déjà recueillis, que les écailles de- viennent âpres, c'est-à-dire, qu'elles se cou- vrent de tubercules pendant le temps du frai. Nous arrivons maintenant à l'époque d'Ar- 1. Mais., Danub. , t. IV, p. 53, pi. 18, fig. î. CHAP. XIII. ABLES. 4 07 tedi 1 , qui a, d'après Gesner et Willughby , in- troduit cette espèce dans sa Synonymie, d'où elle prend rang dans le Systema naturœ sous le nom de cyprinus Jeses. L'espèce jusqu'a- lors était bien arrêtée, sa synonymie scienti- fique n'offrait pas d'incertitude, lorsque Bloch est venu tout gâter. Cet auteur devait bien connaître notre poisson dit XAland. C'est, en effet, une des espèces les plus abondantes sur le marché de Berlin : je l'y ai vue tous les jours, et je ne lui ai jamais entendu donner d'autres noms allemands. La figure de la grande Ichthyologie est très-reconnaissable, je ne lui trouve que quelques variations dans les cou- leurs. Mais Bloch s'est trompé quand il l'a pris pour le meunier de France et de Duhamel, pour le cephalus de Rondelet, et quand, sans aucune apparence d'incertitude, il ajoute à ces synonymes celui de Leske. Cet auteur 2 a complètement embrouillé la synonymie de son cyprinus dobula, comme de son cyprinus Jeses; on voit qu'il n'a pas su reconnaître les deux espèces de Linné, et qu'il a par suite tout confondu. Ainsi il fait le cyprinus Jeses et le cyprinus dobula, de 1. Arl., Syn., p. 7, n.° n. 2. Ichtk. llps., p. 34 et suiv. 168 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Linné, synonymes l'un de l'autre; puis il rap- porte à son cypr. dobula la figure de Klein ', qui ne peut appartenir ni à l'un ni à l'autre de ces cyprins. Il y ajoute la figure de Sal- viani, qui est encore dune autre espèce, et cite entre les deux la planche de Marsigli; et puis l'on voit citée, sous cyprinus Jeses, la planche 4 du même ouvrage de Marsigli, qui ne peut lui appartenir. Les noms vulgaires sont rapportés avec aussi peu de critique que les citations des auteurs; c'est là une des causes des confusions qui se sont reproduites successivement dans les différens ouvrages des naturalistes, jusques et compris le Règne ani- mal de Cuvier, qui a donné pour synonyme au chevaine de la Seine le cyprinus Jeses de Bloch. Je retrouve le nom iïAlandt rapporté avec raison au cypr. Jeses par Siemssen 2 , et les caractères donnés par cet auteur ne laissent pas de doute sur l'exactitude de ce rapport. Cependant Wulff 3 a confondu a tort XA- landt et le Dôbel sous le nom de dobula. L'espèce descend lElbe jusqu'à Hambourg; 1. Miss. V, lab. 17, fig. 2. 2. Die Fische von Morho , p. 70, n.° io. 3. Wulff, hkth. Boruss., p. 45, n.° 58. CUAP. XIII. ABLES. 169 j'en ai la preuve dans le catalogue des pois- sons, envoyé à M. Cuvier par S. A. R. le prince royal de Danemark. Mais cette espèce ne s'avance pas vers le Ncrd autant que les autres cyprins j car au- cune Faune septentrionale n'en fait mention. Linné, Muiler, Fries, Ekstrom et Nilsson se taisent à son sujet. 11 me paraît probable que XAlat du lac de Constance, cité dans l'ouvrage de M. Nenning *, doit être rapporté à notre leuciscus Jeses , quoique l'auteur ait nommé cette espèce cy- prinus cephalus. S'il a voulu le rapporter à l'espèce ainsi dénommée par Linné, nous ver- rons bientôt qu'il a eu tort; car ce cyprinus cephalus est, dans Artedi, un composé de plusieurs espèces, et dans Linné un autre composé de poissons de genres différens. Je ne sais pas, cependant, si notre poisson est commun en Suisse; car je ne le trouve pas cité dans Hartmann, et si M. de Jurine a un cypr. Jeses, il me parait bien évident qu'il a appelé de ce nom les individus qui appar- tiennent au cypr. dobula. L'espèce se trouve dans le Rhin, et je crois qu'il faut lui rapporter le poisson peint dans 1. Fische des Bodensees , p. 27, n. n 20. \ 70 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Baldner sous le nom de ein Furn, dont les deux représentations nous le font voir avec les couleurs de la saison du frai, et avec celle de la saison hivernale. Nous avons déjà ob- servé que ce nom de Furn est affecté par M. Nenning au cyprinus erytlirophthalmus. M. Reisinger 1 a vu aussi le Jeses dans les eaux de la Hongrie et du Danube, et quoi- que je ne puisse citer les ouvrages de Pallas et de M. Nordmann pour cette espèce, je crois que l'espèce s'y trouve et que ces auteurs l'ont confondue avec les cyprins qui lui res- semblent, comme le cypr. iclus, cypr. dobula, etc. Je ne donne cela cependant que comme une simple conjecture. Notre poisson est-il un des cyprins de l'An- gleterre, est-ce le Chub de Pennant et autres ichthyologistes? En consultant M. Yarell, je ne puis avoir de doute que le Chub 9 , dont il a donné une excellente figure, ne soit le cypr. Jeses. En partant de cette détermination, on ne peut hésiter de répondre affirmativement à la question que nous venons de nous poser; mais il faut aussi avouer que les détermina- tions des zoologistes de ce pays ont toutes 1. Reisinger, Ichth. Hung. , p. 62, n.° 10. '2. Yarell, Engl. fish. , p. 558. CHAP. XIII. ABLES. '171 été plus ou moins erronées , parce qu'ils ont copié Pennant 1 ; donc la synonymie est en- tièrement fautive. Si Donovan 9 a reconnu le cyprinus Jeses de Bloch et de Linné, il n'en a pas donné une figure aussi exacte que le sont généralement celles de son ouvrage. C'est bien le cyprinus Jeses de Turtorr, qui lui attribue quatorze rayons à l'anale et qui ne cite que Pennant, quoique celui-ci ne compte que onze rayons à cette nageoire. MM. Flemming 4 , Jennyns 5 , et même M. Yarell se sont trompés quand ils ont préféré le nom de cypr. cephalus à celui de cypr. Jeses pour leur chub; car ils n'ont pas fait attention que le cypr. cephalus de Linné est un assemblage de la dixième espèce de cyprins d'Artedi, laquelle est une réunion de plusieurs espèces d'Europe diffé- rentes, et d'un erythrinus, ainsi que le prou- vent la citation du Musée du prince Adolphe- Frédéric. Voilà ce que Bloch aurait dû si- gnaler, au lieu de discuter sur la forme de la caudale ou le nombre des rayons de l'anale ; ce qui a dans ce cas bien moins d'importance. 1. Penn., Brit. ZooL, III, p. 5i3. 2. Don., Brit.fish., pi. 95. 3. Turt., Brit. Faun. , p. 100, n.° 124. 4. Flemm., An. Kingd., p. 187, n.° 64. 5. Jeun., Vert, an., p. 4 ll > n «° 9 2 « \ 72 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Ce poisson fraie en Avril, et lâche son frai plus ou moins promptement, selon les varia- tions de température. On évalue a plus de cent mille le nombre des oeufs qu'il pond. Tous les auteurs s'accordent à dire que sa chair, difficile a digérer, devient jaune après avoir été cuite. Suivant le comte Marsigli, il se couvre d'as- pérités à l'époque du frai. Bloch ajoute bien la dénomination de Alandtel de quelques autres, prises dans les divers auteurs consultés par lui, ou d'autres noms allemands, comme ceux de Gœse, de Giebely mais comme l'espèce est souvent con- fondue avec le cypr. dobula, je crois qu'il est assez difficile d'établir une synonymie vul- gaire de cette espèce. Du Chevaine ou Meunier. (Leuciscus dobula, nob.j Cypr. dob., Linn., Bloch.) Le poisson décrit dans l'article précédent nous conduit à celui dont nous allons traiter, et qui vit dans les eaux de nos environs en commun avec le rotengle et le gardon. 11 tient du précédent par la largeur de sa tête, en même temps que son corps, étroit et alongé, nous donne les formes de la vandoise. CHAP. XIII. MEUNIERS, 175 La confusion qui existe clans la nomencla- ture vulgaire et dans la synonymie scienti- fique rend son histoire assez difficile, et il est presque impossible de se tirer de la confusion que les auteurs y ont introduite; mais, avant de chercher quels sont les auteurs qui en ont parle d'une manière reconnaissable, nous al- lons en donner une description détaillée faite d'après des individus frais ou vivans, et bien comparés entre eux. Ce cyprin a le dos et le ventre arrondis, les côtés sont méplats, et le corps est alongé. Sa hauteur est le cinquième de sa longueur- son épaisseur à peu près la moitié de la hauteur. La têle est courte; le museau gros et obtus: le front, large et aplati, fait d'abord reconnaître le meu- nier. La longueur de la tête est le cinquième de la longueur totale. La distance du bout du museau au bord postérieur de l'orbite, est la moitié de la longueur de la tête. L'œil est médiocre, arrondi; la longueur du dia- mètre est contenue cinq fois et demie dans celle de la têle. La distance entre les deux yeux fait à peu près la moitié de la longueur de la têle. La première pièce du sous-orbitaire est presque carrée; son bord supérieur est échancré en crois- sant; l'antérieur et l'inférieur sont arrondis, et le postérieur est droit. La seconde pièce du sous-orbi- taire est étroite et en croissant; la troisième est faite 1 74 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. de même, mais elle est un peu plus grande; la qua- trième est la plus grande de toutes : elle est irrégu- lièrement carrée; son bord antérieur suit le contour de l'œil ; le supérieur est droit; le postérieur est très-grand et arrondi, et l'inférieur, le plus pelit de tous, est en croissant. Le préopercule est grand et couvert d'un grand muscle très-épais. L'opercule est petit, à peu près triangulaire; le sous-opercule est long et médiocrement étroit; lin- teropercule est petit. Les deux ouvertures de la narine sont auprès de l'œil dans le croissant de la première pièce de son orbitaire; l'antérieure est ronde et plus petite que la postérieure, qui est ovale. La mâchoire supérieure est plus longue que l'in- férieure; les lèvres sont médiocrement épaisses; l'ou- verture des ouïes est assez grande; les trois rayons de la membrane branchiostège sont larges et aplatis; les deux branches de la mâchoire inférieure sont écartées l'une de l'autre. Toute cette disposition des différentes pièces de la tête concourt à lui donner la forme arrondie qui la caractérise. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs ; elles sont coniques, courbées; le rang externe ou in- férieur en a cinq, et l'interne ou supérieur trois. Le bord membraneux de l'opercule est assez large. La dorsale naît plus en arrière que la moitié de la longueur du corps. Sa longueur ne fait que les deux tiers de sa hauteur, et le dernier rayon est près de moitié plus court que le troisième, qui est le plus CHAP. XIII. MEUNIERS. 175 long. Elle a dix rayons, dont les deux premiers sont simples, et les deux autres rameux : le premier est très-court. L'anus s'ouvre en arrière des trois cinquièmes de la longueur totale. L'anale, qui commence immé- diatement après lui, est courte, mais haute : elle a onze rayons, dont les deux premiers, simples, sont accolés au troisième, de manière à pouvoir être fa- cilement considéré comme un seul rayon : ce qui justifie Willughby et Artedi, qui n'ont compté que neuf rayons à la nageoire de leur poisson. La dis- tance de la fin de l'anale au commencement de la caudale est moins du cinquième de la longueur to- tale. La hauteur de la queue est plus grande que le tiers de celle du corps. La caudale est en croissant, peu profondément échancrée. La longueur du plus grand rayon égale celle de la queue, mesurée de la fin de l'anale à la caudale: elle a dix-huit rayons, et quatre à cinq en dessus et en dessous. La pectorale est petite, attachée près de la gorge; sa forme est arrondie; elle a seize rayons: elle n'a point d'écaillés particulières dans l'aisselle. Les ventrales s'insèrent sous le commencement de la dorsale; elles sont rondes; ont neuf rayons. B. 3; D. 10; A. 11; G. 22; P. 16; V. 9. Il y a une petite écaille pointue dans leur aisselle. Les écailles du chevaine sont assez grandes. Il y en a quarante-cinq dans la longueur et dix dans la hauteur. Leur partie nue est marquée de quatre à cinq stries, qui partent, en rayonnant, du centre de \ 7C) LIVRE XVIII. CYPRINOlDES. l'écaillé vers le bord. Arrachées, elles offrent la même configuration et les mômes stries que les écailles de la plupart des ables. La ligne latérale est courbe ; elle est formée d'une série de petits points; chacun relève sur une écaille : elle est tracée sur la moitié inférieure de la hauteur du poisson. Le dos du chevaine est verdàtre à reflets argentés; les côtés sont gris à reflets argentés; le ventre est d'un beau blanc d'argent; le dessous de la gorge est d'un blanc mat. Chaque écaille a, près du bord qui la recouvre, une ligne verdàtre assez foncée, qui, se joignant avec celles des écailles voisines, forme une sorte d'échiquier lozangique de lignes vertes, dont l'intensité est moindre vers la queue. Cette disposition de couleur n'existe pas sous le ventre. Ces bandes, plus brunes, sont formées par des points de pigment vert noirâtre serrés les uns contre les autres. La dorsale est d'un vert assez foncé, le bord étant teinté de noirâtre; la caudale est noirâtre mêlée de vert; les pectorales sont d'un gris verdàtre avec une légère teinte couleur de chair; l'anale et les ventrales sont couleur de chair. L'iris de l'œil est argenté , à reflet doré sur la partie supérieure. Le préopercule est argenté ; l'opercule est doré. Pendant le temps du frai les couleurs des nageoires de l'adulte deviennent plus vives : celles des jeunes individus restent toujours blanches. Le foie du chevaine est plus gros que dans la plupart des autres ables. 11 occupe en longueur CIIAP. XIII. ABLES. 177 près des trois quarts de l'abdomen. Le lobe droit est trièdre, un peu moins long que le gauche. Il se rattache vers le diaphragme à ce lobe gauche par trois lobules transverses. Le lobe gauche est divisé en deux lobules principaux : un, long, sans divi- sion, qui est situé dans la partie moyenne du corps entre les deux replis de l'intestin ; l'autre lobule, le plus long de tous, est aussi le plus gros. Vers le milieu de sa longueur il présente un trou ovale grand, à travers lequel on aperçoit la vésicule bi- liaire. Vers la région supérieure il y a un petit lobule qui réunit les deux lobes du foie. La vési- cule du fiel est très-grosse; elle est ovoïde, remplie d'une bile d'un vert très-foncé; le foie est rouge pâle; le canal cholédoque est gros et court; il s'ouvre vers la partie supérieure de l'œsophage. La rate est alongée, trièdre, rejetée vers la partie postérieure du lobe droit ; elle est d'un rouge san- guin pâle; sa grosseur est médiocre; le canal intes- tinal se replie deux fois, comme à l'ordinaire, dans les cyprins. Son diamètre diminue graduellement de l'œsophage à l'anus. A l'intérieur la velouté est jau- nâtre, ses papilles sont très-fines, et il n'y a aucune valvule intérieure : le rectum est garni de plis lon- gitudinaux assez gros. La vessie aérienne et son canal sont comme à l'ordinaire dans les ables. Les ovaires s'ouvrent derrière le rectum : ce sont deux grands sacs pleins d'œufs très-petits. Les reins sont comme à l'ordinaire dans les ables. Les uretères sont très-courts ou presque nuls, et la 17. 12 'I 78 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. vessie urinaire est assez grande, tronquée antérieu- rement, et se terminant en pointe qui donne der- rière l'ouverture des ovaires. Le canal intestinal était rempli d'échinorhynques, plats, du plus bel orangé. Sur le squelette je compte quarante vertèbres , après les trois qui constituent la grande vertèbre. Il y a dix -huit côtes. Les os de la tête n'offrent rien de particulier que l'on ne voit à travers les tégu- mens, tels que je les ai décrits dans les formes exté- rieures. Tel est le chevaine ou le meunier de la Seine. J'ai fait cette description sur les indi- vidus vivans, et sur l'un des plus grands que j'aie vus : il a été péché à Bougival. Il est long de dix- neuf pouces. Outre les meuniers ou chevaines que nous avons si souvent péchés dans la Seine, nous avons encore réuni dans le Cabinet du Roi des individus venus du Rhin, par M. Hammer, de Strasbourg} du lac de Genève, par M. De Candolle; du lac de Zug, par M. Major \ de l'Elbe, par M. Tinnemann; de Dresde, de la Sprée et du lac de Tegel. Notre chevaine de la Seine a été, je crois, connu d'Artedi ; mais d'ailleurs la confusion que les auteurs ont faite du cypr. Jeses et du cypr. dobula est si grande, qu'il devient dif- ficile de mieux établir aujourd'hui la syno- CI1ÀP. XIII. ABLES. 179 nymie de cette espèce que celle de la pré- cédente. Je crois que l'on doit rapporter à notre chevaine le capito jliwiatilis de Rondelet 1 , et par conséquent les reproductions que Gesner 2 et Aldrovande 3 en ont faites. Schonevelde 4 a réservé les noms allemands de Hàseling à son squalus minor, mais il a mêlé plusieurs traits de l'histoire de cette espèce avec son squalus major y ce qui fait que les deux articles de cet auteur comprennent à la fois, et sans une distinction bien tranchée, l'espèce précédente et celle-ci. C'est évidemment le Schnotfisch de Baldner; par conséquent il faut aussi lai rapporter le mugil Jluviatilis 5 de Willugby. Ces premiers rapprochemens établissent donc que le cyprinus n.° 1 7 des synonymies d'Ar- tedi, est bien notre poisson; ou, ce qui re- vient au même , le cyprinus dobula de Linné, qui ne repose pas sur d'autres; mais il faut bien aussi remarquer que sous le cyprinus n.° 10 de la synonymie, Artedi a cité plusieurs passages qui se rapportent à notre poisson, en même temps qu'en suivant les erreurs de 1. De pisc. fluç. , p. 190, ch. XV. — 2. Gesner, p. 182. 3. Aldrov., p. 6o3. — 4. Schonev. ? p. 446. 5. Will., De pisc., p. 261. \ 80 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Willughby, il y plaçait plusieurs traits de l'es- pèce précédente. Ces observations expliquent comment un des poissons les plus abondans dans toute l'Europe, a été confondu avec un autre très-commun dans toute l'Allemagne et l'Angleterre, et comment, par une consé- quence naturelle, les deux espèces ont été incertaines dans le Sjstema naturœ. Il vaut mieux, toutefois, prendre pour noire poisson, comme l'a fait Bloch , le cjprinus dobula de Linné, mais en n'oubliant pas que l'ichthyologiste de Berlin donne une nomen- clature vulgaire tout-à-fait fausse ou arbitrai- rement assignée à ces ables. Le comte Marsigli ' en a donné une bonne ligure sous le nom de Alt. C'est aussi lui que Leske* a décrit sous le nom de cypr. Jeses; mais Siemssen 3 rend avec raison le vrai nom linnéen à son Dôbel ou Hàseling. Bloch, qui avait transporté le nom de meu- nier au cypr. Jeses, a francisé le nom alle- mand ou latin de ce poisson, pour intituler son article du nom de dobule, qui est inconnu à tous nos pécheurs. La figure qu'il en donne t. Mars., dans le t. IV, pi. 4? %■ !• 2. Ichlh. Lips., p. 58,n.° 6. 3. Fisch. Meckl.f p. j3, n.° 6. CHAP. XIII. ABLES. \ 81 et les principaux traits de son histoire, sont bien tracés dans cet ouvrage. Cependant comme il ne lui compte que quinze côtes, tandis que j'en ai trouvé dix- huit dans nos individus de la Seine, où. nous n'avons certes pas le Alandt ou le cypr. Jeses. De même que la précédente, cette espèce ne paraît se porter très -avant vers le nord. Ainsi ni Ek- strôm ni Linné ne la citent dans leurs Faunes; cependant M. Nilsson a un cyprinus dobula l , mais comme il lui compte douze rayons à la dorsale et à l'anale, je ne suis pas très-sûr qu'il soit réellement de notre espèce. C'est le Dick- Kopp des pêcheurs de Gothenbourg. Il ne serait pas impossible que le poisson de l'au- teur suédois ne soit du cyprinus Jeses. Je le trouve aussi dans le Prodromus zoo- logice danicœ de Muller, mais avec dix rayons seulement à la dorsale. Notre poisson doit être aussi fort rare en Angleterre; car M. Yarell 2 paraît être le pre- mier auteur récent qui ait trouvé cette espèce dans la Grande-Bretagne, encore n'en a-t-il rencontré qu'un seul exemplaire en péchant dans la Tamise en 1811, au-dessous de Wool- 1. Nils. , Prod. ichth. Scand. , p. 26^ n.° 1. 2. Yarell, Brit. fish., p. 346. 4 82 LIVRE XVIÏÏ. CYPRINOÏDES. wich. La figure que cet habile zoologiste en a publiée est fort bonne et très-reconnaissable. C'est d'après lui que M. Jennyns 1 en fait men- tion dans son Histoire des animaux vertébrés d'Angleterre; mais ni Flemming, ni Turton, ni Donovan, ni Pennant ne le distinguent: je crois que ce dernier zoologiste l'a confondu avec le Chub. Mais ce poisson suit vers l'est le Danube; car M. Reisinger le compte parmi ceux de son Ichthyologie de Hongrie, et Pallas l'a aussi inscrit dans son Fauna rosso-asiatica, mais cet auteur ne le trouve que dans les fleuves de la Russie tempérée et près de Novogorod. M. Reisinger dit que le cyprinus grislagine n'est autre que le jeune du chevaine; et en cela je crois qu'il se trompe. Bloch donne un grand nombre de variétés de noms allemands , qui ont presque tous l'expression de Dôbel pour racine ; on l'appelle aussi Hâseling en Autriche; il l'appelle, sui- vant Marsigli, Alt; en Russie, selon Pallas, c'est Golowl ou Golowen, ou encore Golubel, et les Tartares disent Bertas. Il faut rapporter à ce poisson les noms fran- çais de Chevaine y de Test ar cl et autres, tirés 1. Vert, an. , p. 409. n.° 89. CIIÀP. XIII. AI3LES. 485 de Duhamel, et attribués par Bloch à son cyprin lis Jeses. La nourriture du chevaine consiste en graines, en détritus de végétaux, et aussi en diverses substances animales. Il attaque les vers, les sangsues, les limaces et les insectes aquatiques. Il fraie au printemps, un peu avant le bar- beau, et est un des cyprins les moins proli- fiques; car on n'estime sa ponte qu'à vingt- cinq ou trente mille œufs, déposés ordinaire- ment sur les cailloux et le gravier, peu recou- verts d'une eau très-courante. Vers l'automne, le poisson se retire dans les eaux très-profon- des: il séjourne dans ces grands trous pendant tout l'hiver, et ne reparaît qu'au mois de Mars vers la surface de l'eau. Aussi résiste-il difficilement à l'action de la forte chaleur, et par conséquent est-il difficile à conserver dans les viviers : il périt très- promptement dans les eaux qui baissent trop rapidement par l'action des chaleurs de l'été : il vient mourir sur les bords. Les phénomènes atmosphériques pendant l'été agissent fortement sur ce poisson. Ainsi je trouve dans les notes de Noël de la Mori- nière, le passage tiré de Stegmann 1 , que ceux 1. Stegmann, De fisc. morb. epid. , 586. 184 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. du lac Mansfeld périrent pour la plus grande partie dans une année, sans qu'on pût y porter remède. Des taches noirâtres ou vertes étaient répandues ça et là sur le corps, et il s'en exhalait une odeur fétide. Les médecins de Halle et de Isleby, chargés d'examiner les causes de ce phénomène, l'attribuèrent à une influence léthifère de l'air, qui était si grande, que la peau des pécheurs qui fréquentaient le lac, en était attaquée. Il ne faut pas d'ailleurs confondre ces cas maladifs accidentels avec les éruptions dont se couvrent les mâles à l'époque du frai, et qui sont communes à un si grand nombre d'ables; toutefois ces tubercules peuvent se développer tellement qu'ils prennent alors un caractère tout particulier. J'ai sous les yeux une représentation d'un chevaine péché dans le Lech le 6 Avril 1 786, et donné comme un poisson rare et extra- ordinaire dont aucun auteur n'avait encore parlé, et qui avait le corps couvert de cinq rangées de tubercules sail- lants, arrondis comme des perles de deux lignes de diamètre et hérissés d'une petite épine. Le nombre de tubercules était plus considérable sur la tête. Si le dessin est exact, le poisson était dans un état maladif- car le premier rayon de la dorsale est CHAP. XIII. ABLES. 4 $5 comme hypertrophié, à cause de sa grosseur et de ses dentelures des deux côtés. C'est évidemment un développement extra- ordinaire de l'affection épidermique des cy- prins pendant le temps du frai. Le chevaine est aussi sujet à des déforma- tions monstrueuses. J'en ai moi-même péché un dans la Seine près de Paris, le long des berges de l'ile Saint-Denis; par conséquent l'animal était devenu malade dans l'état de liberté et tout-à-fait sauvage. La partie supérieure de la face est seule défor- mée; mais la plus grande partie du crâne, le tronc, les nageoires et les écailles, n'offrent aucune espèce d'altération. L'œil est aussi grand que de coutume; la partie supérieure du cercle de l'orbite n'est pas altérée non plus, mais les pièces osseuses du sous- orbitaire, qui forment la demi- circonférence infé- . rieure, ont changé de grandeur relative; la narine, ses deux ouvertures et l'os nasal se présentent comme dans l'état normal, mais ici la fente de la bouche est tout autre que dans les poissons ordinaires, et en particulier dans l'espèce du meunier, et le rac- courcissement de la face rappelle ce que nous avons déjà décrit dans les carpes, sans que tous les mêmes os soient affectés. Voici en quoi consiste cette déviation des formes normales chez cet individu : L'extrémité antérieure et supérieure du museau est tout-à-fait obtuse, et la ligne du profil descend \ 8G LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. presque verticalement au-devant des yeux. Les deux branches de la mâchoire inférieure sont de longueur ordinaire; mais comme les sous-orbitaires antérieurs et le préopercule sont très- étroits de l'avant, par conséquent relevés plus qu'à l'ordinaire, l'articula- tion de la mâchoire l'est aussi , et alors les deux branches descendent obliquement et se portent en avant au-delà de la base de la portion supérieure de la face. Cette mâchoire fait donc ici saillie comme une sorte de bec ou de demi -bec, formé par la seule mandibule inférieure. Les lèvres qui couvrent les os sont rapprochées, réunies au bas de la ligne ver- ticale du profil, et ne laissent pour toute ouver- ture de la bouche qu'une simple fente longitudinale fort étroite entre les deux branches de la mâchoire inférieure. Cette déviation de la mandibule inférieure en entraîne la traction vers la base de l'os hyoïde, et de tous ses annexes ou connexes dans le poisson ; aussi la langue est-elle beaucoup abaissée, l'isthme de la gorge distendu, et les trois rayons de la mem- brane branchiostège écartés et non cachés par l'oper- cule. Que l'on ne croie pas que cette disposition soit l'effet de l'action de l'alkool. J'ai péché moi- même cet individu dans un verveux, et il était tel au moment où je l'ai tiré de l'eau. Telles sont les apparences extérieures du chevaine. En poursuivant les recherches par l'étude de lostéologie, on est d'abord frappé de l'absence complète CHAP. XIII. ABLES. 187 des os maxillaires supérieurs et intermaxillaires. On peut se rappeler que ces os existaient dans la mon- struosité de la carpe que nous avons décrite. Mais comme dans la carpe les frontaux antérieurs, l'eth- moïde, le voilier, le sphénoïde antérieur et posté- rieur et les os de la face qui s'y rattachent, les ptéry- "didiens et la caisse sont intéressés dans cette dévia- tion; tous ces os ont changé de forme; les frontaux, en se pliant au-devant de l'orbite, et les autres, en se raccourcissant. La cavité de la narine est plus petite, et l'os nasal est presque rudimentaire; l'os surcilier n'est pas altéré, mais le premier et le second sous- orbitaire sont aussi beaucoup plus petits. Le préo- percule, raccourci en avant, est plus renflé sur le coté, et le gonflement de la joue est surtout causé par l'agrandissement du triangle postérieur de l'inter- opercule; car la branche antérieure de cet os est plus courte. Ces détails ostéologiques me semblent une preuve évidente que cette déformation a été congéniale } qu'elle n'est pas le résultat d'une blessure faite, par exemple, par la voracité d'un autre poisson, qui aurait voulu dévorer celui-ci vers les premiers temps de sa naissance. Comme l'animal a cinq pouces neuf lignes de longueur, c'est donc un chevaine de trois ans au moins. Il était très- maigre. On peut en effet concevoir que la singulière construction de sa bouche lui ait rendu la préhension des 188 LIVRE XVIII. CYPRINOlDES. alimens difficile. Qu'un animal de cette taille, n'ayant pour orifice oral qu'une fente linéaire de trois lignes de long, a dû être très -gêné pour introduire dans son tube digestif la quantité d'alimens nécessaire à son existence. Mais il y a une autre fonction qui a du être encore bien plus gênée, c'est celle de la res- piration ; car non-seulement chaque inspira- tion faisait entrer peu d'eau dans l'appareil branchial, mais la distension de la membrane branchiostège et la mauvaise disposition de l'opercule devaient troubler le mécanisme res- piratoire du poisson. Cependant il remuait les ouïes et paraissait respirer comme les autres animaux de sa classe. J'ai examiné les viscères de cet individu, et ni l'appareil digestif ni la vessie aérienne ne m'ont offert aucune anomalie, aucune parti- cularité qui soit à noter. Je connais peu encore aujourd'hui les pois- sons de l'Espagne ; Cornide , qui a traité des poissons de Galice, ne dit que très -peu de chose des espèces d'eau douce de la pénin- sule. Il cite cependant un cyprinus ceplialus, que je regarde avec d'autant plus de vrai- semblance comme le chevaine, que dans une collection de quelques individus que le Mu- séum a reçu récemment d'Espagne , il s'y trouve CHAP. XIII. ABLES. 189 un très-petit poisson très-voisin du chevaine, si ce n est même un individu de cette espèce. Les variations que nous observons dans des poissons si voisins cependant les uns des au- tres, laissent quelques difficultés à déterminer le capito fluviatilis des anciens; celui dont Ausone a dit, dans son poème de la Moselle: Squameus herhosas Capho interlucet arenas^ Viscère prœtenero sartim congestus aristis. Il n'y a pas de doute que cela peut tout aussi bien s'appliquer au cfprinus Jeses qu'au chevaine. Il me semble qu'il est inutile de s'appesantir sur ce sujet. Parmi les ables ou poissons blancs de l'Italie , il en est quelques-uns de très-voisins de nos chevaines du nord de l'Europe. Parmi elles, il en est une qui porte aujourd'hui à Rome le nom de squalo, et dans laquelle M. le prince Charles Bonaparte a cru pouvoir retrouver le véritable squalus de Varron et de Columelle, et cette espèce ou l'une de celles qui en sont très-voisines, ont été représentées par Sal- viani, et puis confondues par presque tous les naturalistes avec notre chevaine, sans en excepter Artedi et Linné; car en analysant, 1 90 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. comme je l'ai fait, ce qui se rapporte au cypr. dobula, on voit bien que l'espèce est indiquée deux fois dans la synonymie. Le travail du prince Bonaparte a éclairé cette partie de l'ichtbyologie, en représentant ces diverses espèces, qui d'ailleurs sont telle- ment voisines, qu'il en sera de mon travail sur les cyprins d'Europe comme de celui sur les espèces du genre mugil. Les distinguera^ t-on bien à l'aide de ces descriptions, à l'aide même des bonnes figures de l'ouvrage que je cite, ou faudra- t-il avoir constamment recours à la nature pour déterminer ces diverses es- pèces ? C'est un aveu un peu pénible pour un auteur, mais je le crois utile pour faire connaître la vérité. Je pense que le recours aux collections bien étiquetées sera toujours nécessaire : les descriptions qui vont suivre sont faites sur nature , et pour ne pas les embrouiller de doutes que les passages des auteurs pourraient laisser, j'ai cru devoir rapporter ces peu de mots sur le squalus des anciens, dans lin article à part, pour ne plus parler que des objets même réunis dans nos collections. CHAP. XIII. ABLES. 101 Z/Able SOUALO. (Leuciscus squalius, nob;; Squalius liberinus , Ch. Bon.) On trouve en Italie un able très-voisin de notre chevaine, mais qui cependant en est différent. Il a la tête plus longue; le museau plus aigu; la bouche plus fendue; la pointe de la mâchoire plus saillante. La tête, du cinquième de la longueur totale, comprend l'œil cinq fois. Les dents pharyngiennes sur deux rangs, dente- lées et très-semblables, en un mot, au leuciscus ery- throphthalrnus. La dorsale et l'anale assez sembla- bles, coupées carrément; la caudale peu fourchue. Les nombres sont les mêmes. D. 10; A. 11, etc. Les écailles assez grandes, peu striées; quarante- cinq rangées couvrent les côtes; sept au-dessus de la ligne latérale, et deux au-dessous. La couleur est un vert doré assez uniforme, cepen- dant plus foncé sur le dos. La dorsale est plus claire que la caudale; les autres nageoires ont quelques teintes rougeâtres mêlées dans leur couleur vert- clair. Nos individus sont longs de huit pouces. 192 LIVRE XVIII. CYPP.INOÏDES. Nous les devons à M. Savi , qui nous les a adressés sous le nom de Lasca, et qui ne dif- férent point de ceux que nous tenons étique- tés de la main du prince Charles Bonaparte de Mussignano. Le bel ouvrage de la Faune italienne en représente une seconde variété, où le ventre est plus argenté, et dont les nageoires anale, pectorale et ventrale sont rosées; il y a du rose sous le menton et le long des flancs, pour désigner les reflets irisés en rose de ce poisson. On le trouve dans le Tibre et dans l'Arno : sa chair est peu estimée. Il atteint jusqu'à trois livres de poids. Les dénominations romaines sont squale, squalo ou squaglio; mais on lui donne aussi en Toscane le nom de lasca; à Viterbe celui de cavenoro, et enfin celui de jiassaro. Z/Able albain. (Leuciscus albus s Ch. Bon.) Le même savant zoologiste a établi, sous le nom indiqué dans cet article, une espèce d'able voisine des précédentes. Ce poisson a la bouche assez fendue; la mâchoire inférieure un peu plus longue que la supérieure; le museau déprimé et comme en coin ; l'œil assez grand , CHAP. XIII. ABLES. 195 doré; son diamètre n'est pas cependant le quart de la longueur de la tête, comprise quatre fois et un tiers dans la longueur totale. La hauteur du tronc n'a pas tout- à-fait cette proportion. La dorsale et l'anale sont assez semblables. D. 10; A. 11, etc. Les écailles, assez grandes, au nombre de quarante environ dans la longueur; la couleur est argentée, avec quelques teintes grises sur le dos; la caudale est plus foncée; le squelette a quarante-deux vertè- bres et dix -sept paires de côtes. Nous devons le seul exemplaire de cette espèce que j'aie vu, au prince Charles Bona- parte de Mussignano. L'individu est long de huit pouces et demi. Mais cet auteur en cite de la taille de douze pouces. Le poids est généralement de trois livres : on en voit cependant de six. La chair est insipide et peu estimée. Z/Able rubelion. {Leuciscus rubelio, Ch. Bon.) Ce poisson a le museau gros et plus soutenu que les précédens; il tient plus du leuciscus cavedanus que des autres. La tête est quatre fois et demie dans la longueur totale ; la dorsale est plus large que l'anale ; la cau- dale est peu profondément fourchue. 17. i3 194 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. D. 10) A. 11 , etc. Les écailles sont plus grandes; je n'en compte que trente- six à quarante rangées; la couleur est verte, presque noire sur le dessus de la tête, plus pale sur le dos; des teintes rougeâtres sont mêlées au fond vert de la dorsale et de la caudale; l'orangé, plus ou moins vif, colore l'anale et les nageoires paires. L'on doit cette espèce au prince de Mus- signano, qui l'a figurée dans sa Faune d Italie. Z/Able de l'Elbe. (Leuciscus Albiensis 3 nob.) Parmi les poissons que j'ai reçu de M. Nitschj j'ai trouvé un petit individu assez semblable au chevaine, mais différent de tous ceux que j'ai observés. Il a le museau aplati et fendu comme le ïeuciscus squalius, ou mieux encore, comme le ïeuciscus aî- bus ; par conséquent plus en coin que celui du chevaine, dont il a d'ailleurs la tête élargie; la dor- sale est plus étroite et plus haute ; l'anale est moins longue; cependant les nombres sont les mêmes. D. 10; A. 11, etc. Je ne compte que quarante- cinq écailles, quoi- qu'elles paraissent plus petites. La ligne latérale est assez droite; le dessus est vert; le ventre argenté; la caudale lisérée de noirâtre; les autres nageoires sont incolores. CHAP. XIII. ABLES. 195 Ce poisson vient de l'Elbe; je ne le vois indiqué par aucun auteur, et M. Nitsch ne nous a fait savoir aucune particularité sur ce poisson qui me paraît devoir constituer une espèce voisine de toutes celles-ci. L'individu est long de cinq pouces. Z/Able de Trasimène. (Leuciscus Trasimenicus 3 Cli. Bon.) est un petit poisson à fente de la bouche oblique; à profil supérieur presque droit, dont l'œil est assez grand; son dia- mètre ne fait que le tiers de la longueur de la tête, qui est comprise quatre fois et demie dans la lon- gueur totale, et est égale à la hauteur du tronc. D. 10; A. 11, etc. Il a quarante-cinq écailles dans la longueur; la ligne latérale est très -réfléchie; il y a huit écailles au-dessus d'elle, et deux seulement au-dessous. Le dos est vert, et cette couleur se fond sur l'ar- genté du ventre; la caudale tient de la teinte du dos, mais le lobe inférieur prend une couleur bleuâtre, qui existe aussi sur la dorsale; les nageoires paires et l'anale sont d'un joli rose pur. Le squelette n'a que trente- sept vertèbres et dix- huit paires de côtes. C'est une des espèces dont on doit la repré- sentation à l'auteur de la Faune italienne. \ 96 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Le Cabinet du Roi a reçu des exemplaires de cette espèce, longs de trois pouces, par M. Canali, professeur de zoologie à Perugia, et depuis nous en tenons d'autres de la géné- rosité du prince de Mussignano." Z/Able cavedano. {Leuciscus cavedanus 3 Ch. Bon.) Nous avons reçu par M. Savigny, dès 1822, un able des eaux douces de l'Italie, auquel le prince Charles Bonaparte a donné le nom de Leuciscus cavedanus. Il est voisin de notre chevaine, mais il en diffère parce qu'il a le museau plus pointu, quoique la nuque soit aussi large que celle du chevaine; les mâchoires sont plus épaisses, l'inférieure n'avance pas autant sur la supérieure. Les dents pharyngiennes sont plus petites, plus crochues, un peu dentelées en dedans. Sous ce rapport elles tiennent plus de celles de la vandoise; le corps est aussi plus large à cause de la courbure du profil inférieur. D. 11; A. 13, etc. Il y a quarante -six rangées d'écaillés striées sur le côté, et six au-dessus de la ligne latérale. La couleur est argentée, à dos verdâtre; l'anale et la caudale ont des teintes violacées, les autres nageoires sont transparentes. Je trouve, dans la Faune d'Italie, que la colonne CHAP. XIII. ABLES. 197 supérieure se compose de quarante et une vertèbres «et qu'il y a vingt- deux côtes. Outre les individus, longs de onze à qua- torze pouces, que M. Savigny a rapportés de Turin et de Milan , nous en avons d'autres envoyés à là même époque du lac de Como, sous le nom de Cavedone ou de Cavezzale, par MM. Ricketts et Pentland , et le prince de Mussignano en a donné au Musée des exem- plaires envoyés de Rome. Z/ÀBLE DE MORÉE. {Leuciscus Peloponensis , nob.) Les naturalistes de l'expédition de Morée ont rapporté, en 182g, un able voisin de notre chevaine et de ce Leucisc. cavedanus ; mais il en diffère parce qu'il a le museau moins prolongé au-devant de l'œil et plus arrondi; que la mâchoire inférieure est plus longue; d'ailleurs les dents pharyngiennes res- semblent à celles du leuciscus cavedanus ; les oper- cules sont plus striés; le sous -opercule est plus court et plus large. D. 11; A. 13 , etc. La couleur et les écailles ne différent en rien des autres espèces. L'individu a onze pouces de long. 198 livre xviii. cyprinoïdes. L'Able de Selys. (Leuciscus Selysii, Heckel.) La Meuse nourrit un able, beau poisson, voisin du gardon et du chevaine, qui a le front soutenu, la bouche petite, les mâchoires égales, l'œil assez gros, le profil du dos soutenu avant la dorsale, droit sur le tronçon de la queue. La tête est comprise cinq fois dans la longueur to- tale; la hauteur y est quatre fois et un quart. Les dents pharyngiennes sur un seul rang, crochues et un peu dentelées; la dorsale large; l'anale peu haute. D. 12; A. 13. Il n'y a que quarante -trois à quarante rangées d'écaillés sur le coté, sept au-dessus de la ligne latérale et quatre au-dessous. Ces écailles sont gran- des, fermes et bien attachées; la couleur est bleu d'acier, à reflets argentés jusque sous le ventre; les ventrales et l'anale sont blanchâtres, les autres na- geoires sont grises. Je dois les individus que je décris à M. Se- lys-Lonchamps, et qui par conséquent ont le degré d'authenticité désirable. 1 Ils sont longs de huit pouces et ont été pris dans la Meuse à Liège. C'est une belle espèce, bien caractérisée. 1. Faun. belg. , p. 210, n.° 27. chap. xiii. ables. 499 Z/Able ryzele. {Leuciscus ryzela , nob.) Il me semble très- difficile d'éloigner du leuciscus roseus le poisson que M. le prince Charles Bonaparte a nommé cliondrostoma ryzela. Ce poisson a le museau un peu plus pointu que le précédent, mais tout-à-fait du reste de même forme, c'est-à-dire que la mâchoire supérieure, for- mée par les deux intermaxillaires, avance en ogive sous le bout du museau saillant , mais beaucoup moins épais que celui du gardon ordinaire; la mâ- choire inférieure, plus courte, est de même forme; le dessus de la tête est lisse, assez court, à peu près aussi long que la tête en haut à la nuque. Cette partie du corps est d'ailleurs petite et comprise cinq fois et demie dans la longueur totale. Le tronc est haut et comprimé; sa hauteur con- tient deux fois et demie son épaisseur, et est con- tenu trois fois et deux tiers dans la longueur toiale. La ligne du profil supérieur est presque droite; c'est celle du profil inférieur qui est courbe et donne par là de la hauteur au tronc. Je trouve le nombre des dents pharyngiennes va- riable dans les individus de cette espèce. Le plus grand des deux que j'examine n'a que quatre dents sur le pharyngien droit, tandis que la gauche en porte six. Sur un autre je retrouve les quatre dents à droite, mais il n'y en a que cinq. Les trois pre- 200 LIVRE XV11I. CYPRINOÏDES. mières dents sont dentelées et courbées à leur pointe; la quatrième a la couronne coupée en biseau , et la cinquième et la sixième, quand elles existent, sont tuberculeuses et mousses. Je compte quarante-huit écailles entre l'ouïe et la caudale : sept à huit au-dessus de la ligne latérale, et cinq au-dessous. On voit que, comparé aux autres ables, les écailles sont plus hautes, mais plus étroites. D. 11; A. 13, etc. La ligne latérale est courbe. Le dos de ce poisson est vert, à reflets dorés, qui, par du jaunâtre, se fondent avec l'argenté du ventre; la caudale est verdâtre; la dorsale a du jaune pâle et clair à la base; l'anale a du rougeâtre; les nageoires paires sont verdâtres ; l'œil est jaune doré. Le plus grand de nos individus a un pied. Nous les devons à M. Savigny, qui avait, comme on le voit, si bien étudié les cyprins de l'Italie. Il Fa rapporté de Turin, où il la entendu nommer lavola. Il est impossible de se méprendre et de rester en doute un seul instant sur l'excellente figure de la Faune italienne; mais alors j'é- prouve plus de difficulté à concevoir pour- quoi notre poisson a pu être comparé au cyprinus nasus. Je suis entré dans quelques détails en décrivant la bouche, afin de bien faire voir que ce poisson ressemble tout-à- fait dans la disposition générale au gardon, CHAP. XIII. ABLES. 201 et qu'il n'a rien de ce qui rend la bouche du nez (cypr. nasus) si remarquable. Je crois d'ailleurs qu'il se rattache tout-à-fait aux au- tres ables voisins de ce groupe par le leuciscus roseus, et même un peu par le leuc. genei. Z/Able rostre. (Leuciscus rostratus , Agassiz.) Cette espèce, dont je dois la connaissance à M. Agassiz, est un des poissons qui va nous conduire à la vandoise, en tenant un peu plus des prëcédens que les autres. Voilà pourquoi je les décris avant les espèces que M. Agassiz en a retiré. Ce poisson a la tête petite; le museau pointu; la tête est près de six fois dans la longueur totale; la hauteur du tronc quatre fois et demie. Le museau est J3eu arrondi; les deux mâchoires presque égales; la bouche petite. L'œil reculé à cause de la longueur du museau; le dos soutenu derrière la nuque, et ensuite rectiligne jusqu'à la queue. La dorsale droite peu haute. D. 9; A. 12, etc. Cinquante rangées d'écaillés garnissent le côté, huit au-dessus de la ligne latérale et cinq au-dessous; la ligne est presque droite. La couleur est en bleu d'acier sur le dos et relevée par cinq rangées de taches dorées, qui ne se voient que par reflets. Le 202 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. ventre est argenté, la dorsale et l'anale sont grises, les autres nageoires blanches. Je viens de recevoir de M. Selys- Long- champs un individu étiqueté par lui, de son Leuciscus argenteus. Le poisson qu'il m'a adressé sous ce nom n'est certainement pas la vandoise commune de la Seine. Il ressemble, au contraire, en tous points au dessin que M. Agassiz m'a communiqué , et qui représente son leuciscus rostj^atus. J'y vois encore les points dorés que j'ai indiqués plus haut 5 il a de plus le museau plus étroit et la tête beau- coup plus petite que celle de la vandoise : ces comparaisons ne laissent aucun doute dans mon esprit sur ce rapprochement. J'en conclus donc que le cjpr. rostratus se trouve aussi dans la Meuse. Je vais à présent donner la description de la vandoise. La Vandoise. (Leuciscus vulgaris jFlemm.; Cjpr. leuciscus „Linn.) La vandoise est un des ables qui multiplie le plus dans les eaux douces de l'Europe , qu'elles soient courantes ou stagnantes. Elle préfère les grandes rivières ou les grands lacs traversés et rafraîchis par des cours deau, aux CHAP. XIII. ABLES. 205 petites rivières, clans lesquelles elle n'entre guère qu'au printemps, mais souvent alors en troupes considérables : il est probable que c'est pour y frayer. Elle pond une grande quantité dceufs, et Ton croit même qu'un de ses noms allemands , Laicher, vient du verbe laichen, qui signifie frayer. Voici une description faite avec détails sur un individu pris au moment où il sortait des eaux de la Seine. La vandoise ressemble, par l'aspect général, au chevaine; mais la petitesse et l'étroitesse de sa tête la font aisé- ment reconnaître. Le dos et le ventre sont arrondis; les flancs un peu aplatis; la hauteur du corps est un peu moins du cinquième de la longueur totale; et l'épaisseur n'est que la moitié de la hauteur. La tête est petite, triangulaire, à museau terminé en pointe mousse, et un peu plus long que la mâchoire inférieure. Sa longueur est un peu plus petite que la hauteur du corps. La distance du bout du museau au bord posté- rieur de l'orbite est la moitié de la longueur de la tête. L'œil est assez grand; son diamètre est plus grand que le cinquième de la tête. La distance entre les deux yeux n'est pas tout-à-fait de deux diamètres. La pièce antérieure du sous-orbitaire est une sorte de carré à angles mousses. La seconde pièce est courte et très -étroite; la troisième est étroite, mais elle est la plus longue et en croissant; la quatrième 204 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. est plus grande que l'antérieure : elle est placée tout au haut de l'orbite; son bord antérieur sert à former l'orbite; les autres bords sont arrondis. Le préopercule est grand : il couvre presque toute la joue; il est caverneux dans sa plus grande partie et recouvert par les muscles de la joue. Son limbe est lisse, osseux et étroit. L'opercule est triangulaire; le sous -opercule et l'interopercule sont petits; le bord membraneux de l'ouïe est mince et étroit; les deux ouvertures de la narine sont auprès l'une de l'autre, séparées par une simple cloison membraneuse, qui recouvre la postérieure comme une soupape. L'ouverture anté- rieure est grande et ronde; la postérieure est ovale et petite; la bouche est un peu protractile; la mâ- choire supérieure est plus longue que l'inférieure; les lèvres sont médiocrement épaisses. La fente de la bouche est petite; l'angle de la commissure ne dépasse pas l'aplomb des narines , mais les branches de la mâchoire inférieure sont beaucoup plus longues; elles ont près du tiers de la longueur de la tête. L'ouveriure des ouïes est médiocre; les trois rayons de la membrane branchiostège sont assez longs, mais ils sont plus étroits et se recouvrent plus que ceux du meunier. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs : elles sont coniques; leur pointe est courbée en de- dans : je n'en vois aucune taillée en biseau; elles n'ont pas aussi de dentelures. La plaque basilaire est plus large, comme taillée CHAP. XIII. ABLES. 205 en lozange* le coté postérieur est plus court que celui des autres ables. La dorsale naît à la moitié de la longueur du corps, non compris la caudale : elle est quadrila- tère, plus haute que longue, et soutenue par neuf rayons, dont les deux premiers sont simples, et de ceux-ci le premier est de moitié plus court que le second, qui est le plus long de tous. Les autres rayons sont branclius. L'anus s'ouvre à peu près aux trois cinquièmes du corps- l'anale s'élève immédiatement derrière lui; sa longeur égale sa hauteur; on lui compte dix rayons, dont les deux premiers sont simples : le premier est de moitié plus court que le second. La caudale est égale en longueur au cinquième de la longueur du corps: elle est en croissant; ses rayons sont au nombre de dix -neuf, et cinq à six courts en dessus et en dessous. L'os de l'épaule est court et triangulaire; la pec- torale s'attache sous lui dans le sinus de son bord inférieur: cette nageoire est petite et obtuse; sa lon- gueur ne fait que le huitième de celle du corps : elle a seize rayons, dont le premier est simple; il n'y a point d'écaillés dans leur aisselle : les ventrales sont attachées sous le commencement de la dorsale; elles sont assez larges et triangulaires ; elles ont neuf rayons, dont le premier est simple; dans leur aisselle il y a une écaille pointue qui fait à peine le tiers de leur longueur. Les écailles de la vandoise sont petites : il y en a quarante -six dans la longueur et quinze dans la 20G LIVRE XVIII. CYPÏIINOÏDES. hauteur; elles sont striées en rayon sur leur partie nue par quatre ou cinq petites lignes relevées en arrêtes. Arrachées, leur forme se présente comme celle des écailles de la plupart des ables ; mais la partie rayonnée de leur portion radicale est plus large, mais plus basse que dans le meunier et l'ablette. La ligne latérale est composée d'une série de pe- tits points en forme de chaînette; elle naît du haut de l'épaule, se courbe un peu vers le ventre, et se porte ensuite presque droit à la queue : elle est un peu au-dessous de la moitié du corps. Le dos est gris-verdàtre, à reflets de bleu d'acier; les flancs sont verdâlres avec un très -beau reflet d'argent, et le ventre est argenté brillant. Le réseau verdàtre que l'on remarque sur le meunier existe, quoique presque effacé, sur la vandoise. En général, elle est d'un plus bel éclat argenté que le meunier. La dorsale et la caudale sont gris-verdàtre avec une légère teinte jaunâtre; les pectorales et l'anale sont d'un orangé pâle; les ventrales sont blanches, avec une large tache jaune -orange sur les trois premiers rayons. L'iris de l'œil est d'un jaune doré; la joue est argentée; le foie de la vandoise, de couleur rougeâ- tre, est peu volumineux et situé en travers sur l'intestin. Le lobe droit est fort petit, peu divisé : il se réunit au lobe gauche par le devant et par sa pointe postérieure; le lobe gauche est divisé en deux lobules longs et grêles, qui occupent près de la moitié de la longueur de l'abdomen. Le lobule du milieu est entre les deux replis de l'intestin, et chap. xm. ABLES. 207 l'autre, un peu plus gros, adhère avec le lobe droit. Près du diaphragme est la vésicule du fiel, qui est globuleuse, petite, remplie dune bile verte assez foncée. Le canal cholédoque est gros et court : il s'ouvre vers le haut de l'estomac. Du côté du lobe droit du foie et sur l'estomac se trouve la rate, qui est longue, étroite, se terminant en pointe : elle est d'un beau rouge sanguin. L'intestin ressemble tout-à-fait à celui de la rosse : gros et renflé d'abord près de l'œsophage, il diminue jusqu'aux deux tiers de l'abdomen. A cet endroit il se restreint fortement et se courbe pour se porter en avant vers le diaphragme, où il se replie de nou- veau pour se rendre à l'anus. La velouté est mince et à papilles fines; il n'y a point de valvules; l'extré- mité du rectum est rougeâtre et garnie de plusieurs plis longitudinaux. La vessie aérienne est comme celle des autres cyprins; les ovaires sont grands, remplis d'oeufs gros comme de la graine de pavot. L'ouverture de l'oviducte donne derrière celui du rectum ; et en- suite est celle de la vessie, qui est petite, ronde et transparente. Les reins sont gros et longs sans aucuns lobes; ils sont renflés à l'endroit de la réunion des deux portions de la vessie natatoire. Leur couleur est d'un rouçe livide assez foncé. Les uretères sont courts et à peine visibles. Je compte quarante- six vertèbres à la colonne épinière de la vandoise, dix-neuf paires de chaque côté; de plus, les trois premières vertèbres pour 208 LIVRE XVIIT. CYPPJNOÏDES. soutenir les osselets de Webber et la vessie aérienne, et une dernière sans côtes, composent un nombre de vingt- quatre vertèbres abdominales. La vandoise fraie à la fin de Février et en Mars : elle est du petit nombre des cyprins qui lâchent leur frai d'une seule fois. Elle at- teint rarement un pied ; sa taille commune est de neuf à dix pouces. C'est pour ne pas introduire encore un nou- veau nom que j'ai conservé la dénomination de Leuciscus vulgaris, donné à notre vandoise par Flemming; quoique dans les eaux douces des environs de Paris et dans celles de l'Alle- magne ou du nord de la France où j'ai étudié ce poisson, je n'y ai pas trouvé la vandoise plus abondante que les autres ables; et aussi je préférerais la dénomination d'Agassiz à celle de l'auteur anglais, adoptée par M. Heckel, si elle n'était pas postérieure. 11 faut aussi remar- quer que l'épithète diargenteus ne convient véritablement qu'à notre ablette. Outre les individus de la Seine, j'ai encore trouvé la vandoise dans la Somme, et M. Bail- Ion me l'a envoyée de cette rivière; je l'ai aussi péchée dans l'Escaut, à Gand, dans la Meuse, dans le Rhin et dans les eaux du Brandebourg; mais à l'époque où j'étais à Berlin, j'ai noté que dans le mois de Novembre ce poisson CHAP. XIII. ABLES. 209 me paraissait plus rare sur le marché de Ber- lin, qu'il ne l'est à la même époque sur ceux de Paris. J'en ai reçu des individus de dix pouces de long, par les soins de M. Bâillon, et je n'en ai pas vu de plus grands. J'en ai un autre individu, de la Charente, qui a été donné au Cabinet du Roi par un ancien secrétaire de M. Cuvier, M. Denfer, et qui paraît avoir le museau un peu plus long et la tête plus courte, mais que l'on ne doit pas regarder comme d'une espèce dis- tincte : c'est peut-être une des deux variétés indiquées dans l'ouvrage de M. Selys- Long- champs. La meilleure figure de la vandoise, donnée par les auteurs du milieu du i6. e siècle, est celle de Gesner ' ; Rondelet 2 en a laissé une moins bonne, mais encore déterminable. Il n'en est pas de même d'Aldrovande 3 : on ne peut la mentionner ici que pour mémoire, Willughby 4 cite aussi ce poisson commun dans les rivières de la Grande-Bretagne, et l'indique déjà sous le nom anglais. Ces données ont servi de base au cyprinus 1. De aquat., fol. 26. — 2. Pisc fluç., p. 192. 3. Aldrov., liv. 5, p. 607. — 4, Will., p. 260. 17. l4 210 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. leuciscus de Linné et à la synonymie d'Artedi. D'ailleurs c'est à cela que se réduisent les seules indications originales données sur un poisson si commun par les auteurs du continent jus- qu'à ces derniers temps; car Bloch a fait faire une médiocre figure de cette espèce, et sa description est si abrégée quelle n'en apprend pas beaucoup plus que celle de Willugliby. D'ailleurs sa synonymie est très-fautive, en ce qu'il a confondu avec la vandoise le poisson du Nil, donné par Forskal comme cyprinus leuciscus y de sorte qu'on est tout surpris de trouver des noms arabes à côté des dénomi- nations vulgaires anglaises ou allemandes de notre poisson. Linné, qui n'a parlé de cette espèce que dans sa dixième édition, ne le cite pas dans le Fauna suecica, et ni Muller ni M. Nilsson n'en font mention dans leurs Faunes septentrionales; il y a donc lieu de croire que ce poisson ne s'avance pas beau- coup vers le Nord. Les auteurs des Faunes allemandes en ont peu parlé, quoiqu'il soit commun dans ces contrées. Ainsi Leske ne le comprend pas dans ses poissons de Leipsick. Siemssen le donne parmi ceux du Mecklem- bourg. Les Suisses en parlent peu. Cependant M. de Jurine a reproduit cette espèce dans l'Histoire des poissons du lac de Genève. CHAP. XIII. ABLES. 21 I La vandoise parait plus connue en Angle- terre; son nom est Dace, et Pennant ! fait observer qu'elle fréquente les mêmes lieux que le rotengle et quelle vit en troupe. Donovan 2 en donne une bonne figure, et depuis ces auteurs, Turton 3 , Flemrning 4 , Jen- nyns 5 le consignent dans leurs faunes, en même temps que M. Yarell 6 en met en tête de sa description une fort jolie figure, et M. Bow- dich 7 y joint l'expression de son élégant et habile pinceau. Si nous revenons vers le Danube, nous re- trouvons notre poisson dans la Monographie de M. Reisinger 8 , et quoique M. Nordmann ne le comprenne pas dans la Faune pontique, on voit, par le peu d'observations présentées sur le cyprinus leuciscus et sur les démem- bremens qu'on en a fait récemment, qu'il ad- met dans ces contrées la présence de cette espèce. Pallas 9 l'a compté dans sa Faune de Russie, en disant que la vandoise est surtout abondante dans les eaux de la Russie septen- 1. Brit.Zool.,\\\, p. 012 ? n.° 8.-2. Don., Br. fish. , pi. 77, 3. Brit. Fann. , p. 109, n.° 125. 4. Ann. Kingd., p. 187, n.° 63. 5. Vert. an. Engl., p. 4io ? 11. ° 90. — 6. Brit. fish. , p. 558. T. Brit. Freshwai., n.° 11. — 8. Fisc. Hung., p. 76, n.° 23. 9. Pall., Faim. ross. asiat., III, p. 3 18, n.° 226. 212 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. trionale, où elle est méprisée et devient la proie des en fans oisifs. Tous ces auteurs s'accordent à dire que la vandoise aime les eaux vives, quelle nage avec rapidité, saute souvent au-dessus de l'eau, ce qui lui a valu le nom de jaculus et de dard dans beaucoup d'auteurs ou de provinces de France; qu'elle multiplie beau- coup, frayant en Mai et en Juin, ainsi que nous l'avons souvent observé dans la Seine. Elle dépasse rarement une livre. C'est la Suiffre du Rhône et la SœJJre du Doubs près de Saint-Hippolyte. On a voulu essayer de retirer de la van- doise, qui est très-argentée, le pigment blanc et brillant, comme on le fait de l'ablette. Mais l'essence d'Orient, obtenue de ce poisson, a toujours une teinte grisâtre qui a fait aban- donner ces essais. Cela tient à ce que le pig- ment argenté est toujours mélangé de points pigmentaires noirs, qui ne se voient qu'à de forts grossissemens , et qui salissent par leur mélange la pâte argentée que l'on destine à orienter les perles. f.UAP. XIII. AI3LES. 215 jL'Able RONZON. {Leuciscus rodens , Agassiz. *) M. Agassiz, qui s'est occupé avec non moins de suite et de succès de l'étude des poissons d'eau douce de l'Europe centrale que des poissons fossiles, a reconnu que, sous la dé- nomination de Cyprinus leuciscus, la plupart des auteurs confondaient plusieurs espèces distinctes. Et appliquant particulièrement son attention aux espèces du lac de Neuchâtel, il a fait connaître , dans un mémoire inséré parmi ceux de la Société d'histoire naturelle de cette ville, trois espèces voisines qu'il nous a communiquées, et qui sont en effet distinctes de la vandoise que je viens de dé- crire. Il a nommé la première Leuciscus rodens, dont la hauteur est quatre fois et demie ou cinq fois dans la longueur totale; celle de la tête est un peu plus petite; les dents pharyngiennes sont sur un seul rang et légèrement denticulées; le museau me paraît d'ailleurs plus rond, la bouche moins fendue et les lèvres moins épaisses que celles de la vandoise; la dorsale est petite et basse; l'anale poin- tue en avant. 1. Mémoire sur les poissons du lac de Neuchâtel , p. 7> lab. 6, fîg. î et 2. 214 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. D. 10; A. 11, etc. Je compte quarante-cinq à quarante-huit rangées d'écaillés : elles sont plus petites que celles des es- pèces voisines. La couleur est un vert tendre, agréa- ble et fondu dans l'argenté du ventre : le tout glacé de bleu , qui paraît surtout par réflexion quand le poisson est hors de l'eau. M. Agassiz dit qu'à l'époque du frai le corps se couvre de nombreuses taches de pigment noir qui disparaissent après la ponte. J'ai fait cette description sur un individu long de huit pouces, qui a été envoyé de Lausanne au Cabinet du Roi par M. Major. Le même naturaliste a également donné au Cabi- net un poisson de cette espèce et de même taille, envoyé du lac de Zug; et, enfin, je crois devoir encore rapporter à cette espèce un individu plus petit, qui faisait partie d'une collection faite sur l'Elbe par M. le professeur Nitsch. Si ce poisson vient de ce fleuve, cela prouverait que l'espèce est assez répandue. M. Agassiz, qui a observé avec beaucoup de soin les habitudes de ce poisson, nous apprend que les riverains du lac de Keu- châtel l'appellent Ronzon ou rongeur, et il croit qu'on lui a donné ce nom parce qu'il lui arrive souvent de se montrer à la surface de l'eau le corps renversé, mettant l'argenté de son ventre du côté de la lumière, ayant 1 CHAP. XIII. ABLES. 215 l'air de chercher, dans cette position retour- née, quelque chose autour d'un corps flottant. Sa nouriture consiste ordinairement en vers, en insectes et en débris de corps végé- taux. Il se tient habituellement dans le fond des eaux; il fraie au mois de Mai, et dépose ses œufs sur les caiHoux à l'embouchure des ivières. A cette époque les individus se réu- nissent en troupes si considérables que le fond de l'eau en paraît gris. On prétend même qu'on peut les prendre à la main. M. Agassiz croit que c'est le poisson décrit par Hartmann ■ sous le nom de Cjprinus do- bula; celui-ci étant nommé dans cet ouvrage Cjprinus cephalus. Le Ronzon croît lentement et ne se repro- duit qu'à sa quatrième année : sa chair est molle, farcie d'arêtes; aussi est-elle peu agréa- ble , quoiqu'elle ne soit pas de mauvais goût. Dans quelques contrées de la Suisse on le prend en assez grand nombre pour le sécher, et on le vend alors, par fraude, pour le Gang- fiscli (corregonus Wartmanni), qui est un poisson très-estime. 1. Ichth. helvétique, p. 202. 21 g livre xviii. cyprinoïdes, Z/Able poissonnet. (Leuciscas lanças triens is , Shaw.) Cette espèce d'able se trouve non -seule- ment en Angleterre , où M. Yarell l'a mieux fait connaître que Shaw, mais encore en Suisse, où elle a été décrite par M. Agassiz sous le nom de leuciscus Majalis. La longueur de la lête est cinq fois dans celle du corps, et égale la hauteur du tronc. La courbe du dos est plus soutenue que celle du ronzon; le museau est petit, obtus, arrondi; la bouche peu fendue; on peut dire de ce poisson que c'est un gardon à petite tête. Il a aussi la dorsale plus égale, l'anale plus large et moins pointue que celle du ronzon. D. 10; A. 11, elc. Les écailles sont plus petites qu'au gardon et à la vandoise; les couleurs sont verdâtres sur le dos, argentées sur le reste du corps, à reflets bleus. Je n'en ai pas vu des individus ayant plus de six pouces; M. Agassiz lui en donne quel- quefois huit. Le premier auteur qui en ait parlé, est Shaw 1 ; mais, suivant M. Jennyns, Pennant l'aurait observé dans le Mersey, près de War- rington. 1. Gen. Zool. . vol. V, p. 254- CHAP. XIII. ABLES. 217 Il faut que ce poisson soit bien connu en Angleterre comme une espèce distincte, car il a une dénomination particulière, celle de Grairiing , et je trouve dans les notes de Noël de la Mo ri ni ère qu'elle lui avait été in- diquée par ses correspondais d'Angleterre. M. Yarell, faisant mieux que ses prédécesseurs, en a donné la description, d'abord dans les Transactions linnéennes 1 , puis dans son His- toire des Poissons d'Angleterre 2 , en y joignant d'excellentes figures. Le Graining se trouve aussi dans les étangs, et ses habitudes et sa nourriture tiennent beaucoup de celle des truites. Cette espèce était d'ailleurs très -peu étu- diée par les naturalistes du continent, lorsque M. Agassiz en a donné une bonne description, telle qu'on devait l'attendre d'un naturaliste aussi distingué : elle est accompagnée d'une figure dans le Mémoire sur les poissons du lac de Neuchâtel 3 . Il l'a trouvé dans le lac, vivant en troupes avec l'ablette (leuciscus al- burnus) et le ronzon (leuciscus i^odens). Les pêcheurs du lac reconnaissent bien ce poisson 1. Linn. Tram., vol. XVII, p. 7, pi. 2, fig. 1. 2. Brit. fish., p. 555. 3. Mém. de la Soc. d'hist. nat. de NeuclnUel , sur les poissons du lac de Neuchâtel, p. 11, pi. 6, fig. 3, 4 y 5,6, 7. 218 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. sous le nom de Poissonnet, II ne remonte pas les rivières pour y frayer, et ne descend pas dans les grandes profondeurs, excepté pendant les grands froids. Le savant ichthyologiste pense que Hartmann a connu le poisson, qu'il aurait mal décrit en le confondant avec Xidus. Je crois que cette espèce vit aussi dans le lac de Thun. Il me paraît du moins qu'il faut lui rapporter les ables que j'ai vus sur les bords du lac de Thun, et que j'ai mangés pendant le temps que j'ai passé dans cette belle vallée de l'Oberland bernois. Le goût de ces cyprins est bon, la chair en est ferme. J'ai malheu- reusement perdu les individus que j'avais pris à Thun pour les comparer à ceux de l'espèce du leuciscus lancastriensis conservés dans nos cellections. Je regarde aussi comme de cette espèce des ables envoyés de l'Elbe par M. Nitsch. Ce poisson est donc assez répandu en Europe: il est d'ailleurs petit et a beaucoup d'arêtes. Z/Able de la Gironde. {Leuciscus burdigalensis , nob.) On trouve dans la Gironde un able d'une espèce toute différente, et jusqu'à présent par- ticulière à ce fleuve : en effet ce poisson a CHAP. XIII. ABLES. 219 le museau plus pointu et plus saillant que celui de la vandoise; la tête plus large et plus arrondie; le rayon antérieur de la dorsale plus court et la na- geoire plus droite; l'anale plus courte et coupée plus carrément. D. 10; A. 11, etc. Les écailles sont plus petites; le gris-verdàtre du dos descend plus sur le ventre, qui est cependant tout- à -fait blanc en dessous. Les dents pharyn- giennes, sur deux rangs, sont plus courtes et plus crochues que celles de la vandoise. Une autre diffé- rence qui vient se joindre à celles déjà indiquées pour établir la distinction de cette espèce, se re- marque dans le squelette, dont la colonne vertébrale ne compte que quarante -trois vertèbres et dix-huit paires de côtes, tandis qu'il n'y en a que quarante- six dans la vandoise. Les plus grands individus ont neuf pouces de longueur : plusieurs ont le corps couvert de granulations; mais je n'en trouve aucune sur la tète. Ce poisson est singulier dans sa forme ; il ressemble à une marène ou à quel- que truite de cette subdivision des salmoïdes. Il n'a pas cependant d'adipeuse : il n'y a pas lieu de mettre en doute s'il est un cypri- noïde. Je dois la connaissance de cette espèce à la complaisance d'une dame que j'ai déjà eu occasion de citer dans cet ouvrage, M. m( 220 LIVRE XVIII. CYPWNOÏDES. Magin, alliée à la famille Lacépède, et qui a ainsi contribué a éclairer l'Ichthyologie. Z/AfiLE GRISLAG1NE. {Leuciscus grislagine, nob.) Nous avons reçu d'Odessa, par les soins de M. le professeur Nordmann, un able, qu'il a nommé cyprinus Grislagine : Le corps est alongé, et il lient du chevaine (cypr. dobula), du cypr. Jeses y et même de la vandoise {leuciscus vulgaris) ; mais la petitesse des écailles la dislingue au premier abord. En voici d'abord la description détaillée : La nuque ou le commencement du dos est assez soutenu; la hauteur de la dorsale est du cinquième de la longueur totale; la tête est plus courte : elle y est comprise cinq fois et deux tiers ou même trois quarts; la tête est assez large; l'intervalle entre les yeux est des deux cinquièmes de la longueur de la tête; le museau est gros, obtus et plus saillant que la mâchoire inférieure; lœil a un peu plus que le cinquième de la tête; le dessus du crâne et la peau, étendue sur l'opercule, est criblée de pores très-visibles à l'œil nu; l'étendue de la base de la dorsale est des trois quarts de la hauteur de la na- geoire; la longueur de l'anale égale sa hauteur; la caudale est fourchue; la pectorale et la ventrale ont la même longueur. CHAP. XIII. ABLES. 221 D. 11; A. 12; G. 19; P. 19; V. 9. Des cinq dénis pharyngiennes j'ai trouvé la pre- mière à couronne oblique ronde, lisse, non dentelée et sans crochets; la seconde, usée, avait un petit méplat; les trois autres sont arrondies. Il y a soixante rangées d'écaillés de l'angle de l'opercule à la caudale; dix rangées au-dessus de la ligne latérale et cinq au-dessous. Une écaille montre que la portion radicale est plus pelite que la partie nue. Les rayons de l'éventail sont mal déterminés : il y en a trois ou cinq. Les stries rayonnantes de la portion nue sont plus marquées, mais pas plus régulières. Les stries d'accroissement concentriques sont très- fines et très -serrées. M. Agassiz m'en a confié un beau dessin, sur lequel je retrouve tous les caractères de forme que je viens d'indiquer, et qui me donne les couleurs : Elles sont vertes sur le dos , rembrunies par du noir dans l'angle des écailles. Sur les côtes se mon- trent, par reflets, l'argenté, qui devient pur sous le •ventre. La dorsale a de l'orangé verdâtre à la base, et le bord presque noir ou vert bouteille très-foncé; les autres nageoires sont plus ou moins orangées. Bien que l'individu que je décris ici, et qui est long de onze pouces, vienne d'Odessa, je ne vois pas cette espèce mentionnée clans la partie ichthyologique de la Faune pontique de M. Nordrnann. Je trouve dans les notes 222 LIVRE XVIII. CY1T.ÏNOÏDES. de Noël de la Morinière que ce poisson (raie dans UEbrc, et qu'il s'y nomme en espagnol Madrilla. J'ai aussi reçu ce poisson de M. Nitscli , avec les autres poissons qu'il avait envoyés à M. Cuvier. Maintenant je me demande si M. Agassiz, et moi, d'après lui, nous donnons sous cette dénomination le véritable cyprinus grislagine d'Artedi; car, dans sa description', cet auteur dit que le second rayon est très-long, piimus minimus,secundus vero longissimus; est-ce par opposition seulement à la brièveté du premier rayon qu'il déclare le second très-long : cela peut s'entendre ainsi. Mais pourquoi Artedi a-t-il l'ait cette remarque l\ l'occasion de ce cyprin, puisqu'elle peut s'appliquer a toutes les autres espèces voisines? En second lieu, Artedi dit positivement de son cyprinus grislagine que les écailles sont grandes; or, cest ce que l'on ne peut dire des écailles de nos individus, «ni de ceux dessinés par M. Agassiz; elles sont, au contraire, plus petites que celles de nos chevaines. Cependant, comme je trouve dans le reste de la description d'Artedi plusieurs autres particularités qui se rapportent à tous 1. Art., Descr. pisc. , p. 12, n.° 4- CHAP. XIIT. ACLES. 225 les cyprins, qui prouvent que cet habile ich- thyologiste n'avait pas suffisamment mis de critique dans les descriptions de ses cyprins, je laisse ces difficultés à résoudre à M. Agassiz, s'il tient compte de mes observations. Pallas 1 a aussi un cyprinus grislagine, qui est YObla des pécheurs du Volga, ou le W ci- bla de ceux du Terek; les Tartares le nom- ment Kumnak, et les Baskirs Karia-kusa- wak. De même qu'Artedi, il en a fait un cyprin, passant de la mer dans les fleuves : il monte au mois de Février et de Mars de la Caspienne dans le Volga et dans le Pihymnus en prodi- gieuse quantité. Il est plus rare dans le Terek. Il est assez agréable; mais on l'emploie surtout dans les grandes pèches de l'esturgeon à l'a- morce des hameçons. C'est le Stamn des Suédois de la Bothnie occidentale et de l'Angermanie, où il remonte jusque par le 63. e degré et demi. M. Nilsson 2 conserve aussi un cypr. grisla- gine sous le nom de Skall-id à Gothenbourg. Il est assez remarquable que le nom de Gris- lagine* , tiré de Willughby et d'origine an- 1. Faun. ross. asiat. , in, p. 3i 9 ? n.° 227. 3. Nils., Prod. ichih. Scand., p. 27, n.° 2. 1. Arl.j Syn,, p. 5 ? n.° 4- 224 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. glaise, ait servi à dénommer le poisson suédois d'Artedi. Il y a une confusion dont on sor- tira difficilement. Je ne serais pas étonné que le nom de Graining n'eût la même origine, eî que le cypr. lancastriensis de M. Yarell, ou le cypr. majalis de M. Agassiz, ne lût le véritable cypr. grislagine d'Artedi. Z/Orphe. (Leuciscus orphus, nob.) L'orphe, que le Musée de Paris a reçu de celui de Vienne, a le corps alongé et étroit comme le gardon ou la vandoise; de la dorsale au bout du museau le profil descend par une courbe régulière peu convexe; elle est concave, au contraire, du premier rayon de la dorsale à la caudale; elle est régulièrement concave du bout du museau au premier rayon de l'anale , et ensuite convexe jusqu'à la caudale. La plus grande hauteur sous la dorsale est quatre fois et demie dans la longueur totale. La tête, plus courte que cette hauteur, est com- prise cinq fois dans celte même longueur. Le mu- seau est arrondi; quand la bouche est ouverte, la mâchoire inférieure semble un peu plus longue que la supérieure. L'œil mesure le quart de la tête; l'orbite n'entame pas la ligne du profil. H y a cinq dents pharyn- giennes sur un seul rang, et semblables à celles des CHAP. XIII. ABLES. 225 aulres ables. La dorsale a une hauteur double de la longueur de sa base. L'anale a, au contraire, ces deux parties à peu près égales. La caudale est four- chue. D. 10; A. 12; C. 19; P. 17; V. 9. Le premier rayon de la pectorale est roide et pres- que épineux; je compte plus de soixante rangées d'écaillés sur la longueur du côté, dix au-dessus de la ligne latérale, et cinq à six au-dessous. La ligne latérale est elle-même un peu courbe et tracée par une série de points ou de petites tubulures courtes et rapprochées. Chaque écaille a de très-nombreuses stries d'accroissement, six rayons à l'éventail, et trois ciselures longitudinales sur la portion nue. C'est un des poissons de l'Europe qui peut rivaliser le plus avec les dorades de la Chine ( cyprin us auratus ). Tout le dos est d'un beau rouge doré ou argenté : ce rouge s'éteint par degré jusque sous la ligne latérale; le ventre est argenté pur et brillant; des reflets rouges et dorés chatoient sur l'opercule et les joues avec l'argenté; toutes les nageoires, d'un rouge vermillon, passent au jaune sur le bord. Je puis surtout juger de la beauté des cou- leurs de cette espèce, parce que M. Agassiz m'en a communiqué un beau dessin fait sur le vivant. Les individus que j'ai vus, ont de huit à neuf pouces de long. Ce poisson se nourrit 17. i5 22G LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. d'insectes. Suivant Nau 1 , dans son Histoire du territoire de Mayence, l'orphe ne serait pas rouge dans tous les temps, mais il per- drait ses belles couleurs pour prendre une teinte grise argentée. Cela expliquerait com- ment Meyer 2 cite deux variétés de ce pois- son , une blanche et une rouge. C'est un poisson très-anciennement connu; car le nom , les descriptions et la figure se trouvent déjà dans Gesner 3 , qui l'avait vu dans un vivier à Augsbourg, d'où un médecin cé- lèbre de ce temps lui en avait envoyé ensuite le dessin. Willughby dit que l'espèce se trouve en Angleterre, et distingue déjà un orphe blanc et rouge. Il croit que ce poisson est connu à Anvers sous le nom de JVinderfislu Enfin, Baldner en a laissé, dans le manuscrit de Strasbourg, une figure entièrement semblable par ses couleurs rouges et brillantes à la pein- ture de M. Agassiz. Ce poisson y est nommé eine goldgelbe Rothkehl; et le dessin porte cette note curieuse : « Ce poisson fut pris dans « FInn en 1668. * Il avait conservé sa couleur après avoir été bouilli. 1. Naturgeschichie des Mainzer Landes, istesHeft, 28. 2. Meyer, Thierb., II, 3i. — 3. Paralip., p. 10. CHAP. XIH. ABLES. ZZ'J Ce sont là les documens antérieurs à Artedi, et dont Linné a fait son cjpr, orphus dès la X. e édition. Il aurait pu cependant citer Mar- sigli 1 , qui donne des renseignemens importans sur la nature et la grandeur des aiguillons dont se couvrent les écailles de ce poisson à l'époque du frai. Ce sont des aiguillons creux, longs et recourbés que Fauteur compare à ceux des ro- siers, et qu'il a représentés, en effet, comme de véritables épines. D'ailleurs, la figure n'est pas tout-à-fait semblable à celle de M. Agassiz; elle est moins correcte. Bloch a représenté ce poisson assez bien, d'après des dessins en- voyés de Nuremberg 5 car c'est aux environs de cette ville et d'Augsbourg que l'espèce est le plus connue : elle est plus rare dans le nord de l'Allemagne. L'orphe est un poisson fort rare en France; cependant j'en ai pris moi-même un individu dans la Somme, en 182/j.; ainsi j'affirme que M. Selys-Longchamps a eu tort de dire, dans une note de son ouvrage, que M. Cuvier avait cru , sur des renseignemens erronés , que notre poisson s'avançait jusque dans cette rivière. S'il est si rare, cependant, dans notre contrée, il est, au contraire, commun dans le 1. Mars., Danub., tab. 5* 228 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Danube. M. Reisinger 1 le cite dans ses Pois- sons de Hongrie; Pallas le suit jusque dans le Don et les fleuves du Caucase, où il est aussi fort abondant. Il paraît, d'ailleurs, que les Piusses le confondent avec le chevaine sous le même nom de Golowl. M. Nordmann la cité aussi dans sa Faune pontique; mais il ne le connaît que du Da- nube. Z/Able IDE. (Leuciscus idus, Cjprinus idus, Linn., Art.) L'Ide, que les Allemands nomment Kuh- ling, est encore voisin de ceux que nous ve- nons de décrire; mais la petitesse des écailles distingue à l'instant même cette espèce des pré- cédentes : mais il y en a dans l'Elbe quelques autres qui lui ressemblent par ces caractères : La têle et surtout la nuque de cet able sont très- courtes : la première est comprise cinq fois dans la longueur totale. La hauteur du tronc y est quatre fois et demie; l'œil est grand : son diamètre fait le quart delà longueur de la tête. Le museau est court, déprimé ; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure; les dents pharyngiennes sont sur deux rangs : les internes sont très-petites, les externes ressemblent assez à celles du gardon. 1. Syn. pisc. Hung., p. 68, n.° i5. CHAP. XÎII. ABLES. 229 La dorsale répond aux ventrales : elle est courte, peu haute ; l'anale est pointue de l'avant; la pecto- rale est plus en faux que dans les autres ables. D. 10; A. 13, etc. Il y a près de soixante écailles le long du côté, dix au-dessus de la ligne latérale et sept au-dessous : elles sont striées. Le dos est plombé 3 la dorsale et la caudale sont de la même couleur; la pectorale et la ventrale plus pales; l'anale blanche comme le ventre; il y a peu de reflets argentés. L'individu que je décris est long de neuf pouces : il est frais, et a été envoyé au Ca- binet du Roi par M. Selys-Lougchamps, de Liège. J'en ai trouvé un de dix pouces dans la Somme ; et M. Bâillon en a envoyé plu- sieurs autres au Cabinet du Roi. Nous en avons de l'Elbe qui ont été donnés par M. Tinnemann, de Dresde, ou par M. le profes- seur Nitsch. Nous avons aussi vu des individus de cette espèce parmi les poissons pris à Tobolsk et dans rirtisch par MM. de Humboldt et Eh- renberg, et qu'ils ont bien voulu donner au Cabinet du Roi. En comparant les exemplaires que je dé- cris, soit à la figure de Eloch, soit à un bien meilleur dessin que je dois à la généreuse communication de M. Agassiz, je ne trouve 230 LIVRE XVÏII. CYPRINOÏDES. d'autres différences, entre la figure de Bloch et la nature, que dans la grandeur des écailles, Bloch ayant marqué les écailles plus grandes que je les vois sur aucun de nos lëuc. iclus; aussi je ne crois pas que le véritable cjpr. idus d'Artedi soit représenté dans cette Ichthyologie. On doit la connaissance de cette espèce à Artedi et à Linné : le premier de ces deux illustres maîtres en a donné une description 1 modèle d'exactitude et de méthode, et qui a servi de base au Fauna suecica* et au Sys- tema naturœ, où l'espèce est inscrite dès la X. e édition : ne doit- on pas signaler avec quel soin Artedi a déjà décrit les dents pha- ryngiennes? Cette espèce est beaucoup plus septentrio- nale que les précédentes; car Muller 3 la cite également dans la Faune danoise, et MM. Fries et Ekstrom 4 en publient une belle peinture faite d'après le vivant par M. W. Van Wright. Il y a également une autre figure dans la tra- duction allemande par M. Creplin 5 de l'Ich- thyologie des deux savans suédois. Ces deux 1. Art. Descript, p. 6, n.° î. 2. Faun. suec.j p. 121, n.° 520. 3. Prod. faun. Dan., p. 5i, n° 436. 4. Fries, Ekstr., Scand. pisc , pi. 1». 5. Fisch. von Mark., p. 5, lab. I. 1 CHAP. XIII. ABLES. 231 auteurs ajoutent à la synonymie de leur cypr. idus, qu'ils regardent le cyprinus idbarus de Linné comme le jeune du cypr. idus, et ils rapportent à cet âge le cypr. microlepidotus de M. Ekstrôm; et à en juger, en effet, par la figure 1 de la traduction par M. Creplin, et que j'ai sous les yeux, je me range volontiers aux sentimens de M. Fries. Cependant il faut -emarquer que, selon M. Ekstrom, le cypr. microlepidotus reçoit des pêcheurs suédois un nom particulier : ils l'appellent Lennare. L'Ide est aussi indiqué dans l'Ichtliyologie Scandinave de M. Nilsson 9 , et il est très-répandu dans les eaux douces de l'Europe, puisqu'il se rencontre en France jusque dans la Somme. Nous voyons cette espèce citée dans la Faune belge de M. Selys-Longchamps 3 ; mais ce natu- raliste croit, d'après les notes qui lui ont été transmises par M. Heckel, à qui il avait envoyé ses cyprinoïdes de Belgique pour en recevoir ses conseils éclairés, que la Meuse nourrit deux variétés très-distinctes, que le savant ichthyo- logiste de Vienne considéra même comme de deux espèces. La première, à laquelle M. Se- lys réserve le nom de hue. idus, aurait 1. Fisch. von Mark., p. 18, tab. II. 2. Prod. ichth. Scand., p. 27, n.° 3. 3. Faun. belg., p. 208, n.° 26. 252 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. une anale dont le nombre des rayons varie, selon les différens individus, de douze à quatorze; soixante écailles à la ligne latérale; et la seconde variété, que M. Selys nomme leuc. neglectus, comprendrait les ides à quatorze rayons à l'anale, et dont la tête serait un peu plus longue, le corps plus alongé, la bouche plus étroite, les écailles un peu plus grandes; car il n'en compte que cinquante-cinq le long de la ligne latérale. Cette différence est véritablement bien légère; et d'ailleurs M. Selys expose avec tant de clarté et de conscience littéraire ses doutes, que l'on ne peut faire autrement que de se ranger de son avis, en confondant les deux variétés en une seule espèce. M. Heckel lui disait que la caudale de la seconde variété est plus four- chue; observation qui n'a pas frappé M. Selys, et qu'il n'approuve pas. Ce ne peut d'ailleurs, en aucune façon, être le cypvinus Jeses de Bloch ou le Aland de Berlin. La figure de Fichthyologiste prussien est excellente , et prouve qu'il a bien connu, comme il est fa- cile de le croire , le cjprinus Jeses. Je vois , d'ailleurs, par de beaux exemplaires venus du Cabinet de Vienne, sous le nom de cjprinus Idus, mais qui sont bien entièrement de l'es- pèce du cjprinus Jeses, que dans le Cabinet CIIAP. XIII. ABLES. 255 de Vienne les deux espèces peuvent être con- fondues, selon le sentiment de M. Heckel. Le cyprinus Idus de Siemssen 1 est-il bien notre poisson, ou celui de Bloch? C'est ce qu'il faudra vérifier sur nature ; parce que Siemssen dit que les écailles sont un peu plus grandes que celles du Plôtze [cypr. erithrophthal- mus)\ ce qui me paraît les rapprocher de la grandeur indiquée par Bloch. Il le dit origi- naire du lac de Mecklenbourg, le Schaalsee. Je ne le crois pas mentionné dans les au- teurs qui ont traité de flchthyologie de la Suisse; mais M. Reisinger le compte parmi ses poissons du Danube et du lac Feherto, et Pallas le dit très -abondant dans toutes les eaux de la Russie et de la Sibérie. Il paraît cependant manquer dans les contrées sibé- riennes au-delà de la Lena, quoique l'ide ne soit pas tourmenté par le froid. On le trouve jusque dans le lac Baïkal, où il est commun et très -recherché comme nourriture par sa chair, qui a peu d'arêtes. Tous les auteurs s'accordent à le dire, vi- vant, prolifique, frayant en, Mai, et donnant au-delà de quatre-vingt mille œufs jaunâtres, aimant les eaux courantes, comme les grands 1. Die Fisçhe von Mec kl. r p. 74? n.° 8. 254 livre xvm. cyprlnoïdes. lacs, dont il pénètre les profondeurs, et, selon les auteurs suédois, se rendant dans la Bal- tique et les différens golfes marins qui décou- pent ces terres, et revenant dans les fleuves pour y frayer. Z/ÀBLE FROID. (Leuciscus frigidiis, nob.; Cyprinus Mus, Blocli.) Je crois retrouver le véritable Kiihling, cyprinus Idus de Bloch, dans un poisson de la collection du Muséum, qui a la tête large et plate en dessus comme celle du che- vaine; la mâchoire inférieure, quand elle est abais- sée, plus longue que la supérieure; la longueur de la tête est comprise cinq fois dans la distance du bout du museau à la fourche de la caudale. Les opercules ont quelques stries; la dorsale est coupée carrément; l'anale diffère de celle du chevaine et de toutes les espèces voisines, par sa largeur et par sa forme; les rayons antérieurs sont proportionnel- lement beaucoup plus courts que les postérieurs, tandis que dans les autres espèces les antérieurs sont toujours plus alongés. L'éventail de ces rayons est large, de sorte que cette nageoire est étendue surtout du côté du bord, ce qui la rend arrondie. Les ventrales sont larges; les pectorales peu longues; les Jobes de la caudale sont larges, mais peu prolongés, ce qui rend la nageoire peu fourchue. CHAP. XIII. ABLES. 235 D. 10; A. 10, etc. Les écailles sont grandes, au nombre de quarante- cinq dans la longueur du corps : elles n'ont que de fines stries. Bloch a représenté son poisson bleuâtre sur les côtes, devenant presque noir sur le dos et argenté sous le ventre. La ventrale et l'anale sont d'un beau rouge, les autres nageoires sont grises, plus ou moins foncées. Des traits ou des points gris font une sorte de grivelure sur le corps du poisson. Notre individu est long de dix-neuf pouces. Il me paraît probable qu'il est originaire d'Al- lemagne; car cet individu provient du Cabi- net de Vienne. Je crois d'autant plus forte- ment à la détermination que je fais ici, que Bloch dit aussi positivement dans son texte que les écailles sont grandes, qu'il les repré- sente sur sa planche, qu'il donne assez bien la forme de l'anale de notre poisson, mal- gré qu'il lui compte treize rayons, et que la taille de deux pieds, à laquelle Bloch dit que son Kùhling peut atteindre, correspond déjà assez bien à notre individu. La grandeur des écailles et la forme géné- rale du corps, représentées sur la planche de M. Yareli 1 pour l'ide, me paraît aussi devoir se rapporter, comme il Le dit lui-même, à Vide de Bloch : en tous cas on ne peut nier 1. Brit. fish. , p. 344- 236 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. la ressemblance entre la figure laissée par Bloch et celle que nous donne M. Yarell. Z/Able de Heger. (Leuciscus Heger i 3 Ch. Bon.) est une espèce à petites écailles, voisine, par ce caractère, du cyprinus Idus. La longueur de la têle mesure le cinquième de la longueur totale : c'est aussi la dimension de la hauteur du tronc. Le museau est assez gros; la fente de la bouche oblique. La dorsale et l'anale droites; la caudale peu fourchue. D. 10; A. 11, etc. Le prince Ch. Bonaparte compte soixante rangées d'écaillés, neuf au-dessus et six au-dessous de la ligne latérale. Les dents pharyngiennes sont recour- bées et un peu dentelées. La couleur que je trouve dans les belles planches de la Faune italienne sont vertes sur le dos et fondues par des irisations rosées avec le blanc argenté du ventre. Les joues sont dorées; la dorsale, l'anale et les ventrales ont les mêmes teintes; leurs rayons verts sont réunis par une membrane hyaline plus ou moins rosée, et ti- rant au minium sur le bord. La caudale est verte et les pectorales sont roses. L'auteur italien qui a figuré cette espèce, en lait un de ses scardinius, à cause de ses dents serrulées; mais il remarque que Ton CHAP. XIII. ABLES. 237 pourrait en faire le type d'un genre nouveau, où que l'on peut dire que c'est un squalius à corps très-svelte. C'est M. Agassiz qui l'a dédié à M. Heger, entomologiste distingué. Ce pois- son vit dans les eaux courantes, et sa chair est peu estimée. Z/Able cavazzine. {Leuciscus al tus , Ch. Bon.) Nous devons à M. le comte Borroméo un able \jui ressemble beaucoup à la figure du leuciscus altuSy donnée par le prince Charles Bonaparte. Ce poisson ressemble beaucoup à un gardon; il a cependant le dos plus élevé, le ventre plus droit; la dorsale est pointue et haute de lavant, l'anale est petite. D. 10; A. 11. La tête est courte, le museau arrondi et gros, l'œil près du museau. La couleur est un bleu d'acier sur le dos, argentée sous le ventre; la teinte du dos fait des sortes de bandelettes longitudinales, mal arrêtées et souvent plus foncées sur la queue; les nageoires sont bleuâtres. Ce poisson , long de six pouces , a été en- voyé du lac Majeur sous le nom de Cavazzino. 238 livre xviii. cypr1n0ïdes. Z/Able de Savigny. (Leuciscus Savignii, nob.) Voici encore un nouveau cyprinoïcle clés eaux douces de l'Italie, que nous avons dédié à M. Savigny dès i8j3, lorsque ce savant le fit connaître en le déposant dans la collection du Jardin du Roi. Ce poisson a le corps alongé, sa hauteur en sur- passe un peu celle de la tête et ne fait pas tout-à- fait le quart de la longueur totale. Le museau est très -obtus et sa grosseur est augmentée, parce que la tête est grosse et saillante au-devant des yeux; la ligne du profil monte ensuite très- légèrement jus- qu'à la dorsale, d'où elle descend un peu oblique- ment jusqu'à la caudale; la ligne du profil inférieur est soutenue à partir de la gorge, ce qui fait paraître la tête plus petite qu'elle ne l'est réellement. La bouche est petite et fendue presque en ligne droite; les dents pharyngiennes sont, comme celles du rotengle, crochues sur deux rangs; les yeux sont de grandeur médiocre; la dorsale et l'anale sont qua- drilatères, peu grandes : la première est beaucoup plus basse que la hauteur du tronc sous elle; la seconde de ces deux nageoires paraît un peu plus large que la première; la caudale est peu fourchue. D. 10; A. 10 ou 11, etc. Je trouve, en effet, deux des individus de M. Sa- vigny avec onze rayons à l'anale. CHAP. XIII. ABLES. 259 Je compte cinquante -cinq rangées decailles le long du côté, neuf au-dessus et cinq au-dessous de la ligne latérale, qui est peu courbée. La couleur est argentée avec des teintes cendrées sur le dos. Une bandelette grisâtre, détachée du fond du dos, règne le long du corps de la tempe au dos du tronçon de la queue. L'argenté des flancs et du ventre est glacé de jaune verdâtre, teinte qui s'étend sur les nageoires. M. Savigny avait pris dans des eaux douces de la Spezzia le poisson que nous lui avons dédié. Depuis , M. Laurillard en a rapporté plusieurs individus pris à Nice, et, enfin, M. Savi en a envoyé au Muséum sous le nom de cyprinus Aphya. Le prince Charles Bonaparte a donné une fort bonne figure de ce poisson, et il a con- servé, par égard pour notre célèbre Savigny, la dénomination imposée dans les galeries du Muséum a cette espèce d'able, qu'il a cru de- voir considérer comme d'un genre distinct, appelé Telestes : ce poisson est donc nom- mé, dans la Faune italienne, Telestes Savi- gnyi. La description dans cet ouvrage y est d'une grande exactitude; mais je ne saurais donner une assez grande importance aux ca- ractères indiqués par le célèbre ichthyolo- giste, dont je ne partage pas l'avis, pour faire de ce poisson un genre distinct. 240 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Voici les caractères : « Corps grêle ou ar- « rondi, plutôt alongé; la tête courte, le mu- « seau arrondi et avancé au-delà d'une bou- « che petite et ouverte en dessous; la dorsale « opposée aux ventrales, et plus ou moins ar- « rondie; les pectorales grandes; les écailles « très-petites; la ligne latérale courant par le « milieu du corps; les dents pharyngiennes « sur deux rangs, un peu crochues. * L'auteur oppose à ces caractères les trois rangées des dents pharyngiennes de ses Squa- lius et les dentelures des Scardinius. Mais je. demande comment on peut distinguer par la diagnose précédente les telestes d'un cypr. dobula, si ce n'est par des particularités tout- à-fait spécifiques? et puis j'observe que tous les squalius que j'ai reçus étiquetés de la main même du prince de Mussignano, n'ont pas toutes trois rangées de dents pharyn- giennes ; on peut même dire que c'est l'ex- ception qui ferait ici la règle. Les passages entre les scardinius et les autres ables à dents peu ou très-peu dentelées sont véritablement insensibles. Que le lecteur me pardonne ces détails ; mais il fallait bien prouver que je n'ai attaqué les idées d'auteurs aussi justement estimés, qu'après avoir étudié dans leur en- semble les espèces, peut-être un peu multi- CHAP. XIII. ABLES. 241 pliées, de ces cyprinoïdes. Cet able, qui vit dans les rivières du Piémont, a été connu par M. Risso, qui, dans la 2. e édition de son Ichthyologie, a publié cette espèce sous la dénomination nouvelle de Leuciscus cabeda. C'est lui-même qui a nommé les individus rapportés par M. Laurillard. Z/Able mozzella. {Leuciscus muticellus , Ch. Bon.) Nous avons reçu au Cabinet du Roi par M. Canali, sous le nom de Lasca ciel Tevere, une espèce qui a le museau large mais peu élevé, dépassant un peu la bouche, qui est fendue en dessous; la hau- teur fait près du cinquième de la longueur totale; la caudale et l'anale petites. D. 10; A. 10 ou 11, etc. Les écailles, au nombre de cinquante- cinq à soixante, dans la longueur totale. Les dents pharyngiennes sont au nombre de cinq sur le rang externe et de trois sur le second : elles avaient la surface de leur couronne plate, sans den- telures, le bout étant très-crochu; mais en exami- nant les germes des dents de remplacement, on voit que la couronne est dentelée. La couleur du dos est un gris rougeâtre plus ou moins foncé sur le dos, se fondant par de l'argenté plus ou moins gris avec le blanc argenté du ventre : le tout esl glacé de jaunâtre; une bande bleu d'acier 1 7. 16 242 LIVRE XVIII. GYPRINOÏDES. ou grise longitudinale s'étend de l'œil ou de l'épaule sur la queue, en passant sur la ligne latérale; la pec- torale est jaunâtre, avec une bandelette aurore à sa base : on retrouve cette teinte sur le lobe inférieur de la caudale; les autres nageoires sont bleuâtres. Ce poisson a été récemment décrit et figuré dans la Faune italienne par le prince Charles Bonaparte de Canino, qui nous a envoyé plu- sieurs petits individus pour les collections du Jardin des Plantes. Nous lui avons conservé le nom que ce naturaliste lui a donné, quoi- qu'il fût bien postérieur à celui de la collec- tion publique du Muséum. M. Canali l'avait envoyé sous le nom de Lasca batarba, de Lasca del Tevere, noms que nous retrouvons dans la Faune italienne, avec ceux de Ruglione à Terni, de Mossella ou de Morrone à Viterbe. Je vois aussi, par la collection du Muséum, que M. Savi croyait, comme M. Agassiz, que cette espèce est le vé- ritable Cyprinus aphya des auteurs. Nous avons reçu sous ce nom des poissons nommés par M. Agassiz lui-même du nom de Cyprinus aphya, et je ne crois pas que ces poissons du Danube soient de la même espèce que ceux de l'Italie. On va en juger par la des- cription suivante. Je crois d'ailleurs aussi que le Cyprinus aphya de Bloch est tout différent. CHAP. XIII. ABLES. 245 Z/AbLE SARDELLE. ( Leuciscus sardella s nob. " ) M. Costa s'est demandé, dans sa Faune de Naples, si le Sardella rossa des habitans de Scafarti est le Cyprinus dobula des auteurs? C'est un petit poisson dont la hauteur est du quart de la longueur totale; la nuque aplatie; l'ou- verture de la bouche petite et oblique vers le bas; la mâchoire inférieure plus courte que la supérieure; les yeux médiocres, éloignés du bout du museau d'un diamètre et demi; le premier rayon de la dor- sale élevé sur le milieu de la longueur du corps, la caudale non comprise. D. 10; A. 11, etc. La couleur du dos est un brun verdâtre un peu mordoré; la dorsale est jaune; la caudale a du roux à la base; les autres nageoires sont rouges de minium. L'auteur dit que les dents pharyngiennes sont au nombre de cinq et semblables à celles des autres ables. La forme du corps est celle de nos jeunes rotengles, mais il ne paraît pas que ce poisson en ait la dentition des pharyngiens. Il aurait quelque ressemblance, dans la coloration des 1. Leuciscus dobula, Costa; Faun. neap., p. 24, tab. XIX. 244 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. nageoires, avec le Leuciscus fucini du prince Bonaparte; je ne le crois pas de la même es- pèce, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'appartient pas au Cypr. dobula de Linné. Z/Able compagnon. {Leuciscus cornes , Costa.) Je crois que le poisson figuré et décrit par M. Costa dans sa Faune de Naples, est très- voisin de celui-ci, s'il n'est le même. Les formes générales sont les mêmes; le museau est aussi saillant, mais les teintes sont un peu diffé- rentes; le dos est brun mordoré; les flancs sont argentés; la dorsale est jaune; l'anale, bleuâtre, a le bord jaunâtre; la pectorale, grise, a une tache dans son aisselle; les ventrales sont bordées de jaune; la bande brune reste sur la queue; car elle ne dé- passe pas la dorsale. On voit que ce ne sont pas tout- à-fait les mêmes teintes; je n'ose décider sur des textes dans des espèces aussi voisines. Ce qu'il y a de certain, c'est que, suivant M. Costa, ce poisson accompagne toujours le Cypr. dobula. La vie de ce petit poisson est peu tenace, et il se gâte très-promptement après la mort. La cl] air est d'ailleurs peu savoureuse. On le nomme Sardella bianca scafati. CHAP. XIII. ABLES. 245 Z/ABLE BLANCHATRE. {Leuciscus albiclus , Costa. 1 ) M. Costa a décrit, dans sa Faune napoli- taine, un able dont les formes ont quelques rapports avec le Leuciscus dolabratus , et qui conduit aussi vers notre ablette. Le corps est assez haut, parce que la courbure du ventre est très-prononcée. La hauteur du tronc mesure le quart de la longueur totale; la tête fait les deux tiers de cette hauteur; l'anale est longue et basse; la dorsale quadrilatère; la caudale fourchue. Voici la formule des nombres tels que la donne M. Costa. D. 12; A. 14; P. 7; V. 14; C. 18. Je pense que c'est par une erreur typogra- phique que le nombre des rayons des ven- trales est porté à quatorze, car dans tous les ables il est de neuf, et la figure ne représente pas les ventrales plus grandes qu'à l'ordinaire. Z/Able calabrois {Leuciscus brutius s Costa 2 ) est un des ables à corps alongé comme le Leuciscus muticellus, ou comme nos ablettes ; 1. Cosla, Faun. neap., Poiss., i5, tab. XIV. 2. Costa, Faun. neap., p. 22, pi. XVIII. 246 LIVRE XV11I. CYPRINOÏDES. mais dont le museau, beaucoup plus rond, tient plus de la forme de nos chevaines et de nos gardons. Il a le corps alongé; la hauteur est comprise cinq fois et deux tiers dans la longueur totale; la tête a presque la même proportion, ne faisant que le cin- quième du corps , et l'œil est petit et des trois hui- tièmes de la longueur de la tête. L'extrémité du mu- seau est arrondie; la bouche est fendue droite, et la lèvre supérieure, charnue, recouvre presque l'in- férieure. D. 10; A. 9, etc. La couleur est changeante en roux violet et en vert rembruni, avec un brillant argenté; le dessous est jaunâtre; l'œil est tacheté de brun; la bouche jaunâtre; les nageoires sont pâles; la dorsale étant brune à la base; la caudale et l'anale verdâtres; la pectorale jaune sur les premiers rayons et pâle en dedans; les ventrales ont aussi du jaune. On trouve ce petit poisson dans le fleuve Crati, qui baigne la ville de Cosenza, où l'es- pèce est connue sous le nom de Riole ou Reole. La plus grande longueur est de six pouces napolitains. chap. xiii. ables. 247 Z/Able de Vulture. (Leuciscus Vulturius , Costa. 1 ) Cest un joli petit poisson du lac de Mon- tecchio. Sa tête est déclive, parce que l'occiput est élevé; mais sa nuque est basse et déprimée : elle a quelque ressemblance, dit M. Costa, avec celle d'un petit saurien ou d'un chalide. Ce savant zoologiste lui a trouvé pour caractère le plus saillant, entre tous ses congénères, d'avoir les nageoires assez longues et trapézoïdales. D. 9; A. 15; C. 18; P. 14; V. 8 ou 9. La couleur est un vert jaunâtre, sali de brun sur le dos. Ce poisson est peu différent de la Sardella bianca du lac Persile ou Pesile, qui a cepen- dant la tête un peu plus alongée, ce qui dé- pend de la longueur du museau, dont l'extré- mité est éloignée du bord de l'orbite d'une fois et un quart le diamètre de l'œil La couleur générale est argentée, avec des teintes verdâtres ou jaunâtres sur le dos; une bande grise longitudinale s'étend de l'opercule à la caudale. Les nageoires sont pâles à teintes jaunâtres. Cette disposition des couleurs rappelle 1. Costa, Faun. neap., Poiss., i5, tab. XV. 248 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. celles des Leuciscus muticellus et Leuciscus Savignyi. M. Costa la observé dans la petite rivière de Staffoli, et dit qu'on la confond avec les autres poissons blancs, et surtout l'ablette, sous le nom de Sardella. La plaque basilaire, représentée tab. XIV, e 1 et e 2, a une forme particulière et remarquable par son échancrure; elle prouve que cette espèce est bien distincte de tous les ables dont nous avons parlé. Z7Able hachette. {Leuciscus dolabratus 3 Holandre.) M. Holandre, bibliothécaire instruit de la ville de Metz, et qui s'est occupé de publier une Faune du département de la Moselle, a distingué parmi les ables une espèce qui a La hauteur, plus forte que la tête n'est longue, est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale du corps. L'œil est gros et situé sur le haut de la joue : son diamètre est compris trois fois et demie dans la tête. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure quand la bouche est ouverte. D. 11; A. 13 ou 14, etc. Je compte quarante -cinq écailles dans la lon- gueur. Tout le poisson est d'un bel argenté, grisâtre sur le dos; il y a un peu de noir dans la fourche de la caudale. CHAP. XIII. ABLES. 249 Nous avons reçu un individu de cette es- pèce, long de quatre pouces et demi, par les soins de M. Selys, de Liège, et qui l'avait pris dans la Meuse, M. Selys l'indique comme un poisson rare; M. Holandre la découvert dans la Moselle et ses affluens : on le prendrait au premier aspect, à cause de son éclat argenté, pour une ablette, mais le nombre des rayons l'en distingue. Z/Able ochrodonte. (Leuciscus ochrodon 3 Agassiz.) Je crois retrouver, parmi les ablettes que M. Nitsch a envoyées de l'Elbe, le poisson dont mon ami, M. Agassiz, m'a envoyé le dessin sous le nom SAspius ochrodon. Ces individus offrent aussi plusieurs différences sensibles avec l'ablette ordinaire et avec l'al- burnoïde. Ces poissons ont le corps plus large que les pré- cédens, car la hauteur n'est que le cinquième de la longueur totale. Le dos est plus soutenu derrière la nuque; la tête est plus courte que la hauteur du corps. Le museau est plus gros et plus court; l'œil est moins grand , car son diamètre est près de quatre fois dans la longueur de la tête; les dents pharyn- giennes sont dentelées et sur deux rangs comme celles des précédens, mais telles me paraissent plus 250 LIVRE XVIIT. CYPRINOÏDES. hautes; l'anale est plus large et plus haute de l'ar- rière, parce que ses derniers rayons sont plus longs. D. 10; A. 19. Les écailles me paraissent un peu plus petites : j'en compte cinquante rangées sur le côté; la ligne latérale est aussi très -arquée; la couleur est celle de notre ablette. J'en ai sous les yeux neuf individus , tous entièrement semblables, et reconnaissables à leur faciès et à leur anale large et haute. Les plus grands ont cinq pouces et demi de lon- gueur. J'ai voulu rappeler, par le nom que je lui impose, ses affinités avec le Cjprinus alburnus. Outre ces individus, j'en trouve un entiè- rement semblable, venant de Moskou, et qui a été donné au Cabinet du Roi par M. Ehren- berg. L'Able alburnoïde. (Leuciscus alburnoides, Selys.) On trouve, parmi les bandes d'ablettes, un able qui ressemble tellement à une sardine, qu'il faut d'abord s'assurer des caractères gé- nériques pour ne pas confondre ce cyprin avec un chipé oïde. Le corps est alongé, un peu rond sur le dos et aminci sous le ventre, sans qu'il soit tranchant; la CHAP. XIII. ABLES. 251 tête est alongée, le museau mince, la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure, avec un petit tubercule sur la symphyse. La bouche est d'ail- leurs peu fendue; l'oeil est grand : son diamètre fait le tiers de la longueur de la tête, qui est com- prise cinq fois et demie dans la longueur totale, et qui est un peu supérieure à la hauteur du tronc. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs : la première rangée a quatre dents, la seconde deux : elles ont la couronne dentelée, et les dentelures doivent être profondes, car elles se voient encore sur le côté des dents qui ont la couronne déjà usée et plate. La dorsale est trapézoïde, l'anale est faite comme celle de l'ablette ordinaire, mais elle a plus de longueur. La caudale est fourchue, la pectorale pointue. D. 10; A. 20, etc. Les écailles sont lisses, au nombre de quarante- cinq; la ligne latérale est courbe, mais peu arquée. Le poisson a le dos bleu verdâtre et le reste du corps argenté. Jai reçu de la Meuse, par M. Selys, un individu long de cinq pouces, et j'en retrouve de parfaitement semblables parmi les ablettes que j'ai rapportées de Neuwied; ce qui prouve que ce poisson entre dans le Rhin avec la Moselle. Mais j'en ai aussi vu dans les eaux du Bran- debourg, car je l'ai péché dans le lac du Tegel. Je crois donc que M. Selys a eu raison de 252 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. faire une espèce de cette race (Tablette, plus rare que Table auquel Ton réserve plus spécia- lement ce nom. Quoique j'aie reçu ce poisson de Liège, il paraît, d'après l'ouvrage de M. Selys, que cette espèce est moins commune dans la Meuse que dans les affl tiens de ce fleuve à fond caillou- teux, tels que la Vesdre, fOurthe et aussi dans la Moselle. Z/Able a bandes. ( Leuciscus fasciatus , Nord m. 1 ) M. Nordmann nous a donné, des eaux douces d'Abasie, des exemplaires de son As- pices fasciatus. C'est un petit poisson dont les couleurs sont assez voisines des ables que M. Agassiz appelle Leuciscus aphya , et qui paraît aussi assez voisin de nos éperlans de la Seine. Le corps est large et trapu, dont la courbe du ventre est beaucoup plus forte que celle du dos; dont le chanfrein est soutenu, le museau gros et obtus, la tête courte, l'œil de médiocre grandeur. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangées, de cinq et de trois : elles ont la pointe courbe et pas de dentelures. La hauteur est trois fois et trois quarts 1. Faun. pont., p. 49/ > pi* 23, fig. 2. CHAP. XIII. ABLES. 255 dans la longueur totale; la tête fait les deux tiers de cette hauteur, et le diamètre de l'œil est trois fois et deux tiers dans la longueur de la tête. La dorsale est assez pointue de l'avant ; l'anale courte et haute; la caudale plutôt échancrée que fourchue. D. 9; A. 14, etc. Je compte de quarante à quarante- cinq écailles dans la longueur. La ligne latérale est large et mar- quée par deux points comme le précédent, et je vois quatre à cinq séries longitudinales de poinls noirs au-dessus de la ligne latérale. Le poisson frais a le dos grisâtre glacé de vert, le tout sous des reflets d'argent, qui passent au blanc métallique du ventre irisé de jaunâtre. Il y a le long des flancs deux bandes noirâtres, qui deviennent plus foncées sur la caudale, et en outre les points noirs que j'ai indiqués plus haut. M. Nordmann dit les bandes noires, et ajoute qu'elles paraissent davantage sur les vieux individus. Nos individus ont quatre pouces, et ils ne paraissent pas devenir beaucoup plus grands. La forme comprimée du corps leur donne l'apparence d'une jeune brème. Cette espèce se multiplie beaucoup dans les torrens rapides et les rivières des pays situés le long de la côte orientale du Pont- Euxin, en Abasie et en Mîngrélie, et sur les peuplades Tcherkesses et des Chapsoughes. Pallas n'a pas connu ce poisson. 254 livre xviiï. cyprinoïdes. Z/Able d'Agassiz. {Leuciscus dgassii, nob.) M. Agassiz a donné au Cabinet du Roi, sous le nom de Leuciscus aphya, un poisson du Danube d'une espèce particulière, mais qui n'est pas, comme il le croyait, le Oyprinus aphya des auteurs, attendu que l'anale a onze rayons. Il ressemble aussi, par les couleurs, au Leu- ciscus muticellus du prince de Mussignano, mais il est cependant d'une espèce différente. Il s'en distingue, en effet, par un museau moins gros, parce que la ligne du profil de la gorge jusqu'au menton est rectiligne et horizontale, tandis qu'elle est convexe et relevée dans le leuciscus muticellus. La ligne latérale est aussi beaucoup plus droite. Cet able a le profil su- périeur arqué; la hauteur du tronc quatre fois et demie dans la longueur totale; la tête, courte, cinq fois et demie dans cette même longueur; le museau est obtus; l'œil a son diamètre quatre fois dans la longueur de la tête, ce qui donne aussi un carac- tère très-reconnaissable de cette espèce. J'ai vérifié sur plusieurs individus que les dents pharyngiennes, sur deux rangs, n'ont que quatre dents à la rangée externe, et une seule à l'interne. La couronne est crochue, mais sans dentelures : c'est le seul able qui ait ce nombre de dents. La dorsale est petite, arrondie; la caudale peu fourchue. , CHAP. XIII. ABLES. 255 D. 10; A. 11, etc. Il y a quarante-trois rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale; chaque écaille est striée comme le sont celles des cyprins en général. La couleur est un gris cendré sur le dos, avec une bande grise longitudi- nale; au-dessus de la ligne latérale elle s'avance jusque sur l'opercule, mais ne paraît pas traverser l'œil; tout le dessous est l'argenté pur du ventre; les nageoires ont du jaunâtre. Nos individus ont cinq pouces. Us viennent de Munich. Ils ont été nommés par M. Agassiz, et il ma communiqué le dessin fait d'après la nature vivante. C'est à cause de cela que je lui dédie cette jolie espèce, différente du Cypr. aphya de Linné, qui n'est autre que le Cypr. phoxinus et du Cypr. aphya de Bloch, distinct de celui de Linné, et du Leuciscus muticellus de la Faune italienne. Z/Able a iris. {Leuciscus iris 3 nob.) Je trouve, dans la collection du Jardin du Roi, des ables qui ressemblent plus que tout autre au Cyprinus aphya de Bloch 1 , et que M. Cuvier me remit peu de jours avant sa 1. Bl., 97, fig. 2. 2 56 LIVRE XVIII. CYPP.INOÏDES. fatale maladie. Ils en ont la forme alongée, mais comme ils viennent d'Amérique et que la dorsale porte une tache caractéristique, ou- bliée sur la figure de Bloch, je n'ose indiquer une parfaite identité. Ils ressemblent par leur tournure à des goujons; mais en les examinant avec soin, on s'assure bientôt, par l'absence de barbillons, par la forme des na- geoires et par leur coloration, qu'ils n'appartiennent pas à cette espèce. La tête est grosse, assez large et aplatie sur la nuque; le dos est rond et convexe; le ventre sail- lant, ce qui rend la queue plus grêle. La hauteur surpasse la longueur de la tête et celle de la cau- dale, et n'est pas comprise tout-à-fait cinq fois dans îa longueur totale du corps. Le museau est arrondi, déprimé; la bouche est large et fendue en-dessous; la mâchoire inférieure a l'air d'être un peu plus longue; l'oeil est situé sur le haut de la joue : son diamètre fait à peu près le tiers de la longueur de la tête Le premier rayon de la dorsale est au milieu de la longueur totale. La nageoire et l'anale sont un peu arrondies, ainsi que les nageoires paires. D. 9; A. 9; C. 19; P. 19; V. 9. Il y a quarante rangées d'écaillés, qui ont toutes le centre argenté et le bord gris roussatre, ce qui fait paraître le dos du poisson comme enveloppé dans une sorte de roseau. Une bandelette grise règne le long du côté au-dessus de la ligne latérale. Les nageoires sont transparentes et pâles ; presque tous les individus que j'ai sous les yeux ont une tache CHAP. XIII. ABLES. 257 noirâtre à la base des premiers rayons de la dorsale; un petit individu entièrement semblable aux autres pour tout le reste, a la dorsale blanche, transparente et sans aucune tache. Le longueur de nos individus varie de trois à huit pouces. Ils nous sont venus de New- York par M. Milbert, et de la Caroline par M. Gibbes. La tête des deux d'entre eux a le front et la nuque hérissés de longs tubercules coniques, durs, épidermiques; les autres ont des séries de petits pores très -marqués. Ce sont de tous nos poissons ceux qui res- semblent le plus à la figure de Bloch, par leur tournure générale, et ils en ont les neuf rayons de l'anale. Si Bloch avait indiqué la tache dor- sale, je n'hésiterais pas à les donner pour son Cypr. aphya, mais non pour celui de Linné, et s'il me reste quelque incertitude sur ce rap- prochement, c'est qu'un de nos exemplaires, qui est bien sûr de la même espèce, manque de tache à la nageoire. Ils ne sont pas certainement de la même espèce que les individus du Danube, déposés au Cabinet du Roi par M. Agassiz, sous le nom de Cypr. aphya; et ces derniers, de même que le Leucisc. muticellus du prince Charles Bona- parte, ne sont pas le Cypr. aphya de Linné. Mais il faut bien faire attention que je ne parle i 7 . 17 258 LIVRE XMU. CYPRINOÏBES. ici ni de la description ni do la synonymie de Bloch. Quand je traiterai du Véron, que l'on désigne ordinairement sons le nom de Crpr. phoxinus, je vais démontrer facilement que c'est aussi le Crpr. aphya de Linné et d'Artedi. Bloch avait reçu de Millier le poisson quil a peint sons le nom de Çjrprinus apliya. Mais la description a été laite évidemment d'après les livres consultés par Bloch : elle est par consé- quent un mélange de plusieurs traits appar- tenant à l'espèce figurée, et au Crpr. apliya des auteurs. Le poisson décrit par Bloch venait- il du Nord de l'Europe? J'ai là-dessus quelque in- certitude; car je vois que Muller 1 et M. Nits- son 2 ont un crpr. apliya à coté de leur crpr. phoxinuSy ce dernier auteur cite Bloch; mais il a tort de citer Linné. L'espèce qui précède et les quatre ou cinq dont nous allons parler, constituent le groupe et même le genre Aspius, tel que M. Agassiz la entendu. Je n'ai plus à revenir aux objec- tions que j'ai laites à sa distribution générique et aux caractères qu'il a assignés à son genre. 1. Prod. Faun. dan. , p. 5o, n.° 45 1. X Nilss., Ichth. Scand. y p. 29. n.° 7. f.tiAp. xni. abu 259 J'ajoute quelques espèces « ceHes qu'il cite, même poui 1 Europe. Ce savant icbtbyologiste a place parmi ses aspius les deux espèces fossiles d'ables figurées dans son Histoire des poissons; lune, aspius gracilis 1 , des schistes d OEningen, et l'autre, aspius Brongnartii*) des scbistes de Menât en Auvergne. Z/Able épeblah. [Leuciscus bipunctatuSs nob.] Lu petit able très-abondant dans la Seine, et que nos pêcheurs appellent XEperlan de Seine , a le corps plus large et plus court que l'ablette. Sa hauteur mesure le quart de sa longueur : quelque- fois elle est un peu moindre. La ligne du profil monte par une courbe régulière du bout du museau a la dorsale, puis elle est en ligne droite jusqu'à la caudale. La courbe du ventre est régulière et va du menton a la queue. La tête est petite et courte, et du cinquième de la longueur totale. Son museau est court et rond: la mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure; l'oeil est grand : ton diamètre est pre 5 du tiers de la longueur de la tête. La base du premier rayon de la dorsale est au milieu de la 1. Agassiz, Poiss. focs., vol. 5, tab. 55, fig. 1 et 2. 2. Eju:d. ibid., fig. 4- 260 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. longueur du tronc, la caudale non comprise. La partie antérieure est plus haute de moitié que le dernier rayon , et d'un quart de plus que la base de la nageoire. L'anale a une base plus longue d'un tiers que le premier rayon, qui lui-même a un tiers de plus que le dernier. La caudale a ses deux lobes assez aigus; la pectorale est pointue et aussi longue que la tête; la ventrale a quelque chose de moins. D. 10; A. 19; C. 21; P. 15; V. 9. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs, cinq à la première rangée, deux à la seconde : elles ont la pointe aiguë et recourbée, ce qui les rend très- crochues, mais la couronne n'est pas dentelée. Les écailles sont à peine striées, et j'en compte cinquante le long de chaque côté. Ce petit poisson brille du bel éclat argenté sur le ventre, et a le dos d'un rouge verdâtre mêlé de bleu d'acier, formant une sorte de raie sur la queue. Un grand nombre de points pigmentaires sont répandus sur l'argenté. Sur cette cuirasse métallique se dessine fortement la ligne latérale, qui est large, un peu verdâtre et formée de deux séries de petits points noirs, ce qui l'a fait appeler cyprinus bipunclatus. Les viscères ressemblent à ceux de nos autres cyprins; le foie m'a paru un peu plus petit, la raie plus foncée, les deux lobes de la vessie aérienne plus égaux ; sur le squelette on compte trente -trois vertèbres à la co- lonne épinière et quinze paires de côtes. J'ai trouvé cette espèce en abondance dans la Somme ? dans l'Eure, dans la Marne, dans CHAP. XIIT. ABLES. 2(>I le Mo ri n , par conséquent dans les eaux douces du bassin de la Seine; il est aussi dans la Loire et dans ses affluens. Je l'ai vu dans toutes les eaux de la Prusse, et nous en avons aussi reçu des différentes parties de l'Italie. La description qu'on vient de lire est faite sur des individus que j'ai vus et examinés sou- vent dans la Seine, où l'espèce est très-abon- dante, et elle correspond en tous points à la ligure de Bloch. 1 Il me paraît que le poisson mentionné par M. Reisinger 2 a les mêmes couleurs que ceux de notre Seine; de sorte que je rapporte en- core cette description à notre éperlan de la Seine. Cet auteur le place dans le Waag, un des ailluens du Danube, et observe qu'il aime la chaleur, qu'il est très -prolifère, et donne sa chair comme de bon goût. Nous avons remarqué, au contraire, que dans la Seine ce poisson a souvent un goût amer très- sensible. Il ne paraît pas que l'espèce avance beaucoup vers le Nord; car aucun auteur de Suède ou de Norwège, ni même aucun auteur anglais n'en font mention; aussi Artedi n'a pas connu 1. Bl., tab. 8, %. i. 2. Pisc. Hung. , p. 71, n.° 18. 262 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. cette espèce, qui n'a pas été non plus établie dans les douze éditions du Sjstema naturœ. C'est Bloch qui, le premier, l'a fait connaître et en a donné une figure assez reconnaissable dans des catalogues systématiques. M. Nordmann l cite un aspius bipunctatus, Agassiz, sans rien dire des couleurs, qui se trouve dans les petits ruisseaux de la Bessa- rabie, et M. Eichwald le compte aussi parmi les poissons des eaux du Caucase; mais il est difficile de savoir s'il faut rapporter ce poisson à cette espèce ou à la suivante. Je suis porté à le donner comme asp. bipunctatus, parce que les couleurs si vives de l'espèce suivante auront frappé ces habiles observateurs, et que déjà je crois que notre espèce descend le Danube , puisque nous la voyons dans les rivières qui y versent leurs eaux. Z/Able de Baldner. (Leuciscus Baldner i, nob.) Mais avec Féperlan de la Seine, je pense qu'il existe dans les eaux douces de l'Europe une seconde espèce, confondue par la plu- part des auteurs avec le cyprinus bipunctatus de Bloch. 1. Faun. pont., p. 496. CHAP. XïII. ABLES. 2G5 Je lui trouve le corps un peu plus alongé, le museau plus aigu : elle est d'ailleurs semblable pour le reste, et a les mêmes nombres de rayons. D. 10; A. 19, etc. Les couleurs sont très -différentes et beaucoup plus élégamment variées. Le vert du dos, à reflets argentés, descend sur les côtes jusqu'à la ligne laté- rale; par le milieu du côté est une bande d'un joli lilas : le tout est sablé de points noirs pigmentaires. La dorsale est verte, mêlé de gris; la base a quel- que peu de jaune. La caudale est de même couleur, mais plus claire et plus transparente; la pectorale, la ventrale et l'anale sont pâles et portent dans leur aisselle ou le long de la base des rayons une tache jaune assez pure sur les nageoires paires, et passant à l'orangé sur l'anale. La ligne latérale est d'ailleurs formée d'une double série de points ou de traits noirs. Je juge de ces jolies couleurs par un fort beau dessin communiqué par mon ami M. Agassiz, et la description que M. de Jurine a donnée de son Platet du lac de Genève, est bien conforme aussi à la nôtre. Je retrouve aussi les mêmes couleurs sur le dessin de Baldner, qui a nommé le poisson Riensling. Elles sont plus heurtées, mais c'est bien évidemment la même chose. Il est pos- sible quelles acquièrent plus d'intensité à l'é- poque de la belle saison; car la description 264 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. de M. Selys-Longchamps *, sous le nom de Aspius bipunctatus, a l'air d'être entièrement faite, quant aux couleurs, sur le dessin de Baldner. Ce qui prouve que les teintes que l'on serait tenté de croire exagérées sur le dessin du pêcheur strasbourgeois , peuvent atteindre a cette intensité. Les documens laissés dans ce manuscrit , recueillis par Willughby 2 , lui ont fourni son article sur ce poisson, dans lequel il a cru trouver le Phoxinus squamosus ou le Bani- bela de Gesner. Rien n'est moins certain; il est impossible de les caractériser, non plus que les phoxinus squamosus de Marsigli, que Bloch a cru devoir rapporter à son cyprinus bipunctatus. Suivant la note de fauteur de Strasbourg, ce poisson fraie dans le Rhin au mois de Mai; il existe aussi dans ses affluens, comme dans la Moselle ou dans la Meuse, et les petites rivières qui s'y jettent. C'est, comme je l'ai dit, le Platet du lac de Genève : nous l'avons reçu par les soins de M. De Candolle, et ce doit être aussi le Cypr. bipunctatus du lac de Constance, d'après l'ouvrage de M. Nenning. 1. Selys, Faun. belg., p. 216. "2. Willughby, p. 267, liv. 4? ch. XXIX. ci1ap. xiii. ables. 2gs Z/Aspe. (Leuciscus aspius , nob.). Un des plus grands ables connus est le poisson dont je vais traiter dans cet article et que j'ai vu pour la première fois sur le marché de Berlin sous le nom de Raapfe. Ce grand et beau poisson est déjà figuré dans Gesner 1 et bien reconnaissable dans ce dessin, et les principaux traits de son histoire naturelle sont déjà bien signalés dans la notice que, l'ami de Gesner, le médecin Kuntmann, lui avait adressé, iildrovande 2 n'a fait que co- pier la figure de Gesner. Willughby 3 en a tiré également son article, de sorte qu'Artedi, pro- fitant de ces matériaux et de la description de Schonevelde, a établi l'espèce dans sa syno- nymie 4 , en reproduisant immédiatement cette espèce une seconde fois, quand , quelques pages plus loin 5 , il cite XAsp des Suédois comme un poisson d'une nature particulière à compter dans sa synonymie, et dont il fait une des- cription 6 détaillée des plus complètes. Linné 1. Gesner, Parai, p. 9. — 2. Depisc, p. 6o4. 3. De pisc, p. 256, ch. 12. 4. Arted., Syn., p. 8, n.° 12. 5. Ibid., p. i4 ? n.° 3i. — 6. Descript., p. i/j. n.° (ï. 26fi LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. se servit uniquement de cette description dans son Fauna suecica 1 et dans le Sjstema na- turœ, où FAspe prend rang dès la X. e édition , sous le nom de Cjprinus aspius, mais comme un poisson propre à la Suède et inconnu aux ichthyologistes qui l'avaient précédé. Cette belle espèce, une des plus communes sur le marché de Berlin, a le corps alongé; sa hauteur, égale à la longueur de la tête, est comprise quatre fois et demie dans celle de tout le corps. Le museau est pointu, l'œil est petit, éloigné de deux diamètres au moins du bout du museau; le préopercule est large, et entre lui et l'œil est une grande plaque formée par le quatrième sous-orbitaire. Dans celte série, le second est étroit et très-petit; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure; la bouche est d'ailleurs bien fendue; les dents pharyngiennes sont grêles et crochues, à couronne non usée; devant les cinq grandes externes il y a trois autres petites. C'est donc la dentition générale des leuçiscus Jeses. Il n'y a d'autres diffé- rences que celles d'une espèce à une autre. La dorsale s'élève sur le milieu du dos, un peu au-delà des ven- trales. L'anale est longue et en faux; la caudale est fourchue; la pectorale pointue, les ventrales larges et triangulaires. D. 10 5 A. H;C. 5 — 19 — 6; P. 17; V. 10. Je compte soixante-cinq rangées d'écaillés entre 1. Faun. suec. } jp. 121, 1 j . ° 3 1 9 . CHAP. XIII. ABLES, 267 l'ouïe et la caudale, et dix-huit dans la hauteur. Les écailles sont striées; la ligne latérale s'infléchit sur la région pectorale et vers la douzième rangée d'é- cailles : elle se dirige en droite ligne à la queue. J'ai toujours vu ce poisson coloré de la manière suivante : Le dos, gris-verdâtre, a des reflets argentés ou dorés, selon l'incidence de la lumière; les flancs per- dent le vert du dos et restent gris-argentés ou dorés? et le ventre est blanc pur et argenté. Les joues sont sablées de points gris-verdâtres; la dorsale, grise, a quelques teintes rougeàtres; la caudale est plus foncée que la nageoire du dos; l'anale et les nageoires paires sont rougeàtres. Ces teintes s'accordent parfaitement avec celles d'un beau dessin de ce poisson, appar- tenant à M. Agassiz. On doit donc reprocher à Bloch , qui voyait ce poisson en si grande abondance sur le marché de Berlin, l'inexac- titude des couleurs de son enluminure; car la caudale et la dorsale, qui seules se rappro- chent un peu de la nature, sont d'un vert beaucoup trop clair; et quant à la forme ou à l'exactitude du trait, il faut remarquer que Bloch a fait peindre la pectorale et l'anale beaucoup trop courtes, et que la dorsale n'est pas assez haute de l'avant. J'en ai plusieurs individus de deux pieds, et j'en ai acheté un de trente -et- un pouces. 268 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Voici les observations anatomiques faites à Berlin sur cette espèce. Le foie du Raapfe est d'une couleur très-pàle; le lobe moyen est le plus long : il descend jusqu'au- delà de la première courbure de l'intestin , et il se dilate un peu dans le reste de sa longueur : il est très-mince; le lobe droit l'est un peu moins, mais plus gros; il est situé sur le canal intestinal : dans la jonction de ces deux lobes est placée la vésicule du fiel. Le lobe gauche est petit, de moitié moins long que le droit : il se réunit à celui-ci sur les intestins par son extrémité. La vésicule du fiel est oblongue, étroite, pleine d'une bile très-verte : elle débouche dans l'intestin par un trou extrêmement petit ; le canal est très- court. L'œsophage n'est pas très- large et il ne se dilate pas pour former un estomac. Après s'être replié vers les deux tiers de la longueur de l'abdomen , avoir remonté jusque sous le diaphragme et s'être replié de nouveau, le canal intestinal va jusqu'à l'anus, en diminuant constamment de largeur. Il n'a aucune valvule à l'intérieur; sa velouté est peu épaisse et chargée d'un très -grand nombre de villosités très- fines et très -serrées. La rate est grande, d'un beau rouge. La colonne épinière a quarante-neuf vertèbres, et dix-huit portent des côtes. Outre ceux que j'ai achetés à Berlin, le CHAP. XIII. ABLES. 2G9 Cabinet du Roi en possède de l'Elbe, par M. Nitsch; du Danube, par M. le marquis de Bonnay; d'Odessa, par M. Nordmann; et les différens auteurs qui ont écrit sur l'ichthyo- logie, montrent que ce poisson est assez ré- pandu. Ainsi Artedi et Linné nous montrent que XAsp existe en Suède, et M. Nilsson 1 ajoute au nom suédois d'Artedi, celui à'Aspare, et le donne comme habitant les lacs et les grands fleuves de la Suède moyenne et supérieure. Cependant MM. Fries et Ekstrom ne men- tionnent pas l'espèce dans leurs Ichthyologies. Muller 2 le compte sous le nom norwégien de Blaa-spol dans sa Faune danoise. En Alle- magne, Schwenckfeld 3 et Wulff 4 font con- naître que de leur temps l'espèce existait eu Prusse; Siemssen 5 le cite dans les eaux du Mecklembourg sous la dénomination de Raa- pe, que je trouve écrit par Leske 6 Rappe, et qui l'appelle en latin cypr. rapax. Il ajoute à sa nomenclature allemande les noms de Aland et de Raubalet ou de meunier (Alet) vorace. 1. Prod. ichth. Scand. , p. 28, n.° 6. 2. Faun. dan., p. 5i, 11. ° 438. 3. Theriotr. Siles., p. 4 2 3. 4. WuHF, Ichth. boruss., p. 43, n.' 56. 5. Fische Meckl., p. 77, n.° 12. 6. Ichth. Lifs., p. 56, n.° 12. 270 LIVRE XVIII. CYPMNOÏDES. Je ne vois pas que ce poisson se trouve en Angleterre, en Suisse, en Belgique ou en France ; mais on le trouve en grande abon- dance et de forte taille vers l'Est. Déjà Mei- dinger l en dit quelques mois dans son His- toire du Danube, en en donnant une figure assez mauvaise, et sur laquelle sont tracées des lignes longitudinales que je n'ai jamais vues sur les poissons vivans dans les eaux de Berlin. M. Reisinger 2 le mentionne de tous les fleuves de la Hongrie ; Pallas , sous le nom de Cjpr. rapax , l'indique du Volga, du Don; mais il observe qu'il manque à la Sibérie. Les noms russes sont scherech ou scherespôr , et des Moloroses, belest et beleo- na; et à Cama on le nomme kon (cheval), à cause de sa rapidité en nageant. Les Caîmou- ques disent choies -seigassun, ce que Pallas traduit par ovillus piscis. Le nom de belezna est rapporté par M. Nordmann comme celui d'Odessa. Ce savant zoologiste, en disant l'Aspe très-abondant dans toutes les rivières de la Crimée, observe qu'il varie beaucoup de couleur, et qu'il a vu des in- dividus rayés comme Marsigli les représente. 1. Dan. Pan., IV, tab. 7, fig. 2. Pisc Hung. , p. 64 . n.° 12. CHAP. XIII. ABLKS- 271 Tous ces auteurs s'accordent à dire que l'aspe est un poisson vorace, devenant grand, pesant jusqu'à douze livres, aimant les eaux claires, à fond propre, frayant vers la fin de Mars; peu vivace, ayant la chair blanche, de bon goût, mais grasse et difficile à digérer. Z/ABLE MENTONN1ER. (Leuciscus mento , Agassiz.) L'able que M. Agassiz a nommé Aspius mento, a le corps plus alongé; sa hauteur est cinq fois et un quart dans la longueur totale; sa têle un peu plus courte que la hauteur du tronc; l'œil trois fois et demie dans la longueur de la tête; la mâ- choire inférieure est épaisse, saillante, arrondie en dessous, et justifie très-bien, par sa forme, l'épithète que lui a donné mon ami M. Agassiz. Les dents pha- ryngiennes, sur deux rangs, sont fortement dente- lées. Un autre caractère fort distinctif se trouve dans la forme alongée et peu haute de l'anale. D. 10 ; A. 21, etc. Les écailles sont petites : j'en compte soixante- cinq à soixante-dix rangées sur le côté, elles sont oblongues et striées. La ligne latérale, infléchie en dessous, est peu courbe; tout le poisson brille d'un bel e'clat d'ar- gent; la caudale et l'anale ont du jaunâtre. 272 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. L'individu que je décris a sept pouces et demi de long : il vient du Danube. C'est M. Agassiz lui-même qui nous l'a envoyé étiqueté. Ce savant zoologiste a donné une fort belle figure de cette espèce dans son Histoire des poissons de l'Europe centrale 1 . C'est suivant M. Heckel X Aspius Heckelii de M. Fitzinger. Le célèbre ichthyologiste de Vienne a aussi figuré ce poisson dans son Mémoire sur les cyprins d'Europe, inséré dans les Archives de Vienne. 2 Enfin, M. Nordmann 3 nous apprend que l'espèce se trouve encore dans les eaux de la Turquie d'Europe. L'Ablette. (Leuciscus albiirnus, nob.) Le poisson que l'on pêche dans un grand nombre de lieux en Europe, dans le seul but d'en retirer la matière blanche et brillante de l'éclat du plus bel argent, pour en orienter les fausses perles, puisque la chair n'est pas bonne à manger, est l'Ablette de nos pêcheurs. Répandu dans toute l'Europe, remarqué par tout le monde à cause de sa voracité qui le 1. Ilist. des poiss. d'eau douce, pi. 28, fig. 2. 2. Heck., Wien. Ann. , v. I, 2. e part. ? p. 234, pi. XIX, fig. 3. 3. Faun. pont., p. 4°*G' CHÀP. XIII. ABLES. 275 fait mordre à l'hameçon, à cause de son éclat métallique et de sa grande abondance ; il semblerait que ce poisson ait dû prendre déjà, depuis le commencement de nos mé- thodes rigoureuses, un rang certain dans les nomenclatures linéennes : cependant il n'en est rien. On a pu voir d'abord, par les articles précédens, que les zoologistes avaient confon- dus plusieurs espèces en une seule; mais d'un autre côté il est facile de s'assurer que la sy- nonymie de ce poisson a été faite très-légère- ment par Artedi, et que par conséquent l'es- pèce du cyprinus alburnus n'était pas bien fixée. Ainsi Rondelet 1 , comme on a pu le voir plus haut à l'article du Leuc. Agassizii, a plu- tôt donné cette dernière espèce sous le nom à! alburnus que la nôtre; car non-seulement sa figure laisse voir la bande longitudinale des flancs, mais son texte est trop clair et trop explicite pour laisser aucun doute. Or, comme Aldrovande 9 , Gesner 3 ont copié l'ichthyolo- giste de Montpellier, on serait presque tenté de dire qu'il est au moins fort douteux que le cjpr. alburnus d'Artedi et de Linné dans 1. De pisc. flw. y p. 208. 2. De pisc, p. 629. 3. De aquat. , p. 25. 17. 18 274 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. le Fauna suecica, et jusques dans la XII. e édition, soit notre ablette. Willughby ' a composé son article de Y Al- burnus Ausonii sur celui de Gesner, pour la plus grande partie; et quant à sa figure, elle est faite sans aucun doute d'après la bouvière {cjprinus amarus) et non pas sur une jeune ablette. Ce qui n'a pas empêché Bloch, Gme- lin et plusieurs autres auteurs de copier cette citation sans faire la moindre observation sur l'inexactitude de cet article. Marsigli, qui a précédé également Linné, a donné, sous le nom à'Albula Ausonii, une figure d'able difficile à déterminer, mais qui n'est pas celle de notre ablette. Ainsi l'on voit qu'à l'époque d'Artedi, la synonymie de l'espèce du cjprinus alburnus était encore mal établie , et cette assertion devient aujourd'hui d'autant plus fondée , qu'il est évident, après nos travaux et sur- tout ceux de M. Agassiz, que nous n'enten- dons plus désigner sous le nom de Leuciscus alburnus le même poisson que Linné et Bloch désignaient, puisque nous avons reconnu plu- sieurs espèces confondues sous cette déno- mination. 1. De pisc, p. 263, tab. Q. io, fig. 7. CHAP. XIII. ABLES. 275 Le nom tYdble, iï Ablette, correspond anx mots latins (Xalbumus ou dUalbula, comme celui de Weisfisch , en allemand, reproduit la même idée. Mais il faut faire bien attention que dans ces langues comme dans la nôtre, ce sont des expressions collectives que Ton emploie pour désigner aussi bien tous les pois- sons blancs de nos eaux douces, que l'espèce en particulier du leuciscus alburnus. Si cepen- dant on fait attention que notre ablette est de tous ces blancs, pour me servir du terme des pêcheurs , celui qui mord le plus vite à l'hameçon, et qu'il est très-abondant dans la Moselle, il n'y a pas lieu de craindre une erreur sensible en admettant qu'Ausone 1 a en- tendu parler de nos ablettes, en disant d'elles : Qiris non et vindes vulgi solatia Tincas Noritj et Alburnos prœdam puerilibîis hamis? Avant d'apprécier ce que les auteurs pos- térieurs à Linné ont pu dire de l'ablette ? je vais en donner une description détaillée faite d'après nature. Ce cyprin a le profil du dos droit et celui du ventre arqué. L'épaisseur du dos rend cette partie du corps un peu arrondie; le ventre est un peu 1. Aus. Mos.j p. 378, vers 126. 27G LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. plus comprimé, sans être tranchant au-devant des ventrales, mais il le devient un peu entre ces na- geoires et l'anale. La hauteur est cinq fois et deux tiers dans la longueur totale, et l'épaisseur deux fois et demie dans la hauteur. La longueur de la tête est égale à la hauteur du corps; le dessus de la tête est plat, le museau est obtus; l'œil est grand, son dia- mètre est un peu moindre que le tiers de la lon- gueur de la tête, et sa distance au bout du museau est égale à son diamètre. La pièce antérieure du sous- orbitaire est presque carrée ; le bord qui touche l'œil a une petite échancrure; les trois autres pièces en- tourant l'œil sont très- étroites. Les deux bords du préopercule sont hauts et étroits; l'opercule est large, il couvre plus de la moitié de la joue. L'interoper- cule est petit, le subopercule est un peu plus grand : ces deux pièces sont peu distinctes de l'opercule et complètent le bord de l'appareil operculaire. L'ou- verture des ouïes est grande : il y a trois rayons à la membrane branchiostège. Les deux ouvertures de la narine sont près l'une de l'autre dans une petite fossette que l'on voit un peu au-dessus de l'œil à la moitié de la distance du bout du museau cà l'œil : l'antérieure est la plus grande. La mâchoire inférieure avance un peu plus que la supérieure; la symphyse est relevée en une petite pointe mousse; les lèvres sont médiocrement char- nues; la dorsale s'élève à peu près sur le milieu du dos, elle est petite, en trapèze; ses rayons sont au nombre de neuf, dont le premier est simple : ils sont tous très -grêles; le premier, qui est le plus CHAP. X1IT. ABLES. 277 long , est double du dernier : la longueur de cette nageoire est des deux tiers de la hauteur. L'anus est percé sous la fin de la dorsale, et après lui commence l'anale, dont la hauteur n'est que les trois quarts de la longueur : elle a dix-huit rayons, dont les deux premiers sont simples; le premier est très-court, le seconcK est le plus long de tous, et le dernier est plus petit que la moitié du plus long rayon. La caudale est profondément fourchue : ses deux lobes sont égaux; il y a dix-neuf rayons, dont les deux extrêmes sont les plus longs et les plus forts; la longueur de la caudale est un peu plus grande que celle de la tête. La pectorale est attachée au bas de l'os de l'é- paule , près de la gorge : elle n'est pas aussi longue que la tête; on lui compte seize rayons, dont le premier est simple et fort : il n'y a pas d'écaillés particulières dans l'aisselle. Les ventrales sont assez grandes, arrondies, sou- tenues par huit rayons, dont le premier est simple : il y a une petite écaille dans son aisselle. La ligne latérale suit la courbure du ventre; tra- cée au tiers inférieur du corps, elle se relève vers la queue, qu'elle partage par le milieu : elle est for- mée d'une suite de petits points relevés en relief sur chaque écaille. Les écailles sont petites et se détachent avec une très-grande facilité. Chaque écaille est ovale, à bord mince, presque membraneux : elles sont marquées de deux ou trois stries longitudinales et divergentes. 278 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. visibles à l'œil nu ; à la loupe, on voit un grand nombre de stries fines et concentriques sur toute leur surface. Le dessus de la tête et le dos de l'ablette est verdâtre, à reflets irisés et dorés; les côtés, le ventre et les joues sont du plus bel éclat d'argent mat que l'on puisse voir. La dorsale est grise; la caudale est un peu plus foncée et bordée de noir; les autres nageoires sont blanches et transparentes. L'iris de l'œil est argenté comme le corps. Le foie de l'ablette est petit; le lobe droit est divisé en trois lobules : le premier est sur le milieu de l'abdomen et court; le second est placé le long de l'estomac et est court aussi; il est peu distinct du troisième, qui est long et appliqué sur l'estomac. Le lobe gauche s'attache au lobe droit en dessus de l'œsophage : il est divisé en deux lobules, dont un très-grêle et très-long, est placé entre l'œsophage et le premier repli de l'intestin; le second, un peu plus court et un peu plus gros , est situé sur le côté de l'abdomen en dehors de l'intestin : sa couleur est rouge -pâle. La rate est grosse et cachée entre le second lobule du lobe gauche et l'intestin : sa couleur est d'un beau rouge vif. La vésicule du fiel est très -petite et sa liqueur est d'un jaune très-pâle : elle est située sous la partie supérieure du second lobule du lobe droit du foie, et le canal cholédoque, qui est très-court, s'ouvre dans l'intestin près de l'œsophage. CHAP. XIII. ABLES. 279 L'œsophage est très-large : il n'y a aucun étran- glement pour l'estomac, mais il se rétrécit pour donner naissance à l'intestin , qui va d'abord droit depuis le pharynx jusqu'au tiers postérieur de l'ab- domen : là il remonte vers le diaphragme où il se courbe de nouveau, d'où il se porte droit à l'anus. La vessie natatoire est comme celle des autres cyprins : l'antérieure est plus petite que la posté- rieure, qui se termine en pointe; le canal aérien est très- petit : il naît de l'extrémité antérieure de la seconde et remonte vers le haut de l'œsophage. Les vésicules séminales sont longues, grisâtres, communiquant dans un oviducte commun qui s'ou- vre derrière l'anus : elles occupent toute la longueur de l'abdomen; elles sont vides au mois de Juillet. Les reins sont gros, rouges, renflés vers leur milieu, ainsi que cela a lieu dans les autres cyprins. Le péritoine est d'un beau blanc d'argent. Il y a quarante- trois vertèbres à la colonne épi- nière et dix -huit côtes. Outre les individus de la Seine, j'ai vu ce poisson dans les eaux douces de presque toute l'Europe ; car je l'ai trouvé moi-même dans la Somme, dans l'Escaut, dans plusieurs canaux de la Hollande : je l'ai péché par trou- pes considérables dans le lac de Tegel et dans les eaux du Havel et de la Sprée. Puis nous avons reçu ce poisson de Munich, de Vienne , de Suisse ? de Milan , par M. Sa- 280 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. vigny, et du lac de Como, par MM. Ricketts et Pentland. On l'y nomme, suivant ces naturalistes, Arborello; dans toutes les parties de l'Alle- magne que j'ai visitées, j'ai entendu appeler ce poisson du nom d'Ukeley. Ceux du lac de Zug nous sont venus sous le nom de fVinger, et ceux du lac de Genève, sous celui de Ron- clion. Bloch, qui voyait prendre l'ablette par milliers dans les eaux des environs de Berlin, a donné une figure médiocre quant au trait, et tout-à-fait fausse quant aux couleurs, et j'ai déjà fait ces remarques, en décrivant ce poisson, pendant que je prenais, dans le lac de Tegel, sur les lieux même où Bloch avait vécu, des ablettes que je comparai avec les planches coloriées de cet ichthyologiste. L'ablette est commune en Suède, ainsi que le prouvent les ouvrages de Linné 1 , de Nilsson a et de M. Ekstrom 3 . Ces deux auteurs ont cru devoir la classer dans le genre Abramis. On la trouve en Danemarck; car Mùller la compte déjà dans le Fauna danica*. Nous la voyons 1. Faun. suec, n.° 33o, p. 124. "2. Prod. Scand. pisc, p. 3i, n.° i4- 3. Fisch. von Morko , trad. ail. de Creplin, p. 55. 4. Prod. Faun. dan., p. 5i , n.° 4^9- CHAP. XIII. ABLES. 281 citée dans Siemssen 1 , qui lui donne pour nom mecklembourgeois celui de Witik ou de Wi- ting, dans Leske 2 ; mais le nom le plus com- mun sur le marché de Berlin est Ukeley. M. Selys-Longchamps ne l'a pas comptée parmi ses espèces de Belgique. On conçoit qu'un poisson aussi commun et qui est employé dans une industrie pro- ductive, ait été décrit et figuré par presque tous les ichthyologistes de nos jours, et cepen- dant ces figures sont en général loin d'être ce que sera celle que M. Agassiz se propose de donner dans son Histoire naturelle des pois- sons de l'Europe centrale, et qu'il m'a com- muniquée. La figure de Duhamel 3 , sous le nom de Able ordinaire, est fort médiocre : c'est d'ail- leurs la seule dont il faille parler; car son grand Able 4 est une espèce de Leucisque, mais presque indéterminable. J'en dirai plus de la figure de Klein 5 , mal- gré qu'on la trouve indiquée dans l'ouvrage de Leske comme la seule bonne représenta- 1. DU Fische von Me kl., p. 77. 2. lchth. Lips. , p. 4o? n.° 7. 3. Traité des pèches, II. e part., sect. III, pi. 02, fig. 1. 4. Ibid. , pi. 20, fig. 2. h. Miss., V, pi. 18, fig. 3. 282 LIVRE XVIII. CYPRLNOÏDES. tion de notre poisson. Elle est tout-à-fait incorrecte et n'a certes pas été faite d'après une ablette. Ce sont là cependant toutes les citations entassées par Bloch à son article du Cyprinus alburnus. Toutes les eaux de l'Angleterre la nourrissent en grande quantité. C'est le Bleak déjà cité après Ray et Willughby par Pennant ', et dont Donovan 2 a laissé une assez jolie figure, mais que j'aime beaucoup moins que celle de M. Yarell 3 , à laquelle il n'y a rien à demander. Les auteurs des Faunes d'Angle- terre, comme Turton 4 , Flemming 5 et Jennyns 6 et M. me Bowdich 7 ont cité ou figuré ce pois- son dans leurs ouvrages. Hartmann ne la mentionne pas dans son Ichthyologie helvétique, et cependant M. Nen- ning, dans son Histoire du lac de Constance, la donne sous le nom de Laugele ; M. de Jurine l'a comptée parmi ses poissons du lac de Genève, et en a donné une assez bonne figure sous le nom d'Able. Au nom genevois de Rondion, M. de Ju- 1. Zool. Brit., p. 3 1 5. — 2. Brit.fish., tab. 18. 3. Brit.fish., p. 568. — 4. Brit. Faun. , p. 109, n.° 126. 5. An. Kingd., p. 188, n.° 6y. 6. Anim. vert., p. 4*4 > n '° <)5. 7. Brit. fresh waler fishes , n.° f\. CHAP. XIII. ABLES. 285 rine ajoute ceux de Blanche, de Blanchaille ou de Sardine, qu'on donne dans le canton de Vaud et en Savoie. M. Beisinger ' nous dit aussi que Tablette se trouve dans le Danube et les autres rivières de la Hongrie. Pallas la connaît de toutes les eaux de la Bussie, mais il assure qu'elle ne vit pas en Sibérie, et il rapporte un grand nombre de noms vulgaires des différens dialectes de ce vaste empire. Les habitans du Volga disent Sselâwa; de Novogorod, Ukelja; d'Oua, Si- Ma; de Serpuchof, Werchowodka (c'est-à- dire, nageant à la surface des eaux); de Ma- lorosie et des bords du Donez, Ssebell ou Ssi- billy et quand elle dépasse cinq pouces, Sel- vedka; chez les cosaques du Jaik, Konjuk ou Garmak, et chez ceux de Kama, TVandisch ou Schekleika. M. Nordmann 2 dit aussi qu'on trouve l'a- blette dans toutes les rivières de la Bussie méridionale, et il observe qu'on n'a jamais vu ce poisson descendre dans la mer Noire , tandis qu'on en prend souvent dans la mer Baltique, à de grandes distances de l'embou- chure des fleuves. 1. Pisc. Hung. , p. 70, n.° 17. — 2. Faun. pont., p. 496. 284 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Le prince Charles Bonaparte a donné clans sa Faune d'Italie, sous le nom iïAspius al- burnus, une figure aussi élégante que celle des nombreuses espèces de poissons qu'il nous a fait connaître, mais qui me parait être d'une autre espèce que notre ablette. Je la trouve trop trapue, les couleurs sont plus foncées; si c'est une variété de notre ablette, il faut du moins la signaler; car elle pourrait tout aussi bien être distinguée comme espèce que celles de plusieurs autres cyprins dont nous avons parlé plus haut. Tous les auteurs s'accordent à dire que l'ablette fraie en Avril et en Mai, et qu'elle a fini sa ponte en Juin. Elle croît assez vite les premières années; puis elle est plus lente dans sa croissance. Elle n'atteint pas plus de sept à huit pouces, encore est-il rare de la trouver de cette taille; communément elle n'a que cinq à six pouces. On prend Tablette à la ligne, et comme elle mord bien, sa pêche est une des plus suivie par les personnes qui aiment à se donner ce tranquille passe-temps. On la prend aussi au carrelet ou à l'échiquier avec le goujon. Sa chair est mauvaise ou du moins peu estimée dans notre Seine ; mais je vois que tous les auteurs n'en parlent pas de même, et ne paraissent la rejeter que par le trop CHAP. XIII. ABLES. 285 grand nombre d'arêtes dont elle est remplie. Carne gaudet sapida, dit M. Reisinger. Ce poisson se nourrit de mouches, d'in- sectes, de petits poissons; on dit qu'il est nui- sible dans la basse Seine, parce qu'il détruit une grande quantité de petits éperlans (Salmo eperlanus, Lin.). Il vit en grandes troupes, ce qui rend sa capture plus facile pour ceux qui se livrent en grand à la pèche de cette ablette, à cause de son utilité pour l'industrie. J'ai sou- vent trouvé dans le canal intestinal de l'ablette des échinorhynques et des taenias; une seule fois j'ai rencontré dans son abdomenune longue et belle ligule [Ligula abdominalis). Etant à la campagne, en Septembre, sur les bords du Morin, une des rivières qui se jettent dans la Marne non loin de Paris, et où l'ablette abonde, j'ai eu la patience d'examiner au microscope les yeux d'un nombre considéra- ble d'ablettes (plus de trois cents), dans l'espoir d'y trouver les helminthes, que M.Nordmann a été assez heureux pour découvrir dans les yeux des cyprins, et que M. Dujardin ren- contre fréquemment dans les cyprins des eaux douces de la Bretagne : mais ces recherches ont été infructueuses. Pennant, et après lui M. Yarell, disent que l'ablette est sujette à une maladie assez singulière : dans les accès I 286 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. elle monte à la surface de l'eau et se met à nager avec une grande rapidité et en décri- vant des cercles plus ou moins grands. Dans la basse Seine, où l'on fait des pêches suivies de ce poisson, sous le nom diovelle; on donne aux poissons atteints de cette sorte de tournis, le nom de folle ovelle. Les auteurs anglais que j'ai cités disent que les pécheurs de la Tamise lui donnent dans ce même état le nom de mad Bleaky ce qui signifie la même chose. Je n'ai jamais observé ces sortes de malades, mais je trouve dans les notes de M. Noël de la Morinière qu'ayant recherché la cause de cette maladie, il a reconnu qu'il existe dans la tête des individus affectés un ver blanc fili- forme, semblable à ceux qui attaquent les harengs. Ce serait donc une sorte de filaire cérébrale, qui agirait dans ce cas sur le cer- veau du poisson, comme le cénure le fait sur le cerveau des moutons. Si dans nos contrées on n'estime pas la chair de l'ablette, on en fait cependant une pêche active, à cause de la matière pigmentaire, bril- lant du bel éclat métallique de l'argent pur, que l'on retire de dessous les écailles. C'est particulièrement depuis les Andelys jusqu'au pont de l'Arche, et surtout près du village de Freneuse, à côté d'Elbeuf, que l'on CHAP. XIII. ABLES. 287 se livre à ce genre d'industrie. On tire parti de Tablette de l'Yonne près d'Auxerre, de la Moselle, du Rhin et de quelques autres fleu- ves de l'Allemagne, mais le brillant retiré de l'ablette de la Seine est le plus estimé. C'est vers le printemps que se fait dans la basse Seine la grande pêche de l'ablette; on se sert alors de petites sennes, dont le fil est très-fin et la maille serrée, et comme les ablettes sont alors réunies en grandes troupes, cette pêche peut donner dans quelques cas une idée de celle du hareng. Un pêcheur m'a assuré avoir pris dans une nuit jusqu'à cinq mille ablettes. On sait depuis les Mémoires de Réaumur 1 , qui a décrit le pigment dont on se sert sous le nom di essence d'Orient pour la fabrique des fausses perles, que des femmes ou des enfans écaillent avec soin et précaution le ventre des ablettes, laissant de côté les écailles du dos, à cause du pigment verdâtre de celles-ci; que les écailles du ventre ainsi recueillies sont d'abord lavées avec précaution pour en retirer le mucus, et puis elles sont battues et agitées fortement comme triturées dans un vase où il y a peu d'eau. On passe à travers un tamis lâche pour séparer d'abord les écailles. On laisse reposer, 1. Acad. des sciences, 1716. 288 LIVRE XVIII. CYPBINOÏDES. puis Ton décante le premier dépôt; on lave de nouveau, et après avoir plusieurs fois lavé et décante', on finit par obtenir un précipité dune poussière fine, comme impalpable, qui a l'apparence d'argent métallique réduit en pâte, et auquel on ajoute , pour le préserver de toute décomposition animale, et pouvoir par con- séquent le conserver, une quantité suffisante d'ammoniaque. Ce produit, délayé dans une dissolution de gélatine, est introduit et fixé convenable- ment dans de petites boules en verre, faites avec des verres plus ou moins opalescentes, afin d'avoir déjà des irisations que le verre blanc et pur, dont nous nous servons à d'au- tres usages, ne pourrait pas donner aux perles. La fabrication des fausses perles est une branche de notre industrie française de quel- que importance, et elle l'était plus autrefois qu'aujourd'hui. Il faut au moins quatre mille ablettes pour obtenir un demi -kilogramme d'écaillés, qui se réduit après les lavages à moins du tiers de son poids; on peut estimer qu'il faut dix-huit à vingt mille ablettes pour obtenir un demi-kilogramme d'essence d'O- rient. Les pêcheurs de Tourville, de Freneuse et du pont de l'Arche, venaient autrefois, de 1760 à 1780, vendre à Paris le produit de CHAP. XIII. ABLES. 289 ces ablettes, et on le leur payait de dix-huit à vingt -quatre francs le demi -kilogramme. Aujourd'hui la même quantité de matière en poids ne se paie plus que huit à neuf francs; parce que les fabricans en tirent d'un bien plus grand nombre d'endroits, et que d'un autre côté aussi les hommes qui préparent le blanc d'ablettes mêlent à ce poisson d'autres ables, tels que les jeunes chevaines, gardons, vandoises; mais ces espèces ne donnent pas une essence aussi belle et aussi brillante, à cause des points pigmentaires noirâtres dont leur corps est saupoudré, ce qui n'a pas lieu chez l'ablette. On dit que l'art de faire des perles fausses était connu depuis très-longtemps des Chinois; on ne doit pas s'en étonner, à cause de la grande quantité d'ables qui pullulent dans leur nom- breuses rivières; mais il paraît certain que le véritable inventeur des fausses perles, telles que nous les employons aujourd'hui, est un nommé Jacquin, qui vers 1680 imagina d'en- duire l'intérieur de petites boules de verre du pigment argenté de l'ablette. On lit déjà dans le Mercure galant, Août 1686, que cet artiste avait poussé si loin l'art de fabriquer les perles, que les joailliers ou les orfèvres s'y trompaient aisément. On les *7- l 9 290 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. employait alors en grandes quantités dans les parures et pour orner les rosaires. Toutefois, comme il arrive presque toujours à tous les inventeurs, on peut lui contester la priorité de cette découverte. Réaumur fait remonter l'emploi de l'essence d'Orient à i656, et d'au- tres même prétendent que l'on connaissait cet art déjà sous Henri IV. Volckmann 1 prétend que dans le temps où Jacquin commençait à répandre ses fausses perles , Saint- Jean de Maizel avait une fabrique à Cavaillon, où l'on en préparait dix mille par an. Beckmann 2 est aussi de cet avis; mais il faut faire bien atten- tion que l'on a commencé à faire des fausses perles en orientant avec le blanc d'ablette la surface extérieure de pçtites boules de cire convenablement percées, et qui étaient re- couvertes d'une sorte de vernis. Ces perles se détruisaient très-promptement par la seule chaleur de la peau et par le frottement 5 c'est alors qu'on substitua à ces perles celles faites en verre et enduites en dedans du nacre argenté de l'ablette. Quel que soit d'ailleurs le véritable nom de l'inventeur, il est toujours bien constant que l'invention et la perfection de ce petit art sont dues à notre pays. i. Neuesle Reise durch Frankreich, II, p. 1 94* 2. Beitriige zur Geschichte der Erfindungen, H, p. 325. CHAP. XIII. ABLES. 291 Z/Able CORDILLE. (Leuciscus cordilla, Savi.) M. Savi a envoyé au Cabinet du Roi, sous le nom de Cyprinus cordilla, un petit able assez, ressemblant par sa forme raccourcie, par la courbure de la ligne latérale, à Yaspius alburnus du prince Bonaparte; mais il n'a pas autant de rayons à l'anale. La hauteur est quatre fois et demie dans la lon- gueur totale; la tête, un peu plus courte, y est cinq fois. D. 10; A. 13, etc. L'anale est haute de l'avant ; la caudale est four- chue ; la ligne latérale est aussi infléchie que celle de l'ablette; je compte trente-neuf rangées d'écaillés : elles ont beaucoup de stries. Ce poisson vient d'Italie; il est long de trois pouces et demi. Z/Able clupéoïde. (Leuciscus clupeoides 3 nob.) M. Nordmann a donné au Cabinet du Roi un able déjà décrit par Pallas sous le nom de Cypr. clupeoides. Il est voisin de Tablette et de Yaspius mento d'Agassiz; aussi le savant professeur d'Odessa en fait un de ses Aspius. 292 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Il diffère de ces espèces: par un corps plus court et plus trapu, dont la hau- teur est quatre fois et demie ou deux tiers dans la longueur totale. La tête est beaucoup plus courte; car elle est contenue cinq fois et demie dans cette même lon- gueur totale. Le museau est plus aigu; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure, mais c'est la sym- physe qui fait saillie : elle n'a pas ce renflement inférieur dû aux deux branches, qui caractérise Table mentonnier. Les dents pharyngiennes sont semblables pour le nombre à celles des espèces précédentes, mais elles sont moins dentelées. L'anale est bien moins haute et moins longue que celle de Tablette. D. 10; A. 18, etc. Les écailles sont aussi petites que celles de Table mentonnier; mais comme le corps est beaucoup plus court, je n'en compte que cinquante rangées sur le côté. La couleur paraît argentée. L'individu est long de six pouces. Il vient du Tauris. C'est Guldenstaedt 1 qui, dans les Actes de Pétersbourg, a donné la première figure et la description de ce poisson. On en a reproduit la gravure dans l'Encyclopédie méthodique. 1. Noç. Comment. Petropol., t. XVI, lab. 16. CHAP. XIII. ABLES. 293 Depuis, Pallas 1 en a donné une excellente description, dans laquelle il nous apprend que cette espèce remonte en troupes aux mois de Novembre, Décembre et Janvier, de la mer Caspienne dans les fleuves Terec et Lekour, pour y frayer. On le pêche au printemps, dans le Palus- Méotide, surtout à Besimaennaja Rossa, rarement dans le Don. Ce poisson s'a- vance en petites troupes dans le Borysthène, jusqu'aux cataractes, et dans le Danube. Il de- vient excessivement gras, et, à cause de son bon goût, il est estimé surtout quand il a été rôti et séché à la fumée, parce qu'il perd toute sa graisse huileuse. Les Russes du Terec le nomment schirnaja ryba , c'est-à-dire pois- son gras; ceux des marais méotides, selàwa, et sur les bords du Danube et du Borysthène, skabria. Les riverains de la mer Caspienne, du côté de la Perse, et les Tatars, disent schamay ou schumai, c'est-à-dire le roi des poissons; les Calmouques le nomment tang- hun. Les Allemands établis à Astracan, l'ayant comparé au hareng à cause de sa forme com- primée, de son ventre un peu tranchant, et de la préparation qui lui donne une sorte de 1. Zoogr. ross. asial., 111 , p. 333. 294 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. ressemblance à nos harengs-saures, l'ont ap- pelé Kislarischer Hering. M. Nordmann, qui a vu prendre ce pois- son en abondance dans le Bug et les autres fleuves nommés plus haut, s'en est rapporté à la description de Pallas. Il a donné une figure de la dentition pharyngienne, et celle du poisson entier \ 11 dit qu'il est connu dans toute la Russie, quand il est fumé, sous le nom de scliamaika , et il écrit le nom des pêcheurs de la mer Noire seleiva. jL'Able tarichi. {Cjprinus tarichi, Pall. et Guld.) Pallas a donné, à la suite de l'espèce précé- dente, une description tirée des manuscrits de Guldenstœdt, qui se rapporte à une espèce très- voisine; mais que M. Nordmann croit différente. C'est un poisson oblong, mince, de la forme du hareng, dont la hauteur est le septième de la lon- gueur totale. La tête est petite, le museau obtus, le vertex aplati, la bouche petite, la mâchoire inférieure avancée, cachant la supérieure quand la bouche est fermée. Les yeux grands, près du bout du museau. D. 11 ou 12; A. 12 ou 15; C. 19; P. 15 — 17; V. 9 ou 10. 1. Faun. pont., pi. 21 , fig. 2, et pi. 27, pour les dents. CHAP. XIII. ABLES. 2$S Les pectorales sont pointues, blanches et rem- brunies à leur base; les ventrales au milieu du corps portent dans leur aisselle une longue écaille pointue. La dorsale, blanche, est salie de brun; la caudale est fourchue; le dos est presque droit, bleuâtre, couvert de petites écailles; les côtes et le ventre, blanc, sont sablés de points bruns; la ligne latérale, courbée en dessous, est rapprochée du ventre. Ce poisson, du nom de tarichi chez les Géorgiens, se pêche en abondance dans le grand lac d'Arménie, le Gotscha,et est porté à Tiflis pendant le carême. Pallas dit que ces deux espèces sont voi- sines du Cjprinus cultratus, et il a en effet raison; M. Nordmann les a placés parmi les Aspius à cause de leur dentition, mais il au- rait pu aussi placer dans ce genre le cjprinus cuttratus lui-même. JL'Able du stymphale. (Leuciscus stjmphalicus 3 nob.) Nous devons à M. Virlet, membre de l'ex- pédition scientifique de Morée, un petit able remarquable par sa ligne latérale, par la grosseur de sa tête et de son museau. Le profil du dos, à partir de la nuque, est très -soutenu et arqué, de sorte que la hauteur du tronc, égale à la longueur de la tête, est seulement du quart de celle du corps entier. 296 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. D. 9; A. il, etc. La ligne latérale offre le même caractère singu- lier de s'arrêter comme dans la bouvière (cyprinus arnarus); sur la naissance du tronc elle atteint dans cette espèce la septième rangée d'écaillés, dont le nombre total est de trente-huit à quarante sur chaque flanc. La couleur est celle des ables, mais une ligne bleuâtre se montre de chaque côté de la queue. On voit que par les couleurs comme par la ligne latérale, ce petit poisson se rapproche de la bou- vière; mais il ressemble trop aux ables, que je viens de décrire, pour l'en éloigner. C'est une preuve nouvelle, que depuis les brèmes jusqu'aux vérons, tous ces poissons ne constituent qu'un seul genre naturel. Cette jolie espèce vit dans le lac Zaraco, autrefois si célèbre dans l'histoire mythologi- que de la Grèce sous le nom de lac Stym- phale. Nos individus ne dépassent pas deux pouces et demi. Z/Able maxillé. (Leucisciis maxillaris , nob.) M. Aucher-Éloy, a envoyé au Cabinet du Roi un able des rivières de Perse qui méri- terait encore bien plus lepithète de m en tou- rner que celui à qui M. Agassiz l'a donnée. Ce poisson a le corps alongé; car la hauteur n'est que le sixième de la longueur totale; la tête est aussi CHAP. XIII. ABLES. 297 alongée : elle n'est comprise que cinq fois dans tout le poisson. Le museau est bombé au-devant des yeux, et grossi à l'extrémité par la saillie de la mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, renflée en dessous, et remarquable par le nu des deux bran- ches maxillaires. L'œil est assez grand, du quart de la tête; le premier rayon de la dorsale est implanté un peu avant la fin de la première moitié du corps; d'ailleurs la nageoire est courte et un peu plus haute que sa base n'est longue. L'anale est aussi haute qu'elle est longue; la caudale est peu profondément fourchue. D. 11 5 A. 14, etc. La ligne latérale est un peu infléchie, marquée par une série de tubulures entourées de points pig- mentaires, qui font paraître la ligne plus large qu'elle ne l'est réellement, et marquée d'une double série de points, à la manière de notre éperlan de la Seine (leuciscus bipuncialus). Les écailles sont petites et lisses : il y en a soixante et onze rangées. La cou- leur est celle de nos ables, bleuâtre ou verdâlre sur le dos et argentée sur le reste du corps; les na- geoires sont plus ou moins grises. Les dents pharyngiennes sont aussi celles de nos ables, sur deux rangs, Tune de quatre, l'autre de deux. Les externes ou les inférieures sont compri- mées, crochues à l'extrémité et dentelées. Pourrait-on jamais placer ce poisson dans un genre Scardinius, a côté du Rotengle (leuc erjthrophthalmus). Les individus ont six pouces de long. 298 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Z/Able ALBULOÏDE. (Leaciscus albuloides, nob.) Le même infortuné voyageur qui a suc- combé aux fatigues de son excès de zèle pour les sciences naturelles, a aussi envoyé des mêmes eaux que le précédent, un able qui ressemble beaucoup à notre ablette. Les formes du profil sont tout-à-fait semblables, mais le poisson décrit dans cet article a la tête plus large et l'œil paraît plus grand. La hauteur du tronc est cinq fois dans la longueur totale; la tête égale cette hauteur : celle de l'ablette est donc un peu plus courte. Les dents pharyngiennes sont au nom- bre de quatre sur le rang externe et de deux sur l'interne: elles sont coniques, mousses ou peu poin- tues et sans crénelures. La mâchoire inférieure avance plus que la supé- rieure; l'opercule est plus large; la dorsale est haute, et surtout l'anale. D. 9 ; A. 13, etc. Il y a de quarante à quarante-cinq écailles très- striées le long des côtes; la ligne latérale est très- courbée vers le ventre, qui est arrondi; la couleur est verdàtre sur le dos et blanche argentée sur le ventre; les nageoires ont des teintes jaunes. Nos individus n'ont pas cinq pouces. C'est ici le lieu de parler de quelques es- CHAP. XIII. ABLES. 299 pèces décrites dans la Zoologie russe de Pallas, et que je n'ai pas cru devoir intercaler dans ce qui précède. Z/Able munda. (Cyprinus Per-Nurus , Pall.) Voici l'extrait de la description de Pallas : Poisson qui ne dépasse jamais cinq pouces, assez semblable par sa forme à la tanche, plus épais, ven- tru, les écailles petites ; la tête assez grosse, conique; le museau obtus, le vertex aplati; les yeux assez grands, saillans, à iris doré; la lèvre supérieure pro- tractile, recouvrant la mâchoire inférieure, qui est plus courte. Le corps à côtés épais et convexes; le dos arrondi, olivâire, rappelant la tanche par la couleur et par la petitesse des écailles. Le ventre blanc, un peu argenté; la ligne latérale courbée vers le ventre et devenant droite sur la queue; la dorsale reculée au-delà du milieu, se cachant dans un sillon. Les pectorales molles, rouges, ayant à la base une caroncule épaisse et couleur de sang. Les ventrales éloignées, petites, étroites, rouges; l'anale, plus éloignée que la dorsale, transparente et rou- geâtre; la caudale fourchue, d'un brun olivâtre. D. 8; A. 9; C. 20; P. 9; V. 7. Ces nombres sont bien différents de tous ceux de nos cyprins. Sont-ils exacts? La longueur^du poisson décrit est de quatre pouces sept lignes. C'est d'après les manuscrits 500 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. de Steller que Pallas a fait connaître cette des- cription. Ce poisson se multiplie beaucoup dans les lacs et les étangs des bords de la Lena. Les Russes en prennent des troupes pendant tout l'été avec des filets ou des nasses. Ils l'estiment comme nourriture, ainsi que les habitans de Jakutz. Ils croissent et se multi- plient de bonne heure, de sorte qu'on en prend de toute grandeur dans les filets. Quoi- que s'engourdissant moins que le carassin \Cypr. carassius), ils peuvent, après avoir été congelés, revivre dans l'eau peu froide. L'es- pèce n'existe pas dans la basse Sibérie. On peut la confondre facilement avec la tanche, et les petits ressemblent assez bien aux vérons. Les Russes de la Lena nomment ce poisson miinda, mundusclika, et à Jakutz mungur*- baljk ou munda-ponti. Z/Able kraskopêr. (Cfprimis leptocephalus , Pallas. 1 ) Poisson d'une coudée et plus, à têle longue peu comprimée, convexe, plane dessous, à museau dé- primé, arrondi; les mâchoires grêles, à lèvres épais- ses, l'inférieure dépassant beaucoup la supérieure; les ouïes bien fendues; le corps alongé, lancéolé, 1. Pallas, Faun. ross. as., p. 3i2, n.° 220. CHAP. XIII. ACLES. 501 épais et peu comprimé; l'abdomen un peu aplati : ce sont les formes d'un barbeau. Les écailles de moyenne grandeur; la ligne latérale près du ventre et suivant à peu près sa courbure. Le dos est brun- bleuâlre, à reflets argentés sous la ligne latérale; le dessous du ventre blanc de lait; la dorsale brune; toutes les autres nageoires rouges; les pectorales sont cendrées à la base; l'anale est d'un rouge vif; les ventrales sont pâles. Il y a du brun mêlé au rouge de la caudale. D. 8; A. 8; C. 19; P. 20; V. 10. Ce poisson, que les Russes de la Daourie nomment krasnopêr > c'est-à-dire à nageoires rouges, est commun dans les fleuves Onon et Jugoda: il ne fuit pas, aussi le prend-on aisé- ment au trident; mais il est très-mauvais à manger, et sa chair est remplie d'arêtes. Il a de très-grandes ressemblances avec le Cypr. aspiuSy on ne le trouve pas cependant dans la Sibérie inférieure, comme dans les fleuves au-delà de l'Oural. • Z/Able lacustre. (Cjprinus lacustris, Pallas.) Pallas dit que la forme de ce cyprin ap- proche de celle du gardon; c'est donc une espèce d'able. Il a le corps plus épais, le profil montant en arc 502 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. jusqu'à la dorsale; un peu anguleux au pied de celle nageoire et arrondi au-delà. Le ventre est arrondi, la têle est plus large que le tronc; le front plat; le museau obtus, arrondi; la mâchoire inférieure plus courte ; la bouche petite ; les écailles grandes ; la ligne latérale, formée d'une suite de points épais, s'approche du ventre, dont die suit la courbure. D. 10 — 11; A. 11 — 12; C. 19; P. 18; V. 9. Toutes les nageoires sont d'un brun rougeâlre. Pallas se demande si ce n'est pas le Cypr. Idbarus de Linné. Les Russes de la Sibérie le nomment tschebak, et à Pétersbourg les pêcheurs disent sirr ou sirt , et kortsa dans plusieurs contrées sibériennes. Il s'appelle jaktchull, mohtka, paur-schischpu-chul ou pot je y et nomr-sclioenschpu-cliol, ce qui signifie poisson à dos arrondi ; les Tatars de Jennissé disent kûsik, de Baraben chalok, de Jakutz tschàwak^ et les Calmouques zùba. Cette espèce, rare dans les lacs de la Russie septentrionale, se trouve communément dans toute la Sibérie jusques a la Lena, dans tous les lacs, comme dans les fleuves d'eau pure à fond rocailleux ou glaireux, ne redoutant pas les rivières qui descendent avec force des montagnes. C'est le meilleur de tous ces cy- prins. Il est également commun 'dans le lac Baïkal. Il fraie en Mai; ses œufs sont très- CHAP. XIII. ABLES. 305 nombreux. Il vit long- temps hors de l'eau, parce que, dit Pallas, les ouvertures des ouïes se ferment exactement. On peut aussi mettre à la suite de ces ables plusieurs espèces curieuses de l'Inde, faciles à caractériser, et que je n'ai pas pu retrouver dans les ouvrages de M. Buchanan ou de M. John M'clellancl. J'aurai toujours soin d'indiquer avec lequel de nos ables ces espèces ont le plus de res- semblance. Z/Able harengule. (Leuciscus harengula, nob.) C'est un petit poisson que l'on prendrait pour une harenguette ou tout autre espèce voisine de petits harengs, par le brillant de ses opercules, par la forme comprimée du corps, et par la minceur des parois de l'ab- domen, qui laissent voir les côtes. La hauteur du tronc égale la longueur de la tête et fait le quart de celle du corps entier. Le profil du dos est assez rectiligne : celui du ventre est très- courbé jusqua la fin de l'anale; la queue est étroite. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure; l'oeil est grand. La dorsale, assez pointue, n'a pas de gros , 504 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. rayons; l'anale est courte, un peu pointue de l'a- vant; la caudale fourchue. D. 11: A. 7, etc. • Les écailles sont petites : j'en compte soixante rangées sur le côté; le dos est vert; une ligne droite et tranchée sépare la couleur du dos de l'argenté brillant des flancs et du ventre. Les opercules bril- lent de l'argent poli le plus vif. Il n'y a pas de taches sur le corps; les nageoires sont incolores. Nous avons reçu ce petit poisson, long de trois pouces, de la rivière de llrrawaddi, par les soins de M. Reynaud , chirurgien à bord de la corvette la Chevrette, commandée par M. Fabré, dont l'expédition a etc fort utile aux sciences naturelles. Z/Able mélettine. (Leuciscus melettina , nob.) Une autre petite espèce à corps semblable à un petit hareng, et que je nomme pour cette raison mélettine, du nom de la melette de nos côtes de Saintonge et de Bretagne, est aussi très-voisine de celle de Rangoon. Elle en diffère par un corps plus long et plus étroit; car la hauteur est ici du cinquième de la longueur totale. La tête de la même proportion que la hauteur du tronc; l'œil a plus du quart de la CHAP. XIII. ABLES. 505 tête; ta mâchoire inférieure, plus alongée que la supérieure, a un petit tubercule sur la symphyse; toutes les nageoires ont les rayons grêles et très- flexibles; la caudale est fourchue, l'anale un peu pointue de l'avant. D. 11; A. 8, etc. Je compte plus de cinquante rangées d'écaillés très -molles le long des flancs. La ligne latérale est concave; les joues sont brillantes du plus bel argent poli, et cet éclat s'étend le long des côtes en une bandelette assez large, mais distincte du vert du dos et du ventre. Le côté du dos est plus tranché, celui du ventre est fondu ; les nageoires sont un peu rembrunies. Nos individus ont trois pouces quatre lignes; ils viennent de Bombay par M. Dussumier. Z/Able de Mahé. {Leuciscus Mahecola, nob.) C'est un petit poisson qui a la forme de nos gardons. La tête est un peu plus courte que la hauteur »du tronc, laquelle est comprise quatre fois dans la longueur totale. Le museau est assez pointu; l'œil assez grand; la courbure du dos et celle du ventre sont assez semblables et régulières; la dorsale n'a pas de rayon fort; l'anale est petite; la caudale fourchue. D. 11; A. 7; C. 19, etc. 17. 20 50G LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. Les écailles sont grandes et striées : j'en compte vingt-deux entre l'ouïe et la caudale. La ligne laté- rale est un peu concave et sur La cinquième rangée d'écaillés, et deux écailles plus bas on trouve une série de petits enfoncemens qui sembleraient des pores. Ces enfoncemens, plus marqués sur cette rangée que sur les autres, sont dus au mode particulier de l'insertion de l'écaillé, et se re- trouvent, quoique moins visibles, sur les autres écailles de ce poisson. Je crois que c'est une disposition de cette nature qui aura été prise pour une seconde ligne latérale, ainsi qu'on le trouve dans les descriptions de M. Bucha- nan. Le dos est verdâlre, les flancs argentés; une tache noire et ronde est de chaque coté de la queue. La dorsale est rougeâtre clair; les pectorales et la cau- dale sont verdâtres : on voit un peu de noir à la pointe des lobes de celle-ci. La ventrale et l'anale sont incolores et transparentes. Les individus de la collection n'ont que trois pouces de long; mais M. Dussumier, qui les a rapportés, nous assure que ce poisson devient plus grand, et a quelquefois cinq pouces. Il est assez bon à manger. CHAP. Xfll. ABLES. 507 Z/Able abusseau. (Leuciscus presbyter, nob.) Un autre able, voisin du précédent, mais bien distinct dans ses formes, a une légère ressemblance avec nos athérines, quoique la bande argentée de ces poissons ne soit pas marquée sur le corps de notre cyprin; c'est à cause de ce faible rapport que j'ai donné à cette espèce le nom de presbyter. Le profil du dos est droit ; celui du ventre est légèrement courbe : la hauteur est à peu près quatre fois et demie dans la longueur totale. La tête a la même proportion; la mâchoire inférieure paraît un peu plus courte; la dorsale est avancée, n'a pas de rayon fort; l'anale est petite; la caudale n'a pas les fourches longues, D. 11; A. 7, etc. Il y a vingt-six rangées d'écaillés le long du corps ; la ligne latérale est concave sur la sixième écaille et elle n'en a que deux au-dessous d'elle. Le dos est verdàtre, les flancs argentés, pas de taches ; il y a un peu de noirâtre au bord de la dorsale : cette teinte était probablement rouge. Nos individus ont trois pouces huit lignes; ils viennent de Bombay : nous les devons à M. Dussumier. 5.08 livre xviii. cyprlxoïdes. Z/Able aux yeux d'or. (Leuciscus chrjsops, nob.) Un autre able des eaux douces du Bengale se distingue par la grandeur de son œil doré ; le diamètre est deux fois et demie dans la longueur de la tête, contenue elle-même cinq fois dans la longueur totale, qui comprend trois fois et deux tiers la hauteur du tronc. Le museau est obtus, la mâchoire supérieure plus longue que l'inférieure; la dorsale et l'anale pointues; la caudale peu fourchue; pas de rayons antérieurs sensiblement plus gros. D. 13; A. 20; C. 19. Malgré ce nombre des rayons de l'anale, on ne peut pas placer cet able près des brèmes : il res- semble plus à nos gardons. Les écailles sont de médiocre grandeur et peu striées : j'en compte quarante- cinq rangées sur le côté; la ligne latérale est courbe et infléchie vers le bas, surtout à la région pectorale. La couleur est argentée, avec des taches noires qui me paraissent accidentelles. La longueur de l'individu est de trois pouces neuf lignes. CHÀP. XIII. ABLES. 501) Z/AbLE DAND1A. (Leucîscas clandia , nob.) M. Lesehenault a encore donné au Cabinet du Roi un autre petit able de Ceylan, à corps alongé comme un pelit chevaine de deux à trois mois; à tête plus large et plus aplatie; à mâchoire supérieure plus courte que l'inférieure; la région des yeux et des joues grosse et saillante; la dorsale petite sur le milieu du corps ; l'anale courte et pointue de l'avant. D. 9; A. 9. La hauteur est cinq fois dans la longueur totale; la tête, plus longue, est du quart de cette même longueur. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs, l'un de cinq et l'autre de deux seulement: elles sont crochues, mais sans dentelures. Le dos est verdàtre : une bande noire naît sur le bord de l'orbite, traverse l'opercule et tout le côté jusqu'à la caudale; le dessous est blanc. Les nageoires sont incolores; la caudale est pro- fondément fourchue. Ces petits poissons n'ont que deux pouces et demi. Z/Able des Gates. (Leuciscus Gatensis* nob.) M. Lesehenault a pris dans les eaux douces qui descendent des montagnes des Gates un petit able 310 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. à corps comprimé et assez large, dont le ventre est bien arqué ; la hauteur est le quart de la lon- gueur totale ; la tête y est comprise quatre fois et deux tiers- la bouche est très -fendue, presque comme dans une clupée ; la mâchoire inférieure est plus longue que l'autre ; l'œil est grand ; les dents pharyngiennes sont crochues , sans dente- lures, sur trois rangs, l'une de cinq, l'autre de trois, et la troisième de deux. La dorsale n'est pas très -reculée; l'anale est longue. D. 10; A. 17. Il y a trente- huit rangées d'écaillés sur chaque côté; la ligne latérale est très -courbe; les couleurs sont rembrunies sur le dos, argentées sous le ventre, et les côtés sont traversés par de petites bandes ver- ticales, grisâtres, qui se voient par reflets : j'en compte neuf. Ces petits poissons n'ont pas trois pouces. .L'Able de l'Isle-de-France. (Leuciscus nesogallicus , nob.) M. Moreau de Joannès a donné au Cabinet du Roi trois individus d'un able qu'il croyait venir des eaux douces de l'Isle-de-France. Ces poissons ressemblent à des petits muges. Leur hauteur est contenue quatre fois et demie dans la longueur totale. La tête est large, le mu- seau dépasse la mâchoire inférieure ; la bouche est fendue obliquement en dessous. GliAP. XIII. ABLES. 51 I D. 9; A. 12. Il y a au moins quarante-cinq rangées d écailles; la ligne latérale est presque droite; le dos est vert; le ventre argenté : beaucoup de points pigmentai res noirs se voient à la loupe. Nos individus ont six pouces et demi. L'Able du Nil. (Leiiciscus NlloticiiSj, Joannis.) M. de Joannès 1 s'est procuré dans le Nil deux espèces d'ables que M. Agassiz considère devoir être placées parmi les aspices. L'une d'elles a le corps alongé, mince; sa hauteur est du cin- quième de sa longueur; la tête est du quart de cette même longueur; l'œil est assez gros sur le haut de la joue; le profil du dos est presque rec- tiligne; celui du ventre est très -courbe. D. 9; A. Î3; C. 19 et des petits; P. 12; V. 9. Ce petit poisson est blanc, à reflets dorés sur le ventre; une ligne de points bruns s'étend des ouïes à la caudale : M. de Joannès la considère comme une seconde ligne latérale; celle que les naturalistes désignent seule de ce nom est courbe et près du ventre, dont elle suit la courbure. Cet able est petit, ordinairement long de 1. Magas. zoolog. , lom. IV, pi. 4- 512 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. deux pouces et demi, se lient en bandes le long des rivages. Il est bon en friture. Z/Able bibié. {Leuciscus bibié, Joannis.) Le même officier de marine a pris, parmi les troupes de l'espèce précédente, un petit able qui lui ressemble en tous points; mais il paraît avoir la dorsale plus reculée et insérée au tiers postérieur du dos. Les ventrales sont aussi plus petites et n'auraient que huit rayons; les pec- torales un peu plus longues; l'anale a un plus grand nombre de rayons. D. 9; A. 18; C. 19; P. 12; V. 8. Les couleurs et les habitudes sont celles des précédons j le bibié parait plus rare que l'autre. 11 est de même taille. M. Agassiz le place auprès du Cyprinus cuit ratas , Linn. Après les ables de l'ancien monde, nous avons à décrire les espèces que nourrissent les eaux douces de l'Amérique septentrionale. Plusieurs sont très-voisines de celles de nos eaux douces; aussi ai-je imaginé de leur don- ner des noms qui fassent de suite reconnaître lequel de nos ables ces poissons représentent aux Etats-Unis. Ce ne sont pas des espèces identiques. Il était utile de bien (aire ressortir CHAP. XIII. ABLES. 315 cette circonstance, à cause des conséquences qui en résultent pour l'étude de la distribu- tion géographique des poissons. Z/Able de Bosc. (Leuciscus Eosciï, nob.) On doit à l'activité de M. Bosc la connais- sance de ce cyprinoïde. 11 ressemble tellement aux brèmes par la forme générale , la largeur du corps , la petitesse de la tête , que les colons fiançais de certaines parties de l'Amérique septentrionale, comme sur les bords du lac Pontchartrain , ont donné à cette espèce le nom de Brème. Et cependant on ne pourrait pas, en suivant le système de M. Cuvier et de ses imitateurs, ranger ce poisson dans le genre des Brèmes, à cause du trop petit nombre de rayons de son anale. La hauteur du corps est trois fois et demie dans sa longueur totale; l'épaisseur n'est guère que le tiers de sa hauteur; la tète, petite, a en longueur les deux tiers de la hauteur du tronc, où elle est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale. Le museau est petit, déprimé, un peu en coin ; l'œil a plus du quart de la longueur de la tête. La mâ- choire supérieure recouvre l'inférieure, un peu plus courte. Les cinq dents pharyngiennes, sur un seul rang, sont un peu dentelées ou mieux festonnées : 514 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. la pointe est crochue et recourbée. Le premier rayon de la dorsale est sur la première moitié du corps. La nageoire est haute et pointue : le plus grand est près de deux fois aussi haut que la base de la nageoire- le dernier rayon est plus court que cette base. L'anale est aussi longue que son rayon antérieur est haut, et celui-ci est à peine plus court que celui du dos. La caudale est coupée en crois- sant assez profond quand elle est étendue. Les ven- trales ne sont pas plus larges que celles des autres ables. D. 9; A. 16; C. 21; P. 16; V. 8. » Les écailles sont de moyenne grandeur, striées; il y en a quarante -sept rangées dans la longueur, dix au-dessus et trois au-dessous de la ligne laté- rale. Celle-ci, parallèle à la courbe du ventre, est par conséquent très -concave et tracée sur le bas des côtes. Nos individus sont tous verdatres sur le dos, à reflets dorés très-marqués sur le blanc du ventre. La dorsale et la caudale, verdatres, sont plus foncées que l'anale, dont la pointe antérieure est noirâtre. Les pectorales sont un peu verdatres, et les ventrales rougeâtres. Nos individus ont de sept à huit pouces. Les mis nous viennent des eaux douces de Pensylvanie par M. Milbert; d'autres des eaux douces de Charleston, dans la Caroline, par M. le docteur Holbrook; et M. Lesueur en a envoyé de Philadelphie et de New-York. J'ai retrouvé dans les papiers de mon illustre CHAP. XIII. ABLES. 515 ami M. de Lacépède le dessin original que M. Bosc avait fait en Amérique et que le cé- lèbre auteur de l'Histoire naturelle des pois- sons a fait graver sous le nom de cyprin américain*. Il a près de huit pouces de lon- gueur ; quoique teint à l'encre de Chine, il est facile de reconnaître l'espèce dont nous parlons ici : la courbure de la ligne latérale, la longueur de l'anale, la hauteur et l'étroitesse de la dorsale ne peuvent laisser la moindre incertitude, quoique les ventrales paraissent plus larges sur le dessin que dans la nature. Il fallait d'ailleurs recourir à cet original pour fixer cette détermination; car la copie de M. de Lacépède a été tellement altérée qu'il est difficile de savoir lequel des nombreux ables d'Amérique cette espèce représente. Ce que je dis ici donne la raison du changement de nom spécifique qu'a dû subir, aussi cet able, car plusieurs autres espèces vivent avec celle- ci dans les eaux douces des Ltats-Unis. Shaw, en copiant M. de Lacépède, a fait entrer dans son système le Cyprinus ameri- canusj mais le docteur Mitchill a imposé un autre nom à ce poisson. C'est son Cyprinus chrysolencos*. Il ne nous apprend rien autre 1. Lacép. , V, pi. XV, fig. 3. 2. Mitch., Phil. irans. of New-York, tom. I, p. 45q. 316 LIVRE XVIII. CYPR1NQÏDES. sur les habitudes de cette espèce, si ce n'est qu'on la trouve dans les étangs où. se tiennent les pomotis et les perches fluviatiles. Dans la partie anglaise des États-Unis, M. Bosc a entendu désigner l'espèce sous le nom de Sylverfish (poisson d'argent), et il dit que sa chair, quoique sentant la vase, sert de nourriture habituelle dans la Caroline; que, jeune, ce poisson est une excellente amorce pour prendre la truite. D ailleurs je vois aussi dans les notes de M. Bosc, que ce naturaliste confondait ensemble ces diverses espèces aussi voisines l'une de l'autre que nos ables euro- péens. Il me paraît probable que c'est à ce poisson ou plutôt à toutes les espèces voisines que Linné affectait, d'après Gardon, le nom de Cjpr. americanuSy mais il n'est pas certain que Lacépède ait entendu parler de l'espèce de Linné. Z/Able gardonnet. [Leuciscus gardoneus, nob.) M. Bosc, qui a donné ses collections au Muséum, nous a permis de reconnaître quel- ques-uns de ces ables américains, qui, je suis sûr, sont beaucoup plus nombreux que nous le croyons. Il les confondait tous avec le pré- cédent. CHAP. XIII. ABLES. 317 Celui-ci ressemble au gardon : Il a le dos plus arqué, la lête plus courte, le museau aussi obtus 5 les dents pharyngiennes, au nombre de cinq, sur un seul rang; la pointe de la couronne est courbée, crochue, et son biseau est un pic dentelé avant d'être usé. La hauteur du tronc fait le quart de la longueur totale; la tête est près de six fois dans la longueur du corps; l'œil trois fois et demie dans celle de la tête. La dorsale naît sur le milieu de la distance , entre le bout du mu- seau et la racine de la caudale. La nageoire est tra- pézoïde; l'anale est courte, la caudale peu fourchue. D. 11; A. 10, etc. Il y a quelques stries sur le haut de l'opercule, et seulement une ou deux sur les écailles; donc je compte trente- neuf rangées entre l'ouïe et la cau- dale, sept au-dessus et trois au-dessous de la ligne latérale : elle est infléchie vers le bas et très-marquée. La couleur paraît avoir été celle de nos ables. La longueur de l'individu est de six pouces. M. Bosc ne donne aucun détail sur cette espèce. Z/Able vandoisule. (Leuciscus vandoisulus } nob.) Une autre espèce, due encore à M. Bosc, a le corps alongé et comprimé; la mâchoire infé- rieure plus longue que la supérieure; les dents pha- ryngiennes crochues, sur deux rangées, l'une de cinq, l'autre de deux. On voit que ce poisson res- 318 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. semble à notre vandoise (Leuc. vulgaris). La hauteur mesure le quart du corps, non compris la caudale; la tête a la même longueur; la caudale est courte : elle est cinq fois et demie dans la longueur totale; la dor- sale naît au milieu de la distance du bout du museau à la fourche de la caudale : elle est semblable à celle de notre vandoise; l'anale a aussi de la ressemblance. D. 10; A. II, etc. Les écailles paraissent plus petites; la ligne laté- rale a la même direction; il y a quarante-sept ran- gées d'écaillés sur le côté, huit au-dessus et trois au-dessous de la ligne latérale. Les couleurs paraissent être celles de nos vandoises. La longueur de l'individu est de sept pouces. //Able rotengule. (Leuciscus rotengulus, nob.) Nous retrouvons aussi une espèce voisine de nos rotengles parmi les poissons rapportés par M. Bosc. Le dos est. très -bombé; le ventre est presque droit; les mâchoires sont égales; les dents pharyn- giennes sur deux rangs, au nombre de cinq et de deux, ont la couronne denticulée. La hauteur est trois fois et demie dans la longueur totale; la dor- saje est un peu reculée. D. 11; A. 11. Le poisson paraît avoir été doré comme nos rosses ou notre rotengle, auquel il ressemble beaucoup. L'individu est long de six pouces. chap. xiii. ables. 519 Z/Able de Storer. (Leuciscus Storeri, nob.) Les eaux douces de New-York ont fourni à M. Milbert un able qui a le vertex large et plat; la distance entre les deux yeux comprend deux fois le diamètre de l'œil, et n'est que la moitié de la longueur du dessus de la tête. Le museau est pointu et un peu tronqué; la mâchoire inférieure plus courte; la distance du bout du nez à l'angle de l'opercule est comprise quatre fois et deux tiers dans la longueur totale, qui con- tient cinq fois et un quart la hauteur du tronc. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs, quatre en dehors ou inférieures, et une seule en dedans; la couronne est très-crochue et sans dentelure. D. 9; A. 9, etc. La ligne latérale est courbe et concave par le mi- lieu du. côté. H y a cinquante rangées d'écaillés le Ions du côté : elles sont très- finement striées. La couleur est verte sur le dos et les flancs argentés sur le ventre, et de petits points noirs pigmentaires très-fins forment, par leur réunion, une tache dans l'angle des écailles ou un liséré le long de leur bord, qui enveloppent le corps du poisson sous un réseau noir très -apparent. Le bord de l'ouïe est bleu- noirâtre; la caudale est verte, plus foncée que la dorsale ; les autres nageoires sont décolorées. La longueur de nos individus varie de sept pouces et demi à onze pouces. 520 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Le nombre des rayons de la dorsale et de l'anale, ainsi w que les formes générales, con- viennent parfaitement à ce que M. Humphry Storer 1 dit de son Leuciscus argenteus; mais comme la vandoise a déjà été désignée sous un des noms que M. Storer propose de donner à la nouvelle espèce, je n'ai pas hésité, pour éviter toute confusion, de faire un nouveau nom pour ce joli poisson, et je l'ai dédié au zélé zoologiste à qui nous devons ce tableau de la Zoologie américaine. Il avait reçu du Worcester les individus qu'il a décrits. 27Able gentil. (Leuciscus pulchellus , Storer.) Un autre able, des pièmes localités, peut être comparé à notre Cjprinus rutilus par sa physionomie générale. Il a le corps plus trapu, sa hauteur égale la lon- gueur de la tête, et est comprise quatre fois dans la longueur totale; le front est plus large que celui du précédent; la mâchoire supérieure recouvre l'in- férieure; l'opercule a des sillons narqués; la dorsale est reculée, l'anale courte et haute. D. 10; A. 10, etc. Je ne compte que quarante-trois rangées d'écaillés 1. Report, of the fish of Massachusetts , 1859. p. 90. CHAP. XIII. ABLES. 32 1 striées comme celles de nos ables; la ligne latérale est fine, presque droite par le tiers inférieur du corps. Les dents pharyngiennes sont au nombre de cinq sur le rang externe et de deux sur la cou- ronne, et quand elle est neuve, une pointe crochue et pas de crénelures régulières, mais des rugosités; elle s'use promptement, et le biseau est presque ver- tical ou horizontal quand la pharyngienne est plate. La couleur est uniformément verte, plus ou moins dorée sur les flancs et le ventre ; les nageoires sont pâles. Nous n'avons qu'un grand individu de cette espèce ? long d'un pied et quelque chose, en- voyé par M. Milbert. Le nombre des rayons de la dorsale et de lanale est tout-à-fait le même que ceux don- nés par M. Storer 1 . Il en a reçu des individus de quatorze pouces de longueur. Les premiers colons anglais ont transporté à cette espèce le nom de Roach, mais on l'appelle aussi quel- quefois Cousin Trou t. Z/Able éperlanule. (Leuciscus spirlingulus, nob.) Un autre petit able américain a quelque apparence de notre éperlan de la Seine. Il n'en a pas cependant la ligne latérale. 1. Reports of the fishes of Massachusetts , p. 91. 17. 21 522 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Il a le corps comprimé, à profil droit sur le dos et courbe sous le ventre; la hauteur fait un peu plus du cinquième de la longueur totale; la tête est dans les mêmes proportions de longueur; la dorsale est sur la première moitié. D. 9; A. 10. Les écailles sont très-minces, caduques, souvent percées d'un pore quand il s'est développé sous elle, et sur la peau un petit point noir, transparent dans le centre, et qui est rempli d'un mucus jaune quand on le soumet au microscope. Ces petits corps ne sont pas comparables ni de même nature que les psorospermes ob- servés par M. Muller ou par M. Rayer 1 sur plusieurs poissons de genre et de famille dif- férens ou de la famille des cyprins. Il n'y a que trente -cinq à trente -neuf rangées d'écaillés : elles sont striées concentriquement, mais je ne vois pas de sillons longitudinaux ou rayon- nans. Une bandelette argentée se dessine sur le brun rougeâtre du dos; le dessous du ventre est aussi argenté. Les nageoires sont incolores : elles sont irrégulièrement et accidentellement tiquetées de noir. Les dents pharyngiennes sont sur deux rangs, l'un de quatre, l'autre de deux; elles sont crochues, à pointes acérées. 1. Vojez Rajer, Arch. de méd. comparée. CHAP. XIII. ABLES. 325 Nous avons reçu un de ces poissons par M. Milbert; il venait de New-Jersey, et M. Lesueur en a pris dans New-Harmony qui n'offrent aucune différence. jL'Able petite tanche. (Leuciscus tincella, nob.) Un autre able, du Mexique, ressemble au premier aspect à une tanche; mais il n'a pas de barbillons; sa tête est petite et le museau un peu aigu; la mâchoire inférieure est plus courte que la supérieure; les dents pharyngiennes, au nombre de quatre, ont la couronne coupée en biseau. La cau- dale est à peine échancrée ; la dorsale est petite , l'anale est très- courte. D. 9; A. 1; C. <21; P. 17; V. 9. Les écailles sont petites et très -finement granu- leuses : j'en compte soixante- dix rangées dans la longueur, quinze au-dessus de la ligne latérale et douze au-dessous. La ligne latérale est fine et presque droite. Les couleurs de cet able sont comme celle de notre tanche, un vert doré très-foncé sur le dos, éclairci sur les côtés, et passant aux tons jaunâtres sous le ventre. La dorsale, la caudale et les pectorales sont vertes; les ventrales et l'anale sont plus pâles. L'individu que je décris est long de cinq pouces. Je le dois à l'amitié de M. Lichten- stein, qui a bien voulu me le céder pour le déposer dans les galeries du Cabinet du Roi. 324 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Z/Able GRÊLE. {Leuciscus gracilis, Richardson.) Nous trouvons plusieurs cyprin oïdes, dé- crits avec le plus grand soin dans la Faune américaine du docteur Richardson. Il en a fait connaître un ' sous le nom de Leuciscus gracilis, et sa description est ac- compagnée d'une très -jolie figure. Voici un extrait de la description détaillée donnée par cet habile zoologiste. Le corps est fusiforme; le profil du dos soutenu entre la tête et la dorsale; la longueur de la tête est contenue cinq fois dans la distance entre le bout du museau et la fourche de la caudale. Les yeux sont grands : leur diamètre est compris deux fois dans la longueur de la tête; la bouche est petite. La dorsale répond à l'insertion des ventrales. D. 9; A. 10; G. 19; P. 17; V. 8. Les écailles sont de moyenne grandeur, épaisses et transparentes quand elles sont sèches. La ligne latérale est droite et porte cinquante -cinq écailles: il y en a dix-sept rangées dans la hauteur et sept au-dessous de la ligne latérale; la couleur est un vert pâle d'huile sur le dos, passant au blanc du ventre; les côtés de la tête sont nacrés. 1. Faun. Bor. Amer., p. 120, n.° 57, pi. 78. CHAP. XIII. ABLES. 325 La longueur est de douze pouces deux lignes anglais. L'espèce abonde dans la partie du Saskatchevan qui coule à travers les prai- ries de Carltonhouse, et a été péché au filet pendant l'été. Z/Able du nord-ouest. (Leuciscus caurinus, Richardson.) Le même auteur 1 a décrit un autre able, qui ressemble beaucoup par la forme et la grandeur des écailles et par d'autres caractères à la vandoise (common dace) d'Angleterre 5 mais il s'en distingue par les caractères suivans: D'une forme élégante, peu comprimée, le corps a sa plus grande épaisseur à la dorsale, et une hau- teur égale au cinquième de la longueur totale. La tête est le quart de la longueur du corps, la caudale exceptée; le museau est obtus, avance au-delà de la bouche; la mâchoire supérieure recouvre l'infé- rieure ; la dorsale s'élève au milieu de la distance entre le bout du museau et la base des rayons mi- toyens de la caudale. D. 10; A. 9; C. 19; P. 18; V. 10. Les écailles sont orbiculaires , au nombre de soixante et quinze le long de la ligne latérale, sur vingt-quatre rangées sous la dorsale : on en compte dix dans une longueur d'un pouce anglais. 1. Faun. Bor. Amer. r p. 3o4 > suppl., n.° i3o. 326 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Ce poisson habite la rivière Colombie et abonde aux environs du fort Vancouver. M. Richardson le doit aux recherches de MM. Soûler et Gaerdner. Les individus atteignent un pied. Z/Able de l'Oregon. (Leuciscus Oregonensis , Richardson.) Dans la même Faune 1 on a cru devoir dis- tinguer ce poisson de l'espèce précédente, qui lui ressemble cependant assez pour que l'on ait quelque peine à en limiter les caractères spécifiques. Le corps est plus grêle ou plus pointu à l'arrière; la tête est plus longue : elle ne mesure que le quart de la longueur totale; le museau plus obtus; l'ou- verture de la bouche beaucoup plus grande; le pre- mier sous-orbitaire, plus long, est percé d'un plus grand nombre de pores. La dorsale est plus reculée sur le dos. D. 10; A. 9; C. 19; P. 15; V. 9. Les écailles, de même grandeur et en même nombre que dans le précédent, sont tout-à-fait rondes. La couleur du dos est entre le vert jaunâtre et le brun brocoli, fondu graduellement sur les côtés et jusques en dessous de la ligne latérale en jaune 1. Richardson, Faun. Bor. Amer., p. 3o5, suppl. , i3i. CHAP. XIII. ABLES. 327 soufre. Celte dernière couleur brille sur la nuque, les opercules et la base des nageoires. Le ventre est blanc argenté. Cette espèce vit avec la précédente dans rOregon ou la rivière Colombie. Le docteur Richardson en est aussi redevable à M.Gœrdner. Z/ÀBLE A BAUDRIER. (Leuciscus balteatus 3 Richardson.) M. le docteur Richardson 1 a décrit un able à corps comprimé, dont la hauteur est égale au quart de la longueur, entre le bout du museau et la fourche de la caudale. L'épaisseur du corps est du dixième de cette même mesure. La courbe du profil est plus forte entre le museau et la dorsale; celle du ventre est plus grande. La tête a le quart de la longueur totale. Le museau est obtus; la mâ- choire inférieure dépasse la supérieure. D. 11; A. 19 à 22; C. 19; P. 17; V. 9. Les écailles sont arrondies, au nombre de cin- quante-sept le long du côté : un pouce anglais en comprend seize à dix -sept. La couleur est verte, à reflets irisés en jaune et en bleu. Une belle bande dorée va de l'œil au bord de l'opercule, et une autre, rouge écarlate, s'étend de l'ouïe à l'anale. Ce petit able, originaire de la Colombie, 1. Faun. Bor. Amer., p. 3oi, suppl., n.° 128. 328 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. a été envoyé à M. Richardson par le docteur Gnerdner. L'auteur a cru devoir le placer dans le genre des Brèmes {Abramis , Cuv.). Z/Able de Smith. (Leaciscus Smithii, Rich.) M. le docteur Richardson a donné, dans sa Faune américaine 1 , la description d'une espèce prise dans le Richelieu, a son confluent avec le Saint-Laurent. Sa forme est très -comprimée; le dos arqué et la dorsale plus près de la queue que de la tête; l'anale longue et oblique, étendue jusqu'à la caudale, qui est fourchue; les yeux grands et près du bout du museau ; la mâchoire inférieure plus longue; la ligne latérale droite; les écailles plutôt grandes que petites : on en compte soixante au moins dans la longueur. La couleur est brillante, verte sur le dos et argentée sur le ventre et les côtés. Voici les nombres indiqués par le savant zoologiste cité plus haut. B. 3; D. 1/12; A. 1/27; C. 18; P. 12; V. 7. Le docteur Richardson a fait représenter, par une gravure sur bois, cette espèce dessi- née par le lieutenant-colonel C. H. Smith , à qui il a dédié ce poisson. Le naturaliste an- 1. Faun. Bor. Amer., p. no, n.° 5i. CHAP. XIII. ABLES. 329 glais observe que les écailles sont trop petites. La description faite sur des individus de neuf à dix pouces anglais de longueur, a été com- muniquée à M. Richardson, et cette descrip- tion dit que le premier rayon de la dorsale et de l'anale est épineux; ce qui veut dire que ce premier est simple comme ceux de tous les cyprinoïdes. Puis un second caractère, dune plus haute importance, fait connaître que la langue est dentée. Malheureusement l'observateur n'a rien dit sur la grandeur, la disposition et la forme de ces dents. M. Ri- chardson remarque qu'il n'a pas cru cependant faire un genre distinct de ce poisson, dont la forme générale est celle d'une brème. Je ne partage pas cette manière de voir, et je crois que lorsque nous connaîtrons mieux ce poisson, que nous aurons une description plus complète de la langue et de l'armure qu'elle porte, il sera convenable de retirer ce poisson des cyprinoïdes. C'est la raison qui m'a empêché de citer cette espèce à la suite de nos brèmes, qui d'ailleurs ne doivent pas être séparées du genre des Leuciscus. 330 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Du Rasoir. (Leuciscus cultratus, nob.) A considérer ce poisson d'une manière isolée et absolue à côté des ables ordinaires, comme le gardon ou le chevaine, rien ne pa- raît d'abord plus naturel que de le séparer de ces espèces et d'en faire un genre distinct. C'est ce que M. Cuvier a indiqué dans la se- conde édition du Règne animal; car dans la première il avait conçu le genre Leuciscus tel que je le laisse aujourd'hui. Toutefois l'il- lustre auteur du Règne animai range à côté du cjprinus cultratus, sous le nom de Chela, plusieurs espèces de Buchanan , dont la bouche porte des barbillons. M. Agassiz ' avait essayé de mieux préciser les caractères de ce groupe, en disant que les Chela ne comprendront plus que les espèces à barbillons, qui viennent toutes des Indes; que l'on en retirera les es- pèces à corps trapu dont les ventrales sont très -longues, aussi originaires des Indes, et en formant, sous le nom de Pelecus, un genre distinct. La plupart des ichthyologistes actuels ont suivi cette marche. Quant à moi, je ne crois 1. Mémoire de la Société de Neuchâlel , déjà cité. CHAP. XIII. ABLES. 331 \ pas devoir adopter cependant et séparer cette espèce singulière des autres ables; car je ne trouve pas d'autres caractères distincts que la longueur de la pectorale. Voici la diagnose de ce genre : « Pelecus. Corps très-comprimé et alongé; « ventre tranchant; dorsale oppo- « sée à l'anale, qui est très-longue; «pectorales très - longues ; ligne « latérale brisée. * En plaçant à côté de notre cypr. cultratus d'Europe les espèces que nous avons reçues des Indes, et qui sont voisines du cyprinus clupeoicles de Bloch, on voit qu'il est impos- sible de séparer dans deux genres distincts ces différens poissons. Ils ont tous, en effet, le corps comprimé, alongé , semblable pour la forme à notre rasoir. Celui-ci a le ventre tranchant depuis la gorge jusqu'à l'anus; une autre espèce n'a le ventre comprimé et tran- chant que jusqu'à la ventrale; l'espace entre cette nageoire et l'anale est méplat; d'autres, comme l'ablette , ont le ventre tranchant sur ce même intervalle, et il est arrondi depuis la nageoire paire abdominale jusques sous la région pectorale. La dorsale, opposée tout-à-fait à l'anale dans le poisson d'Europe , ne l'est plus autant 352 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. dans les espèces étrangères. La ligne latérale, brisée d'une manière si singulière dans notre able, ne présente plus cette singularité dans les espèces voisines, et qui, je le répète, lient ces ables entre eux et ne peuvent être éloi- gnées du cjprinus cultratus. Si M. Agassiz eût examiné les dents pharyngiennes, il les aurait trouvées semblables à celles du rotengle (leuc. erythroplithalmus) , tandis que celles des espèces voisines les ont coniques et cro- chues comme celles de nos ablettes. Telles sont les raisons qui ne me font pas admettre les genres indiqués dans l'ouvrage que jai ana- lysé avec beaucoup de soin, parce qu'il venait d'un auteur recommandable. Que M. Agassiz ne voie dans ces critiques que ma sincérité pour ce que je crois être la vérité scientifique: j'ai pour lui une vive et sincère amitié; je professe pour son talent une haute admira- tion; ce que je désire le plus, c'est de le convaincre : j'ai eu la patience d'examiner un à un plus de cinq cents individus des nom- breuses espèces d'ables que je viens de dé- crire; j'en ai retiré, toutes les fois que je l'ai pu, les dents pharyngiennes; je les ai prépa- rées et j'en ai répété la description même quand elles se ressemblaient, pour que l'on ne croie pas que j'ai quelquefois jugé par CHAP. XIII. ABLES. 353 présomption, et je demeure convaincu qu'il y a plus d'affinité générique entre tous ces ables qu'il y en a peut-être entre quelques espèces de certains genres que nous n'avons pas cru devoir subdiviser. Plusieurs percoïdes en offriraient la preuve. Je sais bien que ces divisions dépendent de la valeur que l'on at- tache à tel caractère générique ou spécifique; mais je crois que si l'on fait descendre trop bas la valeur du caractère générique, et que l'on arrive ainsi à séparer dans des genres dis- tincts les espèces les plus voisines seulement d'après quelques caractères de longueur d'or- ganes, tels que les pectorales, alors on rendra impossible toute philosophie en histoire na- turelle, tout rapprochement de distribution zoologique des espèces sur le globe : questions de zoologie générale qui seules donnent de l'intérêt aux travaux de détails nécessaires pour aborder la solution de ces grands problèmes. N'admettant pas le genre Pelecus, je vais donner, sous le nom de Leuciscus cultratus, une description détaillée de ce beau poisson, étranger aux eaux douces de notre France, mais abondant vers l'est de l'Europe et le nord de l'Asie. Ce poisson a le corps remarquable par sa grande compression et par son ventre caréné. La plus grande 534 LIVRE XVIII. C1PRIN01DES. épaisseur fait le quart de la hauteur, qui est com- prise cinq fois et quelque chose dans la longueur totale. La tête, courte et petite, ne fait guère que le sixième de cette même longueur totale; son œil est grand, et trois fois et trois quarts dans la tête. Les quatre sous-orbitaires sont très-étroits et presque perdus sous la peau : cependant le premier cache entièrement le maxillaire. Cette disposition explique la brièveté de la mâchoire supérieure; celle de la face de l'animal, qui n'est alongée que par la saillie de toute la mâchoire inférieure. Une légère échan- crure se voit sur le milieu de la mâchoire supé- rieure et à laquelle correspond, sur l'inférieure, un petit tubercule pour y entier. L'articulation de la mâchoire inférieure n'atteint en arrière l'aplomb du bord antérieur de l'orbite. La joue, nue et argentée, est toute cutanée, attendu que le préopercule est entièrement couvert par la peau et qu'il recouvre presque en entier l'interopercule; l'opercule a quelques fines stries, et le sous-opercule est très-étroit et presque terminé en pointe vers l'angle. Le bord membraneux est assez large : les trois rayons branchiostèges se voient sur le bas de l'ouverture branchiale. La mâchoire inférieure et le limbe du préopercule sont percés d'une série de pores très- petits. Les dents pharyngiennes sont au nombre de sept, cinq sur le bord externe, deux à l'interne : elles ont une couronne étroite, comprimée, pointue, crochue à l'extrémité et dentelée sur le bord : ce sont des dents semblables à celles des rotengles ou du genre CHAP. XIIÏ. ABLES. 355 Scardinius. Presque toute l'ossature de l'épaule est cachée sous le bord membraneux de l'appareil oper- culaire. Elle porte une pectorale remarquable par sa longueur, qui est du tiers de celle du corps, la caudale non comprise , laquelle entre cinq fois et demie dans la longueur totale. Cette nageoire, à base large, est articulée de manière à se coller contre le corps, et sa pointe dépasse l'insertion de la ven- trale : celle-ci est pointue, moins longue à propor- tion que la pectorale : elle est comprise sept fois dans la longueur du corps sans y comprendre la caudale, à cause de la compression ou de la carène du ventre; elle est articulée sur le côté au lieu d'être en dessous comme dans les autres cyprins. Cepen- dant la compression de l'arrière du tronc en avant de l'anus , place les nageoires de l'ablette un peu comme celles-ci, et montre les rapports qui lient entre eux tous ces poissons. L'anus est un peu au-delà de l'endroit où les ventrales peuvent atteindre , et des deux tiers de la longueur du tronc. Une longue anale, coupée en faux , suit sous le tronçon de la queue. La caudale est fourchue; la dorsale, petite, est reculée sur le dos au-delà de l'anus; car le premier rayon de cette na- geoire répond au huitième de l'anale. D. 9; A. 30; G. 25; P. 19; V. 9. La ligne latérale est très -remarquable par les sinuosités qu'elle fait sur le corps. Naissant sur le haut de l'épaule, elle se porte horizontalement sur les huit premières rangées d'écaillés : elle descend verticalement sur onze rangées; elle est alors mar- 536 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. quée sur la dernière près de la carène du ventre, mais elle remonte pour passer au-dessus de la ven- trale, où elle devient convexe, laissant six rangs d'é- cailles au-dessous d'elle; puis elle remonte parallè- lement au bord de l'anale, n'ayant que quatre écailles pour la séparer de la base de cette nageoire, et elle se courbe pour atteindre la base de la caudale. Les écailles sont petites et par conséquent nombreuses. J'en compte quatre-vingt-douze rangées entre Fouie et la caudale, sur vingt ou vingt-deux rangées dans la plus grande hauteur. La couleur est un bleu d'a- cier très-brillant sur une petite partie du dos; tout le reste est d'un beau blanc d'argent. La cavité abdominale est longue et fort étroite ; le canal intestinal se replie deux fois et est aussi long que le corps du poisson. Le foie a deux lobes grêles et étroits, dont l'un s'étend dans toute la cavité droite du ventre. La vésicule du fiel est pe- tite; la rate, de peu de volume, est brune; la se- conde portion de la vessie aérienne est longue et fort étroite. Il y a quarante-huit vertèbres à la colonne ver- tébrale et vingt paires de côtes. Nos individus ont un pied et quelque chose de longueur. Nous en avons reçu du Danube; un autre, originaire du Volga, a été donné au Cabinet du Roi par M. le baron de Humboldt, et M. Nordmann en a offert d'autres, originaires des eaux douces de la Crimée. CHAP. XIII. ABLES. 557 C'est par la description et la 'figure publiées dans le Voyage de Linné, en Scanie 1 , où l'es- pèce est indiquée comme un poisson de la Baltique, que le Cjprinus cultratus prit rang dans le Systema naturœ. On ne doit pas dire que ce sont les premiers documens publiés sur ce singulier poisson, puisque dès 1726 Marsigli en avait donné, dans son Histoire du Danube 2 , une représentation reconnaissable, quoique défectueuse sous plusieurs points. Il en a exagéré la ressemblance avec les dupées, en le comparant au sarachus d'Aldrovande ; de même que Wulff 3 , qui lui a donné pour synonyme le chalcis altéra Rondeletii, ou le Hœring in siïssen Seen, de Johnston 4 . Le silence d'Artedi et de presque tous les au- teurs des Faunes septentrionales du continent ou d'Angleterre, prouve que l'espèce n'habite pas ces contrées. M. Nilsson 5 a cependant cité ce poisson comme originaire de la Baltique, et à cause de la longueur de l'anale , il en a fait un de ses Abramis. On ne la trouve pas en France ni au-delà 1. lier Scand. , p. 82, tab. 2. 2. Tom. IV, p. 21, ch. 8, tab. 8. - 3. Icht. Boross., p. 4°, n.° 5i. 4. Hist. pisc -, tab. 5o, fig. 17. 5. Nilss. , Vise. Scand. y p. 32, n.° i5. 17. 2 2 538 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. du Rhin, mais vers le nord et à lest de l'Eu- rope : nous le voyons cité par tous les natu- ralistes. Klein ■ , qui a composé son article à peu près comme Marsigli, critique avec raison cet auteur d'avoir comparé cette espèce au poisson d'Aldrovande; mais par un bizarre sentiment des rapports entre les êtres, il rapproche ce cyprin, à corps comprimé et à bouche sans dents, du brochet, dont le corps est arrondi, et la gueule, large et bien fendue, est hérissée de dents sur presque toutes ses parties. La figure donnée par Klein est également incon- naissable, mais elle est encore bien plus dé- fectueuse que celle de l'historien hongrois. Bloch a donné, tab. XXXVII, sous le nom de Rasoir, une bonne description et une meilleure figure de l'espèce que ses de- vanciers. La critique, par laquelle son article est terminé, est pleine de justesse. Je ne trouve de reproche à la figure de Bloch, que la du- reté avec laquelle les écailles et la ligne laté- rale sont tracées. Toutefois Bloch a donné la description d'après un individu pris dans un lac de la Nouvelle-Marche, où il avait été introduit par M. le comte de Marwick. Aussi 1. Miss. V, p. 7 4, n.° 5, tab. 20, %. 5. CHAP. XIII. ABLES. 559 je le crois moins exact à 1 égard de quelques détails de mœurs que M. Reisinger 1 , qui a vu souvent ce poisson abondant en Hongrie, dans le Danube, le lac Balaton, où on le nomme improprement hareng. Il le donne comme la proie du Sandar (perça lucioperca). Cet able se nourrit, comme les autres, d'insectes, de petits vers et même de limon : il fraie des milliers d'œufs; il atteint à un ou deux pieds, et à cause de sa chair molle et remplie d'a- rêtes, il n'est mangé que par le bas peuple. Son nom hongrois, suivant Marsigli , est Sa- blar, que ne cite pas M. Reisinger. Son nom allemand Sichel a été altéré en conservant cette racine; il vient de la forme de son corps comprimé et tranchant en lame de faux. Sui- vant Wulf, il se nomme Ziege ou Zicke, que Bloch dit exprimer maigreur de sa chair. Pallas 3 nous apprend aussi que le Cypr. cultratus se tient en assez grande abondance dans tous les grands fleuves ou lacs de la Russie d'Europe, principalement dans le système des rivières qui versent leurs eaux dans la Cas- pienne et la mer Noire; il remonte aussi jus- ques à Cama et à l'Oua, et, suivant le témoi- 1. Pisc. Hung. , p. 79, n.° 25. 2. Faun. Ross, asiat., p. 33i ? n.° 2ôc). 540 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. gnage de Steller, de Merk et de Tilesius, il n'existe pas dans les fleuves de la Sibérie transourale et dans le Kamtschatka. On vend son frai, sous le nom de snetkij, sur tous les marchés de la Russie pendant l'hiver. Les noms de l'adulte sont, dans les différens dia- lectes, sabla-ryba , sur le Volga; tschechon, dans la petite Russie; bokowna, dans le dis- trict de Perme; berdisch (c'est-à-dire hache), chez les Calmouques; uldoe ou uldou et kjl- tschak chez les Tartars. Depuis, M. Tilesius en a donné une nou- velle figure dans les Mémoires de Pétersbourg l , et plus récemment M. Nordmann 2 , qui a suivi M. Agassiz dans la classification ichthyologique des cyprins pour sa Faune de la Russie méri- dionale, en a publié une bonne figure pour éclairer la simple note écrite sur ce poisson dans cet ouvrage. Tous ces auteurs s'accordent a dire qu'il fraie en Mai; qu'il pond un très-grand nombre d'œufs, mais que sa chair est mauvaise et farcie d'arêtes. 1. Mém. de l'acad. impér. de Pétersbourg, vol. IV, p. 46 j tab. i5, fig. 6 — 7. 2. Faun. Pont., p. 5o2, pJ. 2^, fig. 1. CHAP. XIII. ABLES. 341 Z'Able COUTELET. (Leuciscus cultelliiS) nob.) Nous avons reçu des eaux douces de Coro- mandel un able voisin de celui-ci, mais qui rentre aussi, par plusieurs caractères, dans les ables précéderas. En effet, il a le corps élevé et comprimé, ainsi que les pectorales longues du cypr. cultratus. Mais déjà la carène du ventre s'arrête à l'insertion des ventrales; les pectorales, de même forme, n'attei- gnent pas les ventrales ; la ligne latérale est légère- ment courbe et ne fait pas d'ondulations; les dents pharyngiennes, en même nombre et sur deux rangs, ont une couronne comprimée , pointue , un peu crochue et sans dentelures. La dorsale, reculée sur le corps, est insérée au-devant de l'anale, qui est beaucoup moins longue. Ce poisson a le profil du dos un peu convexe ou soutenu au-dessus de la nuque; puis auprès de la dorsale il devient un peu creux; celui du ventre est concave régulièrement jusqu'à la caudale. La hauteur est comprise cinq fois et presque une demie dans la longueur totale. Elle est égale à la longueur de la tête. L'œil est petit, du cinquième de la longueur de la tête; les osselets sous-orbitaires sont larges et visibles sur la joue; le maxillaire est recouvert; la bouche est plus fendue; la mâchoire inférieure est moins saillante; la pectorale est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur du corps, la caudale 342 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. non comprise, qui y est contenue sept fois et demie; la ventrale est très-courte et ne fait que le dixième de la longueur de la tête et du tronc réunis ; l'anus s'ouvre à une fois sa longueur en arrière; l'anale est basse, peu pointue, surtout en arrière; la caudale est peu fourchue; la dorsale est petite. D. 9; A. 17, etc. Les écailles sont très -petites : il y en a cent trente rangées entre l'ouïe et la caudale, et dix -sept au- dessus de la ligne latérale et onze au-dessous. Le verdâtre du dos est séparé de l'argenté métal- lique des côtes et du ventre par une ligne bien tran- chée; les nageoires ont des restes de jaunâtre ou d'orangé. La tête de ce poisson ressemble beaucoup, aux dents près, à celle d'un chirocentre. La longueur de l'individu est de sept pouces. Il a été envoyé par M. Leschenault. Z/Able clupéoïde. (Leuclscus clupeoides , nob.) Un autre able, voisin du précédent, a la plus grande ressemblance avec le Cjprinus clupeoides de Bloch. Il a, comme notre rasoir, le ventre tranchant, caréné et dentelé en scie jusqu'à l'anale. La nuque est moins relevée que dans le précédent, mais le dos est plus régulièrement convexe. La tête égale CHAP. XIII. ABLES. 345 la hauteur du ironc et mesure le cinquième de la longueur totale. L'œil est plus grand , plus haut sur la joue; le préopercule moins large; la mandibule supérieure moins échancrée; l'inférieure aussi sail- lante; les dents pharyngiennes sont sur trois rangs: l'un en porte cinq, la seconde trois, la dernière deux : elles sont toutes coniques , à pointe crochue, sans dentelures; la pectorale faite de même est aussi longue; l'anale est plus courte, un peu en lame de faux; la dorsale est beaucoup moins reculée sur le dos, car il s'en faut de très -peu que son premier rayon ne s'élève sur le milieu du corps. D. 9; A. 14, etc. La ligne latérale est plus concave que dans l'espèce précédente, mais elle se porte sans autre inflexion jusques à la caudale. Il y a soixante -dix rangées d'écaillés entre l'ouïe et la caudale : elles sont lisses. La couleur du dos tranche fortement avec l'argenté des flancs et du ventre. Notre individu a quatre pouces et demi : il vient du Mysore, C'est M. Dussumier qui l'a rapporté en 1827. Le Cjprinus clupeoides que Bloch tenait de Tranquebar par les soins du missionnaire John, aurait, selon cet auteur, treize rayons à l'anale, neuf à la dorsale. On voit que de toutes nos espèces celle que nous venons de décrire convient le plus à la description fort abrégée de Ficrithyologiste de Berlin. 544 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Z/Able SARDINELLE. (Leuciscus sardinella , nob.) Nous avons reçu de la rivière de Rangoon , rirrawaddi , par les collections de M. Regnault, chirurgien à bord de la Chevrette, un able voisin de ceux-ci, mais qui s'en distingue aisément par sa petite tête et son museau pointu : elle est com- prise six fois et demie dans la longueur totale. L'œil est grand dans un orbite élevé sur le haut de la joue, assez près du bout du museau; la mâchoire inférieure dépasse très-peu la supérieure; les dents pharyngiennes sont petites, serrées, sur trois rangées, de cinq, de quatre et de trois. La couronne, conique, a la pointe aiguë et crochue. La nuque n'est pas convexe; la hau- teur du tronc n'est que cinq fois et demie dans la longueur totale; la dorsale est reculée au-delà des deux tiers de la distance entre le bout du museau et la caudale, et est au-dessus des premiers rayons de l'anale. Les pectorales n'atteignent pas aux ventrales : elles sont comprises cinq fois dans la longueur to- tale. Les ventrales touchent à la moitié de la dis- tance entre leur insertion et l'anus. D. 9; A. 22, etc. Les écailles sont grandes, minces, très-finement striées et caduques; le côté du poisson ressemble tout- à-fait à celui d'une sardine. La ligne latérale descend par une courbe insensible vers le ventre, CHAP. XIII. ABLES. 345 dont elle suit la courbure : elle est composée, comme ' à l'ordinaire, d'une suite de tubercules. On voit, sur le côté, une sorte de raphé qui suit la colonne ver- tébrale depuis le haut de l'épaule jusqu'à la caudale, et qui ressemble, jusqu'à un certain point, à une se- conde ligne latérale. Cependant en soulevant la peau on ne voit pas de nerf suivre ce tracé.. Cela explique comment M. Buchanan parle des cyprins ayant deux et même trois lignes latérales. M. John M'clelland a répété après lui la même chose. Le poisson brille d'un bel éclat argenté. L'individu est long de six pouces et demi. Z/Able petit rasoir. (Leuciscus novacula, Val.) J'ai représenté, dans l'Atlas zoologique du Voyage de feu Victor Jacquemont 1 , ce petit able voisin des précédens, et surtout du Leu- ciscus clupeoides. Il a le profil du dos plus droit, celui du ventre très-arqué sous les pectorales, caréné et saillant entre les ventrales et l'anale. La hauteur, plus grande que la tête n'est longue, est cinq fois dans la lon- gueur totale. La mâchoire inférieure plus longue que la supérieure • les dents pharyngiennes, sur trois rangs, au nombre de cinq, de quatre et de trois sur chaque rangée : elles sont plus petites que celles 1. Val. chez Jacquemont, Voyage aux Indes, pi. i5, fig: 2. 346 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. des ables voisins. L'œil est plus grand ; l'opercule plus arrondi; le sous-opercule plus étroit. La dorsale, un peu plus en arrière que celle du cypr. clupeoides , répond aux premiers rayons de l'anale; les pecto- rales, longues et pointues, n'atteignent pas tout-à-fait les ventrales, lesquelles touchent presque à l'anus. D. 9; A. 17, etc. Les nombres de l'anale diffèrent donc aussi un peu. La ligne latérale descend par une grande cour- bure dans la grande saillie du ventre, et se relevant un peu avant la ventrale, elle marche parallèlement au profil du ventre, sans se relever, jusqu'à la cau- dale, de sorte qu'elle est presque aux trois quarts de la hauteur à l'aplomb des ventrales, ainsi que sur le tronc de la queue. On sait que le plus sou- vent cette ligne passe par le milieu du tronc de la queue. Je ne vois rien qui représenterait ici une se- conde ligne latérale. H y a soixante rangées d'écaillés sur le côté, quinze au-dessus et trois au-dessous à l'aplomb de la ventrale et sur la pectorale, j'en trouve seulement douze au-dessus et cinq au-dessous de la ligne. La couleur est un argenté brillant, à teintes vertes, pâles sur le dos. Les nageoires pourraient bien avoir été rouges. Nous en avons huit ou dix individus tous longs de quatre pouces à quatre pouces et demi. chap. xiii. ables. 547 Z/Able lancette. (Leuciscus scapellus, nob.) Un autre petit able des eaux douces de Ceylan, par M. Leschenault 5 ressemble encore aux précédens* Il a le dos plus droit, le corps plus étroit, parce que la courbure du ventre est beaucoup moins forte. La hauteur est du sixième de la longueur totale ; la tête dépasse un peu cette mesure; l'oeil est tout-à- fait sur le haut de la joue; les dents pharyngiennes en même nombre, cinq sur le rang externe, puis quatre, puis deux seulement. La dorsale reculée; l'anale basse; la pectorale at- teint à la ventrale. D. 9; A. 17, etc. La ligne latérale courbe et parallèle au ventre; les écailles caduques; le dos vert; le reste du corps brille du plus bel éclat d'argent. Ce petit poisson ressemble aussi à une sar- dine. Il n'a que trois pouces. Z/ÂBLE PETITE LAME. {Leuciscus acinaces » nob.) M. Dussumier a rapporté des eaux douces de Mysore une autre petite espèce 7 voisine de la précédente ? 348 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. mais qui a le corps plus haut et plus trapu ; parce que la courbure du ventre est plus sensible. La hau- teur est du cinquième de la longueur totale. Le profil du dos est tout-à-fait rectiligne. L'œil est plus grand que dans aucun autre : son diamètre n'est que deux fois et demie dans la longueur de la tête, qui est elle-même assez alongée : elle est comprise quatre fois dans la distance du bout du museau à la caudale. D. 9; A. 13. La ligne latérale est courbe; les écailles très-cadu- ques; une bandelette argentée sépare le vert du dos de l'argent brillant du ventre. L'individu n'a que trois pouces. Ses dents pharyngiennes sont semblables à celles des espèces voisines. Z/ABLE MACR0CH1RE. (Leuciscus macrochivus } nob.) MM. Kuhl et Tan Hasselt ont envoyé, de Java, au musée royal de Leyde, sous le nom de Clupea macrochira, un able qui se rap- proche par ses formes du Cjpj\ cultratus. Voici la description que j'en ai faite à Leyde. Ce poisson a le corps alonge et comprime comme le rasoir (cypr. cultratus)-, sa hauteur est du sixième environ de la longueur totale; la tête est dans les mêmes proportions; la bouche est très -largement fendue; la mâchoire inférieure dépasse de beaucoup la supérieure; l'œil est de médiocre grandeur; la CHAP. XIII. ABLES. 549 dorsale est petite, reculée sur les premiers rayons de l'anale, qui est longue; la caudale fourchue, la ventrale petite et courte; la pectorale, au contraire, très -longue et terminée par un filet à peu près du quart de la longueur totale. D. 8; A. 25; C. 19; P. H; V. 7. La ligne latérale est droite et par le milieu de la hauteur; les écailles, très - petites , au nombre de quatre-vingt-dix rangées entre Fouie et la caudale. La couleur est argentée, avec une tache grise au- dessus de la pectorale. L'individu a près d'un pied. On voit que ce poisson diffère de l'espèce d'Europe par sa ligne droite; par ce caractère il se rapproche du çypr, clupeoides de Coro- mandel, mais sa tête est tout-à-fait distincte. Je lui ai conservé l'épithète que les savans voyageurs hollandais lui avaient donnée pen- dant leurs travaux; mais l'espèce n'a pas les pectorales assez longues, quand on n'en fait pas une dupée, pour mériter plus qu'une autre cette dénomination. L'Able a ventre aigu. {Cyprinus oxygaster, nob.) J'ai dessiné et décrit à Levde une autre espèce, voisine des précédentes. C'est celle que MM. Ruhl et Van Hasselt ont envoyée au 350 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. musée royal de cette ville sous le nom ÔlOxj- gaster anomalurus. C'est un poisson à ventre tranchant, sans dente- lures, dont le profil est courbe et concave : celui du dos est presque droit; l'anale est très-longue; la dorsale, un peu au-devant du premier rayon de la nageoire de l'anus, est sur le milieu du corps. La ventrale est petite; la pectorale, de longueur mé- diocre, touche cependant à l'insertion de la ventrale. La caudale, fourchue, a le lobe inférieur beaucoup plus long que le supérieur. D. 6; A. 29; C. 19; P. 12; V. 7. Les écailles sont assez grandes et caduques; la ligne latérale suit la courbure du profil de l'abdomen par le quart inférieur de la hauteur du tronc, coin- prise cinq fois dans la longueur totale. La tête est plus courte; la mâchoire inférieure dépasse la supé- rieure; l'œil est assez grand. Les dents pharyngiennes sont en même nombre que celles des ables précédens. Le dos de ce poisson est vert, irisé de bleu et de jaune; le ventre est irisé en lilas; deux traits longitudinaux et noirs colorent la caudale; les autres nageoires sont grises; la dorsale et la pectorale ont un peu de jaunâtre. Ce poisson, originaire de Batavia, est long de quatre pouces. Les naturalistes à qui l'ich- thyologie est redevable de tant de découvertes intéressantes, avaient d'abord nommé cette espèce Clupea anomalura; puis ils ont eu Vidée d'en faire un genre particulier sous le CHAP. X11I. ABLES. 551 nom à'Oxygaster; on voit d'ailleurs pour- quoi nous n'avons pas dû adopter ce nouveau nom, pas plus que celui de Chela , pour sé- parer génériquement ce cyprinoïde des autres ables. Z/ABLE AU BUCHER. {JLeuciscus apiatus _, nob.) J'ai cru devoir décrire tout à fait à part, mais toujours dans le genre des ables, un cypri- noïde très-curieux, que nous devons aux re- cherches de M. Victor Jacquemont. On reconnaît les individus de cette espèce, à ce que les lèvres, les branches de la mâchoire inférieure, le premier sous-orbitaire, l'interopercule, les rayons branchiaux et quelques parties du front sont recouverts d'une peau épaisse, dans laquelle sont creusées de petites cellules hexagonales, rap- prochées comme les loges d'un gâteau d'abeille : chaque loge est remplie d'une substance qui paraît au microscope, sous des grossissemens de trois cents fois, contenir des globules simples d'une excessive petitesse, parfaitement transparens, ronds, sans au- cun prolongement. Ils sont différens des sporosper- mes observés par Muller ; M. Rayer, qui a bien voulu les examiner, les a trouvés, comme moi, d'une na- ture toute particulière. Les trois individus que j'ai sous les yeux présentent cette disposition constante sur toutes les régions de la tête que j'ai citées, mais à des degrés de développement inégaux. D'ailleurs 552 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. le poisson a la forme d'un jeune rotengle; la hau- teur est à peu près du quart de la longueur to- tale; celle de la tête en fait le cinquième. L'os de l'épaule est remarquable par sa largeur et par la saillie de son apophyse postérieure au-dessus de la pecto- rale; la peau, qui est au-devant de la nageoire, est épaisse et nue, de sorte que sous la poitrine, qui est plus large que dans les autres ables, les écailles s'avancent par une simple bandelette étroite jusques sous l'isthme des branchies. La pectorale est d'ail- leurs arrondie, courte et large; la ventrale, plus petite, est de même forme; la caudale est fourchue; les autres nageoires n'ont rien de remarquable, seu- lement la dorsale est un peu reculée. D. 9; A. 10 ; C. 19; P. 14; V. 9. La ligne latérale es* légèrement concave; il y a quarante-deux rangées d'écaillés sur le côté; la cou- leur est un verdâtre argenté égal sur tout le côté; les nageoires ne présentent pas de teintes remar- quables. La longueur des individus est de cinq à six pouces. Il y a déjà long -temps que j'ai donné la ligure de cette jolie espèce, découverte par M. Jacquemont, dans Fatlas de son voyage, pi. i5, fig. 3, et dont on pourrait faire un genre distinct, si l'on attribuait à ces détails spécifiques une valeur caractéristique supé- rieure à celle que méritent ces particularités. CHAP. XIII. ABLES. ' 355 J'ai indiqué plus haut, parmi les espèces d'ables, des poissons du Nil décrits par M. de Joannès. Il y a lieu de croire que le Nil nourrit encore d'autres poissons du même genre, mais qui ont échappé jusqu'à présent aux recherches savantes et actives, soit du célèbre voyageur de Francfort, M. Ruppel, soit des autres na- turalistes qui ont exploité l'Egypte. J'ai trouvé, en effet, dans les dessins de M. Eiffaut, Un cyprinoïde sous le nom de Gillé {Leu- ciscus Gille), qui a le profil du dos bombé; la dorsale haute et pointue de lavant; la caudale assez large; les écailles assez grandes; le corps et les nageoires grises. Un second, sous le nom de Bisarre (Leu- ciscus Bisarre), a le corps plus grêle, très-étroit; la caudale remar- quablement grande; l'anale longue et basse; la dor- sale haute et pointue; l'œil très-petit, ainsi que les écailles; les couleurs grises teintées de verdâtre sur le dos. Un troisième, sous le nom de Cïr (Leu- ciscus Cir), a le corps étroit; la dorsale haute et plus longue; l'anale très-basse et courte; la caudale de largeur ordinaire; des écailles à peine visibles. On conçoit que ces courtes mentions ne peuvent servir qu'à indiquer ces espèces aux 1 7- 23 554 LIVRE XVIII. CYPPJNOÏDES. recherches des naturalistes. Les notes du des- sin de M. Riffaut me font voir que le nom de Bibi ou de Bible, donné par M. de Joannès à lune de ses espèces, est générique, et qu'il s'applique à d'autres dont j'ai la représentation au moins pour deux espèces, mais trop vague pour en tenir compte, comme je viens de le faire pour les précédentes. Nous avons eu le soin d'indiquer aussi les espèces dont nous n'avons connaissance que par les peintures chinoises venues en Europe, et dont nous ne pouvons soupçonner la fidé- lité; car en ayant réuni un assez grand nombre, soit par des calques pris dans les bibliothèques de Londres et de Hollande, soit par des ori- ginaux rassemblés avec soin par M. Cuvier ou par moi-même , nous trouvons dans ces di- verses figures, qui ne sont pas copiées l'une sur l'autre, des représentations d'espèces iden- tiques ou au moins très- voisines. On sait aussi que nous avons reconnu, sur la nature même, la fidélité de ces peintures; déjà M. de Lacépède en avait fait usage avec raison et sagacité : nous ne devons donc pas négliger ces documens. Une première remar- que, c'est que dans l'imprimé japonais, cité plusieurs fois par Lacépède, par nous-même, CHAP. XIII. ABLES. 555 et dont nous avons du l'explication du texte, traduit en chinois, à l'infatigable complaisance et à l'immense savoir de M. Abel Remusat, nous ne trouvons qu'un able reconnaissable, lorsqu'il y a au contraire plusieurs Saumons ou Clupées. On pourrait l'appeler Leuciscus coreensis. Cet able ressemble un peu à nos chevaines; sa mâchoire supérieure dépasse l'inférieure ; la dor- sale est reculée; l'anale est petite; les nageoires paires sont arrondies et courtes; les écailles assez grandes; le dos, la dorsale, la caudale sont noirs; les côtes sont gris-verdàires; le ventre est blanc; les nageoires inférieures ont du grisâtre. Parmi les peintures chinoises que je puis rapprocher l'une de l'autre, j'ai d'abord à men- tionner le recueil de peintures chinoises de la bibliothèque du Muséum d'histoire, cité souvent par Lacépède, les beaux dessins chi- nois que je dois à l'amitié de M. Dussumier, les copies faites en Angleterre par M. me Bow- dich, et enfin de jolis dessins chinois que la princesse Marie d'Orléans, duchesse de Wur- temberg, a bien voulu me donner pour en faire entrer les documens dans l'histoire des poissons ; ouvrage auquel soit esprit aussi juste qu'éclairé savait porter un vif intérêt, et quelle daignait honorer de sa haute protection: qu'elle 556 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. reçoive avec le tribut de mes regrets les sin- cères expressions de ma reconnaissance. Je trouve d'abord une première espèce qui a quelque ressemblance par la largeur de son corps avec les brèmes, mais dont la tête' et Tanale sont différentes. Z/Able rosette. {Leuciscus rosetla, nob.) Elle a en effet la tète alongée et l'anale courte; la tète est le tiers de la longueur; la dorsale est pointue et sur le mi- lieu de la longueur; tout le dos et la tête sont verts, fondu par une nuance insensible jusques sur le clair du ventre ou de la gorge, et le tout glacé d'argent; des taches vertes sont éparses sur les flancs; il y a des teintes roses sur la caudale, sur l'anale et même sur les nageoires paires. On doit rapporter à la même espèce un autre dessin chinois, conservé dans la biblio- thèque de Banks. Le dessin représente un poisson de dix pouces et demi. Z/Able fintellf. ( Leuciscus fintella , nob. ) Une autre espèce du même recueil a le corps large comme une alose , et elle est tache- CHAP. XIII. ABLES- 357 tée comme la finie. J'ai imaginé le nom sous lequel je la désigne pour rappeler cette simi- litude. La hauteur fait près du tiers de la longueur totale; la tète, beaucoup plus courte, n'en est guère que le cinquième; la bouche est petite et sans dents; la ligne latérale, courbe, est marquée par une sorte de cordelette; le dos est verdàlre, tacheté de vert plus foncé; au-dessous de la ligne il n'y a plus de tache et tout le côté est argenté; la dorsale est verte; les autres nageoires sont rosées avec quelques teintes verd aires. Le dessin représente un poisson long d'un pied. Z/Able bramule. (Leucisciis bramula, nob.) M. me Bowdich nous a envoyé le calque de deux dessins de la bibliothèque de Banks, qui sont évidemment faits sur des poissons très- voisins de la brème, l'une d'elles a la tète petite et courte, du cinquième de la lon- gueur totale; le tronc haut, du tiers environ de cette même longueur; les écailles grandes, marquées cha- cune d'une petite carène longitudinale relevée; la ligne latérale peu courbée; l'anale a une longueur comprise quatre fois et demie dans celle du corps; la caudale est très -fourchue; la dorsale, pointue, élevée sur la première moitié de la longueur; le dos 558 LIVRE XVÏ1I. CYPRINOÏDES. est coloré en brun verdâtre, étendu sur la dorsale et la caudale; le ventre est argenté; les pectorales, les ventrales et l'anale sont brunâtres et pâles. Le dessin représente un poisson de neuf pouces. La seconde figure donne les mêmes formes et les mêmes proportions. L'anale est peut-être un peu plus étendue, mais les écailles paraissent sur le dessin plus petites, et elles ne portent pas ce petit trait longitudinal repré- senté sur les autres. La ligne latérale est très-faible- ment marquée. Le dos est vert- jaunâtre, un peu plus rembruni que la tête; le ventre est argenté; la dorsale et la caudale sont vertes, un peu plus foncées que les autres nageoires. Il est probable que ces deux dessins repré- sentent la même espèce, et que la légère dif- férence dans les teintes et la rudesse des écailles tiennent à l'époque de l'année où on aura pris les individus. Z/Able chevawelle. (Leaciscus chevanella , nob.) Le recueil du Muséum contient le dessin d'un able à tête courte, du sixième de la longueur totale; à museau saillant au-devant de la mâchoire inférieure; CHAP. XIII. ABLES. 369 à profil du dos très-relevé, de sorte que la hauteur est du tiers de la longueur du tronc, la caudale non comprise. Tout le dos est vert, glacé d'argent, avec un point vert plus foncé dans l'aisselle de chaque écaille; sur les côtés, le vert se perd déjà sous le brillant d'ar- gent dont le ventre est couvert. La dorsale, large et assez avancée sur le dos, est verdâtre, ainsi que la caudale aux lobes arrondis. Les autres nageoires sont pâles. Le dessin représente un poisson de sept pouces. Z/Able molitorelle. (Leuclscus molitorèlla, nob.) Parmi les dessins de M. Dussumier il y a un able qui ressemble un peu au précédent, mais qui en est cependant bien distinct. C'est un poisson à dorsale un peu longue pour un able, à profil supérieur soutenu, à tête bombée entre les yeux, dont la longueur est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale. La caudale a des lobes arrondis peu alongés; un gris verdâtre, plus ou moins foncé, colore le dos et le dessus de la tête; le reste du corps est argenté, irisé de lilas; les nageoires ont des teintes roses. Une tache bleue se montre au-dessus de la pectorale. Le dessin représente un poisson de onze pouces trois lignes. 560 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. JL'AbLE MEUNIÈRE. (Leuciscus molitrix , nob.) M. me Bowdich nous a envoyé de Londres un autre dessin, dont les couleurs rappellent celles des précédens. Mais il a les écailles petites, la dorsale courte et haute de l'avant, l'anale plus étendue. Le dos est vert rembruni, le ventre argenté, les lèvres roses, l'opercule lavé de rouge : toutes les nageoires sont teintées de rose. Le poisson a onze pouces. Z/Able j es el le. (Leuciscus jesella , nob.) Une autre espèce a le corps alongé; car la hauteur est le cinquième de la longueur totale. Celle de la tête égale la hau- teur du tronc. Les maxillaires sont larges et recou- vrent la mâchoire inférieure. Le dos est vert uni- forme, et le ventre jaune doré brillant; toutes les écailles sont bordées de vert plus ou moins foncé, ce qui fait paraître le corps sous un réseau de celte couleur. Les nageoires sont pâles. Le dessin représente un poisson de sept pouces et demi. La forme de la bouche et la couleur jaune ou dorée du ventre appartien- CHAP. XIII. ABLES. 361 nent plus aux Imites qu'aux ables; mais il n'y a pas de dents ni d'adipeuse, que les dessins chinois ne négligent pas ordinairement. Cepen- dant le dessin n'est pas très -rigoureux, car lanale a été oubliée. Z/Able cuivré. (Leuciscus cupreus , nob.) Ce dessin représente un able remarquable par son museau pointu, dont la tête mesure le cin- quième du corps; la dorsale est petite et arrondie, l'anale est courte, la caudale peu fourchue, à lobes arrondis; la ligne latérale, un peu concave, est mar- quée par une série de traits; les écailles sont de moyenne grandeur; la couleur est un cuivre doré comme celle de notre carpe, et elles sont bordées de vert plus foncé, ce qui fait une sorte de reselle verdâtre, dont chaque nœud, répondant aux angles des écailles , est marqué par un point vert, La pec- torale, la caudale et la dorsale sont vertes; les autres nageoires sont pâles. Le dessin est long de dix pouces. Z'Able bronzé {Leuciscus œneus 3 nob.) est très -voisin du précédent par les couleurs seulement plus rembrunies, 562 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. mais le museau est plus gros; les deux mâchoires sont plus égales; il y a des grosses ciselures sur l'angle de l'opercule. Toutes les nageoires sont de la même couleur, vertes, glacées de rosé; le dos est beaucoup plus foncé que le ventre. Je trouve cette espèce représentée par d'au- tres peintures chinoises, envoyées de Londres par M. me Bowdich. Les dessins sont faits d'a- près des poissons longs de neuf à dix pouces. Z/Able idelle. (Leuciscus idella, nob.) Un autre dessin chinois représente un able à tête large et arrondie en dessus : elle n'a guère que le quart de la longueur totale, et l'intervalle d'un œil à l'autre est du quart environ de la longueur de la tête. La dorsale est étroite et haute; la cau- dale fourchue ; l'opercule très-strié; les écailles sont grandes; la ligne latérale droite; le dos, vert foncé, se fond en jaunâtre sur les côtés; le ventre est ar- genté; l'opercule est jaune-verdâtre; l'œil est doré; toutes les nageoires sont de couleur verdâtre. Le dessin donne l'idée d'un poisson de quatorze pouces. CHAP. XIII. ABLES. *>63 Z/Able VANDELLE. (Leuciscus vandella, nob.) Enfin, ce dernier able est représenté par deux peintures de la bibliothèque de Banks, que nous devons , comme la précédente , à M. me Bowdich. Le museau est conique, avancé sur la lèvre supé- rieure, plus longue que l'inférieure; les écailles sont de moyenne grandeur ; la ligne latérale très-courbe. Le dos est vert foncé et rembruni; les flancs sont clairs et le ventre est argenté. La dorsale et la cau- dale vertes; les autres nageoires jaunes. Les dessins ont huit pouces. Du Véron. (Leuciscus phoxinus s nob.) Il faut encore mettre à la suite des ables le Véron, que plusieurs auteurs ont considéré, avec M. Agassiz, comme devant être d'un genre distinct, sous le nom de Phoxinus. Avec quel- ques différences dans la forme du corps, mais qui ne peuvent être prises que comme dis- tinctions d'espèce, il faudrait tenir compte de la petitesse des écailles , caractère qui n'est aussi que spécifique; les dents pharyngiennes, 364 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. coniques, crochues et sur deux rangs, sont semblables à celles de nos ablettes. Le véron est un petit poisson vivant en troupes presque innombrables dans nos ri- vières, avec le chabot (cotus gobio) et la loche (cobitis barbatulci). Le museau du véron est gros et arrondi; la tête du cinquième de la longueur totale; l'œil, petit, sur le haut de la joue; les deux mâchoires égales; la bouche petite; les dents pharyngiennes sur deux rangs : l'externe composé de cinq, l'interne de deux; chaque dent conique peu comprimée; la couronne, sans dentelures, terminée par une pointe aiguë et recourbée; le corps, arrondi, a le profil du dos et du ventre arqué, de manière que la hauteur du tronc soit comprise cinq fois et un tiers ou une demie dans la longueur totale. La queue est plus ou moins grêle; l'épaisseur est entre la moitié et les deux tiers de la hauteur du tronc. La dorsale a la base de son premier tour près de la moitié de la longueur totale: sa hauteur est des deux tiers de celle du tronc sous la nageoire; l'anale est un peu plus haute que la dorsale, et ne commence que sous le dernier rayon de la dorsale. La caudale est four- chue, à lobes larges et peu pointus. Les ventrales, petites et rondes, touchent à l'anus. D. 9; A. 9; C. 19; P. 15; V. 9. Les écailles du véron sont très -petites et recou- vertes, dans l'animal, d'une couche de mucus si épaisse, qu'on le croirait aisément dénué d'écaillés CI1AP. XIII. ABLES. 56S J'en compte quatre-vingts à quatre-vingt-cinq ran- gées entre Fouie et la caudale. La ligne latérale est tracée par une suite de tubulures faisant une série peu concave, et elle s'efface sur la queue plus ou moins tôt, c'est-à-dire que sur des individus je la vois disparaître avant l'anale; sur d'autres, un peu après l'anale; mais je n'ai trouvé qu'un seul exem- plaire sur plusieurs centaines que j'ai examinés sous ce point de vue, qui ont une ligne latérale tracée jusquà la base de la caudale, et encore elle ne pa- raissait plus sur les trois ou quatre dernières écailles : comme elles sont très-petites, la terminaison parais- sait près de la base de la caudale. Si la même chose avait lieu sur une carpe , leloignement eût été sen- sible. Voilà donc plusieurs ables qui offrent cette variation singulière dans le tracé de la ligne laté- rale. Les couleurs du véron sont assez jolies quand le poisson vit dans des eaux vives claires et sur fond de roc. Il est d'un beau bronze doré sur le dos, jaune orangé sous le ventre; le corps est tra- versé par des bandes ou de grosses taches noires; tout le corps est sablé d'un nombre considérable de points pigmentaires noirs; le tour de l'anus est souvent d'un beau rouge de minium. La dorsale est grise, tachetée de points noirs, mais plus pig- mentaires: la caudale est verte comme le dos; les pectorales sont jaunâtres; les ventrales et l'anale rouges plus ou moins orangé. D'ailleurs les teintes varient beaucoup selon la saison et selon la nature des eaux. J'ai souvent vu des vérons dans la Seine, où l'espèce est cependant moins abondante que dans 56G LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. d'autres petites rivières des environs de Paris, qui étaient gris -blanc, sans aucune trace de rouge ni de jaune; d'autres étaient jaunâtres sous les parties inférieures. J'ai trouvé, chez nos vérons, un foie petit; une vésicule du fiel assez grosse; le canal intestinal re- plié deux fois sur lui-même; les sacs ovariens tou- jours très -développés; trente-cinq vertèbres à la colonne vertébrale, dont seize portent des côtes. Il faut ajouter au nombre les trois vertèbres antérieures qui soutiennent la vessie aérienne. Sa taille, toujours petite, n'excède pas or- dinairement trois pouces et demi. Il me pa- raît cependant que dans quelques lacs de la Suisse elle devient plus grande; car M. Major a envoyé au Cabinet du Roi un véron du lac de Zug, long de quatre pouces deux lignes. C'est le plus grand individu que j'aie jamais vu. Une des rivières des environs de Paris où j'ai observé le véron en plus grande quantité, est la Levrière, qui se jette dans l'Epte, un des afiluens de la Seine, entre Vernon et les An- delys. Il y en a aussi beaucoup dans l'Andelle 5 un des afiluens de l'Eure, et qui coule au mi- lieu de la riante vallée de Fleury sur Andelle. Le véron est plus abondant dans la basse Seine que dans la haute; je l'ai aussi d'autres petites rivières de Normandie près le Havre, ou de Hesdin, par MM. Lesueur ou Bâillon; CHAP. XIII. ABLES. 567 mon ami, M. Rayer, le trouve en abondance dans la petite rivière de la Seule, qui passe à Anctoville, entre Villiers et Caumont, et va se jeter dans la mer sur la côte de la basse Normandie. Or, dans toutes ces eaux les truites abon- dent, et elles s'en nourrissent avec avidité. Il y a donc association pour condition naturelle d'existence entre le véron et la truite. Je vois parmi les nombreux individus que j'ai réunis, que plusieurs vérons se couvrent de tubercules épidermiques sur la tête et sur le tronc, comme nos brèmes, nos gardons et un grand nombre d'autres ables. Il ne faut pas d'ailleurs confondre ces tubercules avec ces petits décrits et figurés par M. Rayer dans ses Archives de médecine comparée. Le Cabinet du Roi en a reçu du lac de Ballon, de Guebwiller dans les Vosges, où on le nomme Erling ou Edingle; nous en sommes redevables à M. Duvernoy, qui les tenait, sur une demande pour connaître le Erling, de M. le D. r Lereboullet. Nous tenons encore ce poisson du Danube, par M. Agassiz; du lac de Zug, par M. Major; d'Italie, par M. Savigny; de Montpellier, par M. Deliïïe; d'Angers, par M. Leclerc, et nous en avons aussi un exem- plaire , pris dans les eaux de la Sibérie , par MM. Humboldt et Ehrenberg. 568 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Lepithète de Phoxinus, donnée par Linné à cette espèce de cyprinoïde, est la traduc- tion faite par Gaza du mot grec (pc%7voç, qui se trouve deux fois dans Aristote, pour dési- gner un poisson impossible à reconnaître dans les passages de l'histoire naturelle des animaux. En effet, on lit une première fois 1 parmi les assertions plus ou moins vagues dont ce cha- pitre est rempli, qu'il y a des poissons qui pondent des ceufs sans accouplement; que ce fait est constant pour certaines espèces fluvia- tiles; car le phoxinus, à peine né et encore tout petit, a des ceufs. Dans le chapitre sui- vant 2 , il compte le (po^tvoç au nombre de ceux qui pondent une seule fois et lâchent leurs ceufs dans les roseaux. x\ussi les auteurs de la renaissance ont-ils été très-incertains sur la détermination de ce poisson. Belon 3 , qui a laissé du véron une figure fort reconnaissable, et qui nous apprend que ce nom était déjà connu de son temps, parait être un des premiers auteurs qui ait cru re- trouver dans ce petit poisson le (pogïvoç d'Aris- tote. La raison qu'il en donne est loin de 1. Hist. anim., 1. VI, c. XIII, p. 869, C. 2. Ibid., c. XIV, p. 870, C. 3. De aquat., p. 322. CHAP. XIII. ABLES. 569 faire reconnaître ce que le philosophe grec a laissé de vague dans ses deux assertions sur nos (po%woç 9 et d'ailleurs les légères erreurs com- mises par Belon sur la prétendue absence des écailles et sur quelques autres détails , mon- trent qu'il n'avait pas étudié bien exactement ce petit poisson. D'un autre côté Rondelet 1 a donné, sous le titre de Phoxinus > deux jeunes poissons de deux espèces très-distinctes; l'un, le plus petit, est probablement une brème encore très-près de sa naissance; l'autre est un jeune de quelques-uns de nos ables, impossible à reconnaître : ses critiques sur les assertions d'Aristote sont justes. Plus loin, au chapitre XXIX, sous le titre de Pisciculo vario , Ron- delet parle du véron; mais la petite figure placée en tète est défectueuse; car l'anale, la configuration du museau trop pointu, la peti- tesse des nageoires paires, ne peuvent faire reconnaître le moins du monde notre petit poisson. Aldrovande 2 a copié Belon pour parler du Phoxinus. Gesner a reproduit les figures de Belon; celles de Rondelet appartenant ou non 1. De pisc. fluv., p. 2o4, cb. XXVIII. 2. De pisc, p. 682. ch. X. 17. lly 370 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. au véron, et en a donné une originale qui n'est pas très-reconnaissable, de sorte que son article, composé de toutes ces compilations, est loin d'éclairer l'histoire naturelle de ce petit poisson. Laissant de côté les copies de Johnston, nous arrivons à l'ouvrage de Wil- lughby 1 , qui donne la première bonne des- cription de notre espèce, qu'il connaît très- bien, parce que c'est un able très-abondant en Angleterre comme dans le reste de l'Eu- rope. On ne doit pas s'étonner de ce qu'un poisson aussi petit d'ailleurs, ait été négligé ou mal déterminé avant Willughby, par la manière dont l'histoire naturelle était traitée; mais ce qui va paraître plus singulier, c'est qu'Artedi et Linné ont été cause de plusieurs erreurs sur ce petit cyprin. Il me paraît im- possible de ne pas admettre que le véron ne soit trois (ois dans la Synonymie d'Artedi ; mais cet habile zoologiste n'a pas toujours été heureux dans le rapprochement des citations de ses prédécesseurs. Peut-on douter qu'il ne soit parlé du véron dans la phrase de l'espèce n.° 22 % au genre Cjprinus : elle est si caractéristique : 1. Hist. pisc., p. 268, ch. XXXI. 2. Arted. ? Syn., p. 12, n.° 22. CHAP. XIII. ABLES. 571 Iride crocea, macula atra ad initium caudœ. On reconnaît plutôt notre espèce dans la longue synonymie placée sous l'article sui- vant 1 , que dans la caractéristique fautive de l'espèce n.° 23; car l'épithète de tridactjlus est évidemment erronnée; enfin, si l'on pou- vait avoir quelques doutes sur l'espèce n.° 3o 2 , la note qui termine la description 3 montre que le fondateur de l'ichthyologie méthodique ne parlait pas d'autre poisson que de celui de Linné. En remontant auFauna suecica 4 , il ne peut être douteux que l'auteur du Systema naturœ n'ait eu sous les yeux le véron. Il cite lui-même la figure très-reconnaissable de Mar- sigli 5 : sa description même suffirait pour faire reconnaître l'espèce, et aussi Linné se demande si le poisson qu'il mentionne ne doit pas être regardé comme le cyprin du ri. s3 de la Syno- nymie d'Artedi. Il est évident que les deux illustres savans et amis avaient travaillé sur le même sujet. C'est de ces derniers documens que se forma l'espèce du Cyprinus aphya, mal reconnu en- 1. Art., Syn., p. 12, sp. 23. — 2. Ejusd. ib., p. i3, sp. 3o. 3. Descript. pisc, p. 3o, n.° 16. 4. Faun. suec. , p. 125, n.° 33 1. 5. Mars., Danub* , t. IV, p. 24, pi. 9? fig. 1. 572 LIVRE XV1IÏ. CYPRINOÏDES. suite par les successeurs de Linné avec les élémens puisés dans la seconde citation d'Ar- tedi, le Cyprinus phoxinus prit rang dans le Sfstema naturœ où Von ne parla pas de la première. Malgré que Muller * conserve le Cypr. aphya distinct du Cypr. phoxinus, et qu'il leur donne une synonymie vulgaire dif- férente, je persiste à regarderies deux espèces comme identiques et nominales. Duhamel 2 , Bloch 3 ont donné le véron, et leurs figures, reconnaissables, sont cependant plus ou moins défectueuses. Ce que Linné et Artedi ont dit du véron, montre qu'il est abondant en Suède et dans le nord de l'Europe. Les auteurs récens des faunes ichthyologiques de ces contrées le con- firment; car MM. Frics, Ekstrom 4 et Nilsson 5 citent aussi le Cyprinus phoxinus, et tous ces auteurs s'accordent à le nommer Elritze ou Elritza, et ils donnent encore plusieurs autres noms vulgaires. Il est non moins abondant dans les eaux de l'Angleterre, où il est appelé Minow. Pen- 1. Prod. faim, dan., p. 5o, n.° 43o et 43 1. 2. Pêches, 2. e part., sect. III, p. 5i5, pi. XXVI, fïg. 7. 3. PI. 8, fig. 5. 4. Die Fische von Mb'rko , trad. Creplin, p. 26. 5. Prod. ichtk. scand., p. 29. CHAP. XIII. ABI.ES. 375 nant 1 , Turton*, Flemming 3 , Jennyns 4 le citent dans leurs ouvrages, soit sous le nom indiqué tout à l'heure, soit sous celui de Pink; et à ces autres descriptions il faut joindre les cita- tions de ceux qui en ont donné des représen- tations. Tels sont Donavan 5 , M. me Bowdich 6 et enfin M. Yarell 7 , qui ont donné les meil- leures figures de cette espèce. Ce poisson, commun en France, est cité dans la Faune de Maine-et-Loire par M. Mil- let 8 . Ce zélé zoologiste a cru même devoir distinguer les individus à nageoires plus arron- dies, et a pensé retrouver en eux le Cyprinus rivularis de Pallas 9 . Il en a publié une figure dans laquelle je ne puis trouver aucun trait distinctif de nos vérons j la forme des nageoires se retrouve plus ou moins prononcée, de ma- nière à faire bientôt conclure que les carac- tères à en tirer ne sont appliquables qu'à de simples variétés. D'ailleurs Pallas lui-même 1. Brit. ZooL, t. III, p. 5i8. 2. Brit. Faun., p. 109, n.° 127. 3. Ann. Kingd., p. 188, ii.° 68. 4. Anim. vert., p. 4 1 ^, n.° 96. 5. Brit. fish. , pi. Go. 6. Brit. fr. wat. fish., Draw n.° 8. 1. Brit. fish., p. 372. 8. Millet, Faun. Maine-et-Loire, t. H, p. 72»), pi. 6, %. 2 9. Faun. ross. asiat., p. 33o, n.° 238. 374 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. déclare que son Cypr. rivularis l n'est autre que le Cyprinus phoxinus. C'est du moins l'opinion du savant M. Tilesius, et je me range tout-à-fait à cet avis. Nous suivons aussi cette espèce en Belgi- que 9 , où M. Selys-Longchamps a parfaitement observé les changemens de couleurs d'aspérités de différens individus selon l'époque de l'an- née. Le manuscrit de Baldner en offre une peinture du mâle à l'époque ou de la saison des amours : il le nomme Melling. Cela prouve que l'espèce est aussi dans le Rhin et dans ses affluens, en Alsace. Elle est également dans le Doubs , comme nous l'avons indiqué plus haut, et nous la voyons citée par les natura- listes de la Suisse. La figure de M. Jurine est assez bonne 3 ; la même espèce existe en Italie, et je ne puis en distinguer le Cypr. Lumaircul de Bonnelli. Le Waag et les autres fleuves de la Hongrie nourrissent ce même poisson, ainsi que le prouve l'ouvrage de M. Reisinger. 4 M. Nordmann , qui a suivi la méthode de M. Agassiz, cite comme différens trois sortes de vérons; mais j'ai eu soin, dans la descrip- 1. Ilin. II, app. , p. 717, n.° 56. 2. Seljs-Lonch., Faim. belg. , p. 200 , n.° 21. 3. Jurine, Poiss. du lac Léman, p. 22g, 11. ° 20, pi. i4- 4. Pisc. Hung., p. 74, n.° 20. CHAP. XIII. ABLES. 575 tion du poisson, de faire remarquer les acci- dens offerts par la ligne latérale, et quant au nombre des écailles, peut- on admettre que trois écailles de plus ou de moins au-dessus ou au-dessous de la ligne latérale, quand elles sont si petites, peuvent avoir assez d'impor- tance pour distinguer comme espèce les indi- vidus qui présentent ces variations ? Je ne suis pas même très- certain que ion doive en séparer le Cyprinus chrysoprasius. Tous ces auteurs s'accordent à dire du véron que sa chair est assez bonne , mais qu'il est bien meilleur à employer comme amorce, soit pour les truites, soit pour les grosses perches. J'ai dit plus haut que le véron était fort commun dans la Seule, petite rivière de la commune d'Anctoville (Calvados). Les recher- ches dues aux soins de l'amitié filiale ont fait parvenir à M. Rayer deux vérons, les seuls qui, parmi un très-grand nombre, portaient sur la tête des petits boutons de la grosseur d'une tête d'épingle, d'un blanc jaunâtre, formés par. une espèce de petite poche rem- plie de globules ovoïdes transparens, se mon- trant, sous le microscope et à un fort grossis- sement, composés de deux petites vésicules situées à l'une des extrémités de ces globules. 570 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Ces corps n étant pas termines par une queue filiforme, on ne peut pas les considérer comme des psorospermes observes par M. Mùller, sur tant de poissons de familles et de genres divers. M. Rayer n'a pas pu déterminer la nature vé- gétale ou animale des petits corpuscules qu'il a décrits et figurés dans ses Archives de méde- cine comparée \ C'est un des rares exemples de maladie des poissons observée avec soin, voilà pourquoi je l'ai citée à la suite de l'his- toire naturelle du véron. Un des individus, porteurs de ces pustules, a été déposé dans le Cabinet du Roi. Z/Able a nez noir. (Leuciscus atronasus , nob.) On peut placer auprès du véron, à cause de la petitesse des écailles et des nageoires, un petit cyprin des eaux douces de l'Amé- rique septentrionale , décrit par le docteur Mitchill, sous le nom de Cypr. atronasus. Il a le museau beaucoup plus aigu; la longueur de la tête est comprise quatre fois dans l'espace entre l'extrémité antérieure et la base de la caudale; la hauteur fait le sixième de la longueur totale. D. 9; A. 8; C. 21 ; P. 15; V. 8. Les écailles sont très-petites, au nombre de quatre- 1. Rayer, Arch. de méd. comp. ; p. 58, pi. IX ? fîg. io. CHAP. XIII. ABLES. 577 vingt-cinq rangées sur le côté. La ligne latérale s'é- tend jusques à la caudale : elle est droite. Une bandelette noire est étendue tout le long du côté, depuis la caudale jusques sur la tête : elle traverse l'œil et se rejoint en entourant le bout du museau à celle du côté opposé; au-dessus de la bandelette le dos est vert, et au-dessous il est d'un beau blanc d'argent; du rouge-orange colore l'anus et la base de l'anale. Je vois les dents pharyngiennes sur deux rangs, l'externe en porte cinq et l'interne deux ; leur cou- ronne, comprimée sans dentelures, est terminée par une pointe aiguë et recourbée. Ce petit poisson atteint à peine trois pouces : il est très-abondant en Amérique. La première description en a été faite par Mitchill 1 , et depuis je la retrouve dans l'Histoire du Mas- sachussetts, par M. Humphry Storer. 2 Les ichthyologistes qui étudieront cette monographie des ables, verront maintenant pourquoi je n'ai pas encore parlé du Pigus de Rondelet, que M. Cuvier avait cru retrouver après un examen un peu rapide, dans un van- geron mâle de moyenne grandeur, envoyé de Genève par M. De Candolle, et couvert de 1. Trans. lit. phil. of New-York, fisk. oj New-York, p. 4Go. 2. Reports on the fish of Massach- . p. 92. 578 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. tubercules qui hérissent cette* espèce aussi bien pendant le temps du frai que celle de la plupart des ables quelles que soient leur grandeur ou leur patrie. Ce phénomène, je le répète, est général; si la figure de Rondelet était parfaitement applicable à une espèce déterminée, je n'aurais pas hésité cependant à suivre l'exemple de M. Cuvier, et je dirai même celui d'Artedi, qui avait dans sa Syno- nymie donné les élémens d'établir cette espèce nominale, mais dont heureusement Linné n'a pas fait usage. S'il en eût agi autrement, tous les nomenclateurs n'auraient pas manqué de conserver un Cyprinus pigus. Il faut s'abstenir de considérer le document laissé par Rondelet comme applicable à un able en particulier, et réformer l'espèce nominale établie dans le Règne animal, ou tout au plus la donner avec doute comme une synonymie du vangeron (Leuciscus prasinus, Agassiz). Avant de terminer le chapitre des ables, j'ai aussi à dire quelques mots d'une observation ichthyologique qui m'a été communiquée par l'extrême obligeance de mon confrère et ami, M. Fischer de Waldheim, président de la So- ciété impériale des naturalistes de Moscou. Il CHAP. XIII. ABLES. 379 a bien voulu me communiquer plusieurs exem- plaires d'un petit poisson pêche dans un petit ruisseau du nom de Beresofka, affluent du fleuve Ingoul dans le gouvernement de Cher- son. A ces exemplaires était jointe une note de M. iVndré Arendt, inspecteur du tribunal civil de la faculté médicinale du gouvernement de la Tauride , qui a le premier fixé l'atten- tion sur ces petits poissons. Tous les individus n'ont en effet qu'un pouce à un pouce et demi de long. L'observateur éclairé qui les envoyait à son ancien maître, voulait lui donner un témoignage de reconnaissance et de respect, en désignant ce poisson , qu'il croyait d'une espèce nouvelle, sous le nom de Cyprinus Fischeri. M. Arendt avait bien reconnu qu'on prenait avec ces petits poissons des exemplaires encore très-jeunes du Cyprinus amarus; mais ne retrouvant pas les autres dans les auteurs qui sont à sa disposition, et ayant consulté d'ailleurs M. Nordmann, comme il le dit dans sa note, il a cru que tous ces petits exemplaires étaient d'une même espèce. Ayant mis tous ces petits individus dans de l'eau, afin de pou- voir étendre convenablement les nageoires, de compter les rayons et d'en bien reconnaître les formes, je me suis assuré que dans les nom- breux individus que M. Fischer m'a envoyés, 580 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. il y a du frai de vandoise et de gardon. La note de M. Arendt nous apprend que les Russes nomment le frai ovsiânka, ce qui veut dire poisson avoine, expression qui peint assez bien la petitesse de tous ces individus. Je trouve aussi dans l'ouvrage de M. Rei- singer une espèce d'able désignée par le nom de Cjprinus Kittaibeli , que je n'ai pas placé après la vandoise (Cypj^imts leuciscus), parce que je la crois une simple variété de cette espèce, mais je n'en suis pas assez sûr pour me prononcer sur ce poisson que je n'ai pas vu, et dont il n'a été donné jusqu'à présent aucune figure. CHAP. XIV. CHONDROSTOMES. 581 CHAPITRE XIV. Des Chondrostomes. Si j'ai appelé avec un soin minutieux l'at- tention des naturalistes sur les variations des espèces si nombreuses du genre des Ables, afin de réunir dans ce seul groupe les divi- sions trop nombreuses établies par les zoolo- gistes modernes, je me hâte de dire que la division générique faite du Cyprinus nasus est excellente , parce quelle repose sur un caractère invariable qui ne se perd dans au- cune espèce, quelles que soient d'ailleurs les combinaisons que la nature vn faire autour de cette forme caractéristique. Elle consiste dans la lame cornéo- cartila- gineuse qui revêt la lèvre inférieure, et qui peut en être facilement détachée après une macération plus ou moins longue dans l'alkool. Je fais cette remarque, parce qu'il n'est pas rare de trouver des chondrostomes conservés dans nos cabinets qui ont perdu cette lame, et dont la lèvre alors est charnue comme celle des autres poissons. On reconnaît toujours que cette lame a existé, à une sorte de carène molle et charnue élevée sur la lèvre qui ser- 582 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. vait à la soutenir, et à former à sa base une sorte de repli de la peau dans laquelle les élémens de cette lamelle sont sécrétés, comme les ongles à l'extrémité de nos doigts. L'étude de ce genre , dont nous ne con- naissons encore qu'un petit nombre d'espèces des fleuves de l'ancien monde, est curieuse, et vient donner un puissant appui aux pro- positions établies dans les chapitres précédens, en faisant voir le peu de valeur que les dents pharyngiennes et les barbillons ont pour ca- ractériser les genres des Cyprinoïdes. Non- seulement les dents pharyngiennes varient de forme ou de nombre dans les espèces, mais les unes ont des barbillons a l'angle de la bou- che; d'où il résulte que le naturaliste qui vou- drait suivre les principes de classification qui ont fait subdiviser les ables, devrait séparer des chondrostomes d'Europe, qui ont les dents pharyngiennes sur un seul rang, les espèces ou du Nil ou de l'Inde, qui ont les pharyngiennes sur trois rangs; puis, enfin, les espèces de la Perse, qui ont des barbillons aux mâchoires. En admettant alors ce principe, il faudra tenir compte des différences si remarquables dans la lèvre du chondrostome de Java, et alors on arrivera à constituer, avec les chondros- tomes, une famille naturelle dont toutes les CHAP. XIV. CHONDROSTOMES. 583 espèces seraient des types de genres. En agis- sant ainsi, on ne fait autre chose que de dé- placer la valeur des mots familles, genres, es- pèces et variétés. On surcharge la méthode et la mémoire de mots qui ne font pas mieux connaître les distinctions essentielles entre les differens êtres. Ce n'est pas que je croie qu'il ne faut pas former un genre avec une seule espèce, ou qu'il faille essayer de diviser en plusieurs coupes un genre trop nombreux en espèces, ce serait d'une très-mauvaise philo- sophie méthodique; mais il ne faut le faire que quand l'on trouve dans l'organisation un trait caractéristique tranché, qui ne peut pas être nettement exprimé et limité dans la dia- gnose d'un genre. Ce sont les raisons qui me portent à réunir les espèces que je vais décrire dans ce cha- pitre, dans un seul genre, établi avec raison par M. Agassiz sous le nom que je lui conserve; mais je ne fais pas entrer dans sa caractéris- tique les formes ouïe nombre des dents pha- ryngiennes et des nageoires, puisque ces carac- tères ne sont que des reproductions de ceux observés dans la plupart des autres cyprinoïdes. Il n'en est pas de même de celui des lèvres et de-la bouche. 584 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES. Du Nez. (Chondrostoma nasus , Agassiz.) Ce poisson, connu depuis Gesner et Aldro- vande, et dont l'espèce ou celle qui l'avoisine en Italie, n'avait pas échappé à Belon, est dis- tinct de tous nos ables d'Europe, par la forme avancée de son museau au-dessus d'une petite bouche étroite fendue en travers sous le mu- seau. La saillie du museau tient ici, comme on va le voir, à une disposition des maxillaires dont je n'ai pas encore rencontré d'autres exemples dans les poissons. On verra que le squelette offre aussi plusieurs particularités intéressantes, et qui mettraient sur la voie pour distinguer des vertèbres de cyprinoïdes de celles des autres poissons osseux. La forme du corps rappelle par son élégance celle du barbeau ; mais la tête est beaucoup plus courte; le profil du dos est soutenu jusques à la dorsale; la convexité *du ventre est plus forte. La hauteur est comprise quatre fois et demie dans la longueur totale; l'épaisseur n'est que le tiers de cette hauteur. La longueur